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Feuille d'Avis Officielle du 16.12.2002

Accueil à Genève de Micheline Calmy-Rey, conseillère fédérale élue

Allocution de Madame Micheline Calmy-Rey, conseillère fédérale élue, le 12 décembre 2002 au Bâtiment des Forces Motrices

Micheline Calmy-Rey, conseillère fédérale élueC'est avec beaucoup d'émotion que je me retrouve ce soir à Genève, ce canton qui m'a apporté tant de bonheur et d'expériences enrichissantes. Cette élection au Conseil fédéral, la joie qu'elle m'apporte, je suis très heureuse de la partager avec vous.

Nous fêtons aussi, ce 12 décembre, l'Escalade et l'idée de liberté: la liberté de croyance, la liberté de débattre, la liberté pour une collectivité de choisir ses valeurs. Cette indépendance, nos combattants de l'an 1602 l'ont sauvegardée au péril de leur vie. Depuis, chaque année, petits et grands célèbrent avec émotion, les actes symboliques et héroïques qui ont sauvé Genève. Ces gestes spontanés ont marqué notre imaginaire, car ils témoignent d'une détermination farouche à se battre pour une terre et pour des idées.

On ne se lasse pas de raconter les hauts faits de la Mère Royaume, Catherine de son prénom, épouse d'un artisan réputé et Lyonnaise d'origine, qui saisit une lourde marmite qu'elle précipita hardiment par la fenêtre, bloquant net la progression de quelques assaillants. On évoque toujours Dame Piaget jetant prestement des clés bien utiles aux résistants genevois pour entraver l'avancée ennemie.
Quant à Isaac Mercier, il eut la présence d'esprit de faire tomber la herse de la porte de Neuve! Un rude coup porté à l'adversaire dont les troupes massées à Plainpalais étaient prêtes à envahir notre cité.

Ces ardents défenseurs de la République témoignent de la ferveur que leur inspirait une cité qui préférait la force de ses idéaux aux démonstrations de force. Ils nous rappellent l'attachement aux valeurs citoyennes. Ils expriment la personnalité atypique de Genève qui a toujours privilégié ses convictions à la conquête des territoires. Le rôle de capitale régionale l'a peu inspiré: ses ambitions spirituelles l'incitaient à regarder loin, bien au-delà de ses frontières.

Genève a ainsi donné au monde, des savants, des chercheurs, des penseurs, des écrivains, des philosophes et des pionniers remarquables. La Genève de Rousseau, celle d'Henry Dunant témoigne d'une foi extraordinaire en l'humanité. Ces esprits avant-gardistes ont fait de Genève, territoire exigu, un chaudron d'idées, un laboratoire des révolutions du XVlllème siècle et le berceau des organisations internationales.

II est juste de rendre hommage au rôle des cantons suisses dans l'histoire du rayonnement de Genève.

De gauche à droite: Madame Ruth Metzler-Arnold, vice-présidente de la Confédération, Messieurs Robert Hensler, chancelier d'Etat, et Laurent Moutinot, président du Conseil d'Etat genevois, Madame Micheline Calmy-Rey, conseillère fédérale élue. Photo D. WintereggC'est aussi grâce à ces alliés que notre canton a pu tracer progressivement sa voie, cultivant sa différence jusqu'à devenir un carrefour de paix renommé. L'arrimage de Genève à la Suisse a conforté son statut. Cette longue histoire faite d'alliance et de loyauté nous rappelle quelques leçons de politique qui ne sont pas sans rapport avec l'actualité. En 1814, l'isolement étant apparu comme une voie sans issue, Genève su éviter le piège de la toute puissance illusoire d'une République isolée, considérant que l'indépendance ne pouvait être sauvegardée qu'en entrant dans la Confédération helvétique; structure à la fois protectrice et respectueuse de l'intégrité du canton.

Cité refuge, ville de concorde et de métissage, berceau de la Croix-Rouge et siège européen des Nations Unies, Genève sera donc représentée au Conseil fédéral. J'exprimerai aussi la voix de l'arc lémanique: un pôle économique d'1,3 millions d'habitants, l'un des moteurs de la croissance de notre pays. Un pôle politique uni par ses préoccupations sociales, par son désir d'intégration de chacun, par son ouverture sur l'extérieur. Une région qui est aussi un pôle culturel fort de l'identité francophone.

Par leur choix, les députés aux chambres ont également renforcé la représentation des grandes villes au niveau fédéral. Les problèmes urbains appellent, en effet, des solutions: la pollution, la brutalité de l'environnement dans certains quartiers, le bruit, la solitude urbaine, le chômage. Nous avons à relever ces défis et à nous rappeler que le fédéralisme est un instrument de changement efficace. II est un élément clé de notre cohésion nationale, mais aussi un allié précieux de la vie démocratique. Le fédéralisme incite à l'échange, à l'attention aux autres, au dépassement des préjugés, à la prise en compte des différences et des minorités.

Or c'est de l'écoute de toutes les composantes, y compris celle des voix dissidentes et marginales, que surgissent les confrontations fructueuses, les pistes inattendues et novatrices. C'est souvent en se détournant des références connues que se dessinent des voies prometteuses.

J'apporte au Conseil fédéral, cette sensibilité à l'arc lémanique, à la culture romande et mon engagement politique aux côtés de toutes celles et tous ceux qui, dans le rapport social, sont défavorisés. Je suis soucieuse de la situation de nombreuses familles qui ploient sous de lourdes charges et notamment celles des primes d'assurance maladie, devenues trop lourdes dans leur budget. Des familles qui éprouvent, par ailleurs, bien des difficultés à concilier leur vie familiale et professionnelle.

Des citoyennes et des citoyens souffrent de précarité, voire de pauvreté dans notre pays. Conséquences: un certain désarroi, un désenchantement à l'égard de la chose publique, une crise de confiance par rapport à l'action politique. Cette démocratie grippée génère des consciences endormies et une forme de désengagement civique. Ces signaux doivent nous alerter: une démocratie timorée est une démocratie en danger. Une collectivité indifférente et anémique devient fatalement la proie des slogans simplistes et démagogiques.

La tragédie du 11 septembre est là pour nous le rappeler. La liberté est une cible. Elle est fragile. Elle peut être menacée. Seul un Etat solide, fiable, garant des institutions et de la sécurité des citoyens est capable de résister aux tentatives de déstabilisation. Je donnerai le meilleur de moi-même pour restaurer la crédibilité de l'action politique. Je mettrai tout en oeuvre, avec mes collègues, pour associer la population suisse aux enjeux qui la concernent et pour raviver la flamme citoyenne.
Votre soutien, votre engagement à mes côtés me seront indispensables et précieux pour réussir.

Vive la République et canton de Genève,

Vive la Suisse!

Micheline Calmy-Rey
Conseillère fédérale élue



Discours prononcé par Monsieur Laurent Moutinot, président du Conseil d'Etat, le 12 décembre 2002 au Bâtiment des Forces Motrices

Laurent Moutinot, président du Conseil d'EtatMadame la Conseillère fédérale,

Vous avez, par votre énergie, par votre intelligence et par votre cœur, beaucoup donné à Genève. Plus encore, vous avez su redonner espoir dans la capacité de l'Etat à protéger les plus faibles, ceux qui se sentent exclus.

Vous êtes donc porteuse d'un immense espoir, ou plutôt, des espoirs de toutes les Genevoises et de tous les Genevois :

  • espoir que vous soyez à Berne l'ambassadrice de la minorité romande, de sa langue et de sa culture ;
  • espoir que vous soyez à Berne la voix de celles et ceux qui n'en ont plus, face à l'arrogance du pouvoir de l'argent ;
  • espoir que vous soyez à Berne, avec vos collègues du Conseil fédéral, l'artisane du redressement des finances fédérales, qui passe immanquablement par plus de justice fiscale, tant à l'égard des contribuables qu'à l'égard des cantons qui, comme Genève, assument de lourdes tâches dans l'intérêt de la Confédération ;
  • espoir que vous restiez à Berne proche des préoccupations quotidiennes des hommes et des femmes de ce pays.

Nous savons, ici à Genève, que vous avez les qualités nécessaires pour répondre à ce formidable défi et nous nous réjouissons que vous en fassiez profiter l'ensemble du pays. Vous aurez à cœur de défendre les traditions dans ce qu'elles ont de meilleur : la démocratie, le fédéralisme, le courage d'entreprendre et de lutter contre les maux qui minent notre pays : la lourdeur bureaucratique, la peur du changement et la soumission aveugle aux lois du marché.

Vous saurez redonner confiance au peuple suisse, lui montrer que dans un monde éminemment injuste, son sort est enviable et qu'il doit dès lors se montrer solidaire de ceux qui souffrent de la faim, du sous-développement, des épidémies, de la dictature, de la torture. Dans la droite ligne de la tradition humaniste de Genève, vous défendrez l'ouverture de la Suisse à l'Europe et au monde ainsi que le droit d'asile si drastiquement limité.

A la tête du département fédéral des affaires étrangères, vous saurez rapprocher la politique étrangère des citoyens, qui se sentent trop souvent exclus des décisions prises dans les instances internationales.

Tous nos vœux vous accompagnent à Berne.

Vive Genève !

Vive la Confédération Suisse !

Laurent Moutinot
Président du Conseil d'Etat



Discours prononcé par Madame Ruth Metzler, vice-présidente de la Confédération, le 12 décembre 2002 au Bâtiment des Forces Motrices

Ruth Meztler-Arnold, vice-présidente de la ConfédérationC'est un honneur et un grand plaisir pour moi d'être ici ce soir parmi vous, pour fêter, en terre genevoise, l'élection de votre nouvelle conseillère fédérale. Vous, les Genevois, vous connaissez mieux que quiconque Micheline Calmy-Rey, votre conseillère d'Etat depuis près de cinq ans. Sa personnalité, sa foi en la justice, son engagement pour la solidarité, son attachement à l'Etat et à la chose publique.

En dressant un court bilan de l'activité de Micheline Calmy-Rey en tant que présidente du département des finances du canton de Genève, on ne peut que conclure qu'elle a mis de l'amour dans la gestion des comptes et des budgets. Elle a ainsi géré les finances de l'Etat d'une main ferme comme peut l'être celle d'un parent, mais aussi avec une infinie tendresse, comme celle d'une maman. Elle a su caresser les chiffres et les inviter gentiment - quelques fois oui, un peu plus durement - à bien se comporter, pour ne jamais avoir à … rougir.

On disait autrefois que les comptes de l'Etat devaient être gérés avec l'esprit d'un père de famille. Micheline Calmy-Rey a, pour sa part, montré de quoi elle était capable en menant une gestion avec l'esprit d'une mère de famille.
Nous, qui avons exercé les mêmes fonctions, le constatons aujourd'hui, la méthode a fait recette....

Micheline Calmy-Rey a ainsi montré que la rigueur financière et la gestion bien faite sont une composante essentielle de l'action politique. Micheline Calmy-Rey a bâti une partie de son action politique sur les chiffres: quelle belle leçon pour tous ceux qui croient que la politique n'est qu'une affaire de mots!

Ce soir c'est également la fête de la République et Canton de Genève et du peuple genevois. Avec l'élection de la nouvelle conseillère fédérale, le parlement fédéral a voulu montrer l'importance qu'il attache à cette République métropolitaine, internationale … et un peu rebelle.

Avant-poste de la Suisse ouverte au monde, Genève n'a pas fini de servir d'exemple à notre pays. Genève la multiculturelle. Genève est depuis des décennies un exemple réussi d'intégration en une République forte, fière et solide, d'une quantité d'hommes et femmes provenant d'autres cantons et d'autres nations.
A l'heure où notre pays semble être confronté à de nouvelles fractures, où une partie de la Suisse semble avoir perdu de vue l'importance de l'immigration dans son histoire, et surtout, pour son avenir, Genève constitue là encore un exemple. Genève montre ainsi les succès d'une vision de la migration fondée sur l'espoir et non pas sur la peur. A tous ceux qui ont approché la République avec espoir, avec honnêteté, avec envie de travailler et de construire, Genève a ouvert ses portes et son cœur.

La Suisse doit faire de même: fonder sa vision sur l'espoir, en accueillant en son sein ceux qui veulent bâtir leur avenir avec le nôtre ; et en refusant les malveillants et les tricheurs. Non pas avec des murs construits avec les briques de la peur et de l'intolérance, mais avec la force de la Loi et de l'Etat de Droit.

Ce soir, permettez-moi aussi de rendre hommage à celle qui s'en va. Ruth Dreifuss: femme, politicienne tenace - certains disent têtue - parfois adversaire redoutable, et amie. Ruth Dreifuss s'est battue pour ses convictions, mais surtout pour l'Etat: elle s'est battue pour vous, pour nous, et je m'inclus moi-même aussi .

Ruth Dreifuss, elle, est déjà entrée dans l'histoire de la Suisse, en devenant en 1999, première femme présidente. La Suisse entière s'en est réjouie, mais vous, Genevoises et Genevois, vous pouvez être particulièrement fiers de ce précédent !
Le jour de son élection à la présidence de la Confédération, Ruth Dreifuss a fait ouvrir les portes du Palais fédéral aux femmes qui étaient présentes sur la place fédérale. Par ce geste, en totale rupture avec la tradition et le protocole, Ruth Dreifuss a animé de couleurs et rempli de femmes la salle des Pas perdus, et franchement jeté un peu de saine pagaille parmi les huissiers qui, bienveillants, ont aidé des femmes avec des poussettes à franchir l'obstacle de la lourde porte d'entrée !

Mais ô combien symbolique a été ce geste un peu bouffon ! Ainsi, la porte de cette sorte de temple a été ouverte aux femmes, à toutes les femmes, une manière unique de réunir des femmes pourtant si différentes : les unes plus jeunes, les autres plus âgées, des mamans, …des grands-mamans.

En ouvrant ces portes, Ruth Dreifuss a agi comme la rivière qui porte l'eau qui actionnera les puissantes forces motrices et qui permet ainsi de générer et de transmettre l'énergie. Et voilà que la machine était partie!
Mesdames les conseillères fédérales,

C'est la première fois que j'ai l'occasion de m'adresser simultanément à deux conseillères fédérales; laissez-moi savourer cet instant.

Chère Ruth, Chère Micheline,

C'est un honneur pour moi ce soir d'être ici témoin de l'arrivée de l'une et du départ de l'autre. Moi, appenzelloise et lucernoise, je me mets volontiers à disposition pour être ce pont "officiel" sur lequel les deux conseillères fédérales genevoises marchent, se rencontrent, se saluent et se passent le témoin.

A Ruth, je dis: au revoir. Et surtout merci. Merci de tout cœur.

A Micheline, je dis: bienvenue. Mes vœux t'accompagnent, Micheline, dans l'accomplissement de la tâche qui t'attends, belle, mais ardue. Comme conseillère d'Etat, tu as déjà connu les feux de la rampe: la belle lumière qui illumine les succès, mais brûle le visage dans les moments difficiles. Micheline, tu as été élue par le Parlement - au moins par une partie de celui-ci - comme femme socialiste romande.

Ce n'est un secret pour personne que je suis d'une appartenance politique différente… un peu plus démocrate-chrétienne, pour être précise. Mais j'ai un profond respect pour les idées que tu défends, tout comme je respecte profondément toutes les forces politiques qui participent au dialogue démocratique.
Il y a des forces - minoritaires - dans ce pays qui bâtissent leur puissance sur les peurs, sur les craintes, sur la perte de confiance, sur le manque de dialogue, sur l'égoïsme, sur les solutions illusoires, sur le déni de la responsabilité gouvernementale.

Nous devons refuser de nous plier au défaitisme de certains et au catastrophisme des autres.

La Suisse a besoin aujourd'hui, plus que jamais, de réunir - au delà de l'appartenance partisane - les forces positives et constructives de ce pays autour de la recherche de solutions et de la construction de nouvelles opportunités. Aux problèmes nous devons répondre avec des solutions nettes, d'une main ferme, mais avec l'esprit clair et souple.

Et surtout en regardant vers l'avant, le regard confiant !

Ruth Metzler-Arnold
Vice-Présidente de la Confédération