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Feuille d'Avis Officielle du 19.08.2002

Genevoises et Genevois connus et moins connus - promenades dans les rues de Genève

James Pradier
1790-1852
Sculpteur

Le nom de Pradier a été donné à une rue et à un square de Genève. Située perpendiculairement à la rue du Mont-Blanc et à la rue des Alpes, la rue Pradier est une petite rue discrète entourée de grandes artères. Le square Pradier est quant à lui entouré des rues Chaponnière, Mont-Blanc, Alpes et… Pradier.

Jean-Jacques Pradier est né à Genève en 1790. Il se fait tôt appeler James Pradier suivant une anglomanie fréquente à l'époque. Doué pour le dessin, il entre à l'âge de 14 ans à l'Ecole publique de dessin où il se familiarise avec les métiers d'art. En 1807, il rejoint à Paris son frère, le graveur Charles-Simon Pradier. Le jeune James travaille dans l'atelier du sculpteur Frédéric Lemot avant d'entrer dans la classe de celui-ci à l'Ecole des beaux-arts.

Square Pradier Photo: Chancellerie d'EtatIl concourt au Prix de Rome qu'il remporte en 1813 avec le bas-relief Néoptolème empêche Philoctète de percer Ulysse de ses flèches. Pensionnaire de l'Académie de France à Rome de 1814 à 1818, il sculpte beaucoup et visite les nombreux musées romains, si riches en œuvres antiques.
Dès 1819, Pradier expose au Salon du Louvre où se tient chaque année une grande exposition présentant de jeunes artistes.
Ami d'Alfred de Musset, Victor Hugo et Théophile Gautier, Pradier fréquente le Tout-Paris qui se presse dans son atelier. En 1825, il débute une liaison avec Juliette Drouet dont il aura une fille, Claire. Leur liaison se termine en 1833 lorsque Juliette Drouet s'éprend de Victor Hugo.La même année, Pradier épouse Louise Darcet dont il aura trois enfants. Ils divorceront en 1844.

En 1827, James Pradier est nommé membre de l'Académie des beaux-arts et professeur de sculpture à l'Ecole des beaux-arts.
A Paris, le gouvernement français lui confie la réalisation d'œuvres monumentales comme le décor de l'Arc de Triomphe (1829 et 1834), de la Chambre des députés (1832), de l'église de la Madeleine (1836), de la place de la Concorde (1838), du Palais du Luxembourg (1841), de la Fontaine Molière (1841-1844) et du tombeau de Napoléon (1843-1852).

Polyphème surprenant Acis et Galatée. James Pradier  Ó Musée d'art et d'histoire, Ville de Genève, inv. n° 1910-266 1841 (modèle), 1910 (fonte), bronze, photo: Yves SizaLe sculpteur genevois réalisera aussi des monuments funéraires, bustes de souverains français, ainsi qu'une Vierge pour la cathédrale d'Avignon (1838), un Saint-Louis à Aigues-Mortes et le décor de la fontaine de l'Esplanade à Nîmes (1851).
Artiste reconnu à Paris où il est considéré comme le plus grand sculpteur de son temps, James Pradier n'en conserve pas moins des liens étroits avec sa ville natale. La Société des Arts lui commande les bustes de Rousseau (1821), du botaniste Charles Bonet (1822), du physicien Marc-Auguste Pictet et du général Simon Rath (1825). En 1830, Pradier reçoit la commande de la statue en bronze de Jean-Jacques Rousseau sur l'Ile des Barques (aujourd'hui Ile Rousseau) qui sera inaugurée en 1835. C'est son œuvre majeure à Genève. On ajoutera également la réalisation du buste du botaniste Augustin-Pyramus de Candolle (1845) et d'autres portraits tel celui du général Guillaume-Henri Dufour (1849).

Léda. James Pradier Ó Musée d'art et d'histoire, Ville de Genève, inv. n° 1986-128 1851,  Ivoire, or, argent, turquoise, bronze, socle en marbre gris, Photo : Jean-Marc YersinJames Pradier meurt le 4 juin 1852 d'une apoplexie. Le 9 juin, il est inhumé au cimetière parisien du Père-Lachaise.
Au lendemain de sa mort, les autorités genevoises font l'acquisition de douze plâtres originaux et d'une centaine de dessins. Cet ensemble sera complété en 1904 par l'achat de trente-cinq modèles de statuettes. Des acquisitions postérieures et autres dons font du Musée d'art et d'histoire de Genève la plus grande collection publique d'œuvres de James Pradier.
Contrairement à la plupart de ses contemporains, Pradier taillait lui-même ses marbres ou du moins en assurait personnellement la finition. Sculpteur adulé de son vivant, il tomba cependant dans l'oubli après sa mort.
Voici ce que Gustave Flaubert disait de lui en 1846: " C'est un grand artiste, un vrai Grec, le plus ancien de tous les modernes ; un homme qui ne se préoccupe de rien, ni de la politique, ni du socialisme et qui, comme le bon ouvrier, les bras retroussés, est là à faire sa tâche du matin au soir avec l'envie de la bien faire et l'amour de son art ."Square Pradier

Chancellerie d'Etat
Information


Sources :
  • GALLAND Jean-Paul, Dictionnaire des rues de Genève, Promoédition, Genève, 1982.
  • LAPAIRE Claude, Pradier : un sculpteur à découvrir, conférence du 27 novembre 1985.
  • LAPAIRE Claude, La sculpture à Genève au XIXème siècle, in Aspects de l'art à Genève au XIXème siècle, Musée d'art et d'histoire, Genève 1979.
  • LAPAIRE Claude, Léda et le cygne de James Pradier, in Genava, Tome XXXV, Musée d'art et d'histoire, Genève, 1987.
  • MASSE Arthur, Promenades historiques dans les rues de Genève, Edition de Genève-Bâle-Lyon, 1874, réimpression Editions Slatkine, Genève, 1980.
  • Dictionnaire biographique de l'art suisse, Editeur Institut suisse pour l'étude de l'art Zurich et Lausanne, Verlag Neue Zürcher Zeitung, 1998.
  • Statues de chair. Sculptures de James Pradier (1790-1852), catalogue d'après l'exposition organisée par le Musée d'art et d'histoire de Genève et la Réunion des musées nationaux de Paris, 1985 (Genève, Musée d'art et d'histoire, 17 octobre 1985 - 2 février 1986 ; Paris, Musée du Luxembourg, 28 février - 4 mai 1986).

Réalisé avec la précieuse collaboration du Musée d'art et d'histoire de la Ville de Genève