La Rue Isabelle-Eberhardt est située dans le quartier des Grottes. Elle est perpendiculaire aux Rues Eugène-Empeyta et Louis-Favre.
Isabelle
Eberhardt est née à Genève le 17 février 1877
à la villa Fendt, située dans le quartier des Grottes. Isabelle
est la fille illégitime de réfugiés russes : Natalia
de Moerder, née Eberhardt, et Alexandre Nicolaïevitch Trofimovsky,
dit Vava. La légende lui attribue parfois le poète Arthur
Rimbaud comme père. Désireux de préserver leurs enfants
et de ne pas susciter la désapprobation sur leur liaison, à
l'époque peu conformiste, Natalia et Vava décident de rester
en Suisse après la naissance d'Isabelle.
La famille s'installe à Meyrin, à la Villa Neuve. Isabelle
y passe son enfance en compagnie de quatre des enfants de Natalia: Nicole,
Augustin, Natalie et Volodia. Cette famille recomposée, cosmopolite
et si peu conformiste, attirait l'attention. Isabelle Eberhardt fut d'abord
instruite par son père Vava.
Elle fréquenta ensuite l'école secondaire. La Villa Neuve
était un lieu de rencontre cosmopolite. On y entendait parler le
russe, le français, l'allemand, l'italien et l'arabe, parfois aussi
le grec et le latin. Isabelle Eberhardt a ainsi grandi dans un environnement
multiculturel et intellectuel puisque la maisonnée regorgeait de
livres dans différentes langues.
Cette effervescence culturelle et cosmopolite développa chez elle
une intarissable soif de découverte et éveilla, semble-t-i,
les soupçons de la Police des étrangers.
En 1883, l'aîné des enfants, Nicola, quitta le domicile familial
pour s'engager dans la Légion étrangère. Isabelle
entendit parler pour la première fois de l'Algérie.
Par mesure d'économie, Isabelle portait les vêtements de
ses frères, mais prit bientôt goût aux vêtements
masculins dont elle aimait s'affubler pour déambuler dans les rues
de Genève.
En 1888, Augustin, autre second demi-frère d'Isabelle Eberhardt,
s'engagea dans la Légion étrangère et gagna à
son tour l'Algérie. Elle se mit aussitôt à apprendre
l'arabe et le kabyle ainsi que le dessin pour pouvoir réaliser
des croquis. Elle ne rêva plus que de voyages et de récits.
C'est ainsi qu'elle chargea son frère de tenir à jour scrupuleusement
un journal sur sa vie de légionnaire. Elle-même prit le pseudonyme
de Nicolas Podinsky et tint une correspondance avec un ami matelot de
son frère.
Ses rêves d'aventure et de voyages se concrétisèrent
d'abord par des récits écrits à quatre mains avec
son frère et par sa correspondance.
En 1895, Isabelle Eberhardt est âgée de dix-huit ans. Ses
premières nouvelles sont publiées dans divers journaux.
On citera " Infernalia " parue dans La Nouvelle Revue parisienne
puis " Vision du Maghreb ". Isabelle Eberhardt y décrit
l'Algérie qu'elle n'a pourtant encore jamais visitée.
En mai 1897, Isabelle Eberhardt effectue, enfin, son premier voyage en
Algérie. Elle est accompagnée de sa mère qui souhaite
se rapprocher de son fils Augustin. Les deux femmes se convertissent à
l'Islam et Isabelle prend le pseudonyme masculin arabe de Mahmoud. La
mère d'Isabelle, Natalia de Moerder, décéda peu après,
en novembre 1897, à l'âge de 59 ans. En 1898, l'organe de
presse L'Athénée publie les nouvelles d'Isabelle. Suite
à une dispute avec le directeur, sur fond d'antisémitisme
et d'affaire Dreyfus, Isabelle Eberhardt ne fut plus publiée et
se trouva sans ressources.
Elle débute à cette époque la rédaction de
Rakhil, roman d'amour entre un étudiant musulman et une jeune fille
juive, qui l'accompagnera partout mais qu'elle n'achèvera pas.
En 1899, Isabelle perdit son frère Volodia qui mit fin à
ses jours puis son père Vava.
En juin 1899, Isabelle et son frère Augustin gagnent Tunis. Isabelle
poursuit seule la route vers l'Algérie. Déguisée
en homme, elle est vêtue d'un burnous blanc et coiffée d'un
turban. La confusion autour de son identité (une femme vêtue
comme un homme qui se fait appeler Mahmoud Saadi mais possède un
passeport russe au nom d'Isabelle de Moerder) sème le trouble parmi
les autorités. Difficile en effet d'imaginer une femme voyageant
seule par plaisir dans ces contrées arides ! Elle put toutefois
résoudre ces difficultés administratives et poursuivre son
périple. Elle côtoie les caravanes et les convois militaires
et écrit pour un journal qui lui a commandé ses impressions
de voyage.
Isabelle Eberhardt rencontra l'amour de sa vie en la personne de Slimène
Ehnni, un soldat des corps de cavalerie indigène de l'armée
française en Afrique du Nord. En janvier 1901, elle fut victime
d'une tentative d'assassinat à Béhina.
Il est évident que le mode de vie d'Isabelle Eberhardt, sa liaison
avec un indigène, suscitaient la désapprobation des colons.
Son mariage avec Slimène fut refusé par l'armée française.
En mai 1901, les autorités françaises l'enjoignent de quitter
l'Algérie. Elle gagna Marseille, sous un faux nom et vêtue
d'un bleu de chauffe pour voyager en 4ème classe, non autorisée
aux femmes.
Isabelle Eberhardt fut convoquée à Constantine en qualité
de victime et témoin dans le procès qui devait s'ouvrir
le 18 juin 1901, suite à la tentative d'assassinat dont elle avait
été victime. Elle rédigea une lettre dans un quotidien
d'Alger qui donnait sa version des faits. Le coupable fut finalement condamné
et Isabelle bannie d'Algérie. On estimait que son mode de vie et
ses déguisements étaient des facteurs de troubles.
Elle finit par obtenir l'autorisation d'épouser civilement Slimène
le 17 octobre 1901 à Marseille. Le couple rejoint l'Algérie
le 14 janvier 1902. Isabelle Eberhardt reprend ses voyages dans le désert.
Elle semble s'intéresser particulièrement à l'hydrologie
du désert : oueds, sources, torrents. De retour à la capitale,
Victor Barrucand lui offre un poste d'envoyée spéciale pour
le journal " L'Akhbar ". Elle collabore aussi avec Luce Denaben,
directrice de l'école-ouvroir des filles musulmanes d'Alger. Pour
la première fois de sa vie, Isabelle Eberhardt peut véritablement
vivre du journalisme. Slimène obtient lui un poste d'interprète.
Isabelle se rapproche également d'un groupe d'écrivains
éditant une revue littéraire " La Grande France ".
La soif des grands espaces la reprend. Elle repart, de plus en plus longtemps,
à travers les immensités du Sahara. Ses périples
sont publiés régulièrement dans " L 'Akhbar
" où elle tient une colonne. Dans ses nouvelles, si riches
en couleurs et atmosphères, Isabelle Eberhardt n'hésite
pas à défendre les fellahs et à s'élever contre
la colonisation. En 1903, elle se rend à Aïn Sefra où
un conflit de frontière fait rage entre le Maroc et l'Algérie.
Elle officiera comme " reporter de guerre ", sans doute une
première pour une femme. Ses articles et analyses politiques étaient
prisés par de nombreux journaux dont le " Mercure de France
". Elle se lia d'amitié avec le colonel Lyautey, futur Maréchal
de France.
Le
21 octobre 1904, Slimène, en permission, la rejoignit à
Aïn Safra. Ce jour fut le dernier d'Isabelle Eberhardt.
La ville d'Aïn Safra fut en effet le théâtre d'une catastrophe
naturelle. L'oued se transforma en torrent furieux et la ville fut emportée.
Slimène fut retrouvé vivant, mais Isabelle, affaiblie par
le paludisme, n'avait pas pu fuir. On la retrouva dans les ruines de sa
maison, vêtue de son habit de cavalier arabe. Isabelle fut enterrée
au cimetière musulman. On retrouva ensuite le manuscrit de "
Sud Oranais " que Barrucand fit publier un an plus tard.
Emportée à l'âge de 27 ans, Isabelle Eberhardt laisse
des nouvelles et récits de voyage rédigés au cours
de sa vie romanesque. Bien qu'elle ne reçut pas, de son vivant,
la consécration littéraire à laquelle elle aspirait,
Isabelle Eberhardt a lancé un nouveau genre de littérature
coloniale, dénuée de préjugés.
De la mort, elle a écrit : " Tout le grand charme poignant
de la vie vient peut-être de la certitude absolue de la mort. Si
les choses devaient durer, elles nous sembleraient indignes d'attachement.
" (A l'ombre chaude de l'Islam)
Chancellerie d'Etat
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