C'est
avec beaucoup d'émotion que je me retrouve ce soir à Genève,
ce canton qui m'a apporté tant de bonheur et d'expériences
enrichissantes. Cette élection au Conseil fédéral,
la joie qu'elle m'apporte, je suis très heureuse de la partager
avec vous.
Nous fêtons aussi, ce 12 décembre, l'Escalade et l'idée
de liberté: la liberté de croyance, la liberté de
débattre, la liberté pour une collectivité de choisir
ses valeurs. Cette indépendance, nos combattants de l'an 1602 l'ont
sauvegardée au péril de leur vie. Depuis, chaque année,
petits et grands célèbrent avec émotion, les actes
symboliques et héroïques qui ont sauvé Genève.
Ces gestes spontanés ont marqué notre imaginaire, car ils
témoignent d'une détermination farouche à se battre
pour une terre et pour des idées.
On ne se lasse pas de raconter les hauts faits de la Mère Royaume,
Catherine de son prénom, épouse d'un artisan réputé
et Lyonnaise d'origine, qui saisit une lourde marmite qu'elle précipita
hardiment par la fenêtre, bloquant net la progression de quelques
assaillants. On évoque toujours Dame Piaget jetant prestement des
clés bien utiles aux résistants genevois pour entraver l'avancée
ennemie.
Quant à Isaac Mercier, il eut la présence d'esprit de faire
tomber la herse de la porte de Neuve! Un rude coup porté à
l'adversaire dont les troupes massées à Plainpalais étaient
prêtes à envahir notre cité.
Ces ardents défenseurs de la République témoignent
de la ferveur que leur inspirait une cité qui préférait
la force de ses idéaux aux démonstrations de force. Ils
nous rappellent l'attachement aux valeurs citoyennes. Ils expriment la
personnalité atypique de Genève qui a toujours privilégié
ses convictions à la conquête des territoires. Le rôle
de capitale régionale l'a peu inspiré: ses ambitions spirituelles
l'incitaient à regarder loin, bien au-delà de ses frontières.
Genève a ainsi donné au monde, des savants, des chercheurs,
des penseurs, des écrivains, des philosophes et des pionniers remarquables.
La Genève de Rousseau, celle d'Henry Dunant témoigne d'une
foi extraordinaire en l'humanité. Ces esprits avant-gardistes ont
fait de Genève, territoire exigu, un chaudron d'idées, un
laboratoire des révolutions du XVlllème siècle et
le berceau des organisations internationales.
II est juste de rendre hommage au rôle des cantons suisses dans
l'histoire du rayonnement de Genève.
C'est
aussi grâce à ces alliés que notre canton a pu tracer
progressivement sa voie, cultivant sa différence jusqu'à
devenir un carrefour de paix renommé. L'arrimage de Genève
à la Suisse a conforté son statut. Cette longue histoire
faite d'alliance et de loyauté nous rappelle quelques leçons
de politique qui ne sont pas sans rapport avec l'actualité. En
1814, l'isolement étant apparu comme une voie sans issue, Genève
su éviter le piège de la toute puissance illusoire d'une
République isolée, considérant que l'indépendance
ne pouvait être sauvegardée qu'en entrant dans la Confédération
helvétique; structure à la fois protectrice et respectueuse
de l'intégrité du canton.
Cité refuge, ville de concorde et de métissage, berceau
de la Croix-Rouge et siège européen des Nations Unies, Genève
sera donc représentée au Conseil fédéral.
J'exprimerai aussi la voix de l'arc lémanique: un pôle économique
d'1,3 millions d'habitants, l'un des moteurs de la croissance de notre
pays. Un pôle politique uni par ses préoccupations sociales,
par son désir d'intégration de chacun, par son ouverture
sur l'extérieur. Une région qui est aussi un pôle
culturel fort de l'identité francophone.
Par leur choix, les députés aux chambres ont également renforcé la représentation des grandes villes au niveau fédéral. Les problèmes urbains appellent, en effet, des solutions: la pollution, la brutalité de l'environnement dans certains quartiers, le bruit, la solitude urbaine, le chômage. Nous avons à relever ces défis et à nous rappeler que le fédéralisme est un instrument de changement efficace. II est un élément clé de notre cohésion nationale, mais aussi un allié précieux de la vie démocratique. Le fédéralisme incite à l'échange, à l'attention aux autres, au dépassement des préjugés, à la prise en compte des différences et des minorités.
Or c'est de l'écoute de toutes les composantes, y compris celle
des voix dissidentes et marginales, que surgissent les confrontations
fructueuses, les pistes inattendues et novatrices. C'est souvent en se
détournant des références connues que se dessinent
des voies prometteuses.
J'apporte au Conseil fédéral, cette sensibilité
à l'arc lémanique, à la culture romande et mon engagement
politique aux côtés de toutes celles et tous ceux qui, dans
le rapport social, sont défavorisés. Je suis soucieuse de
la situation de nombreuses familles qui ploient sous de lourdes charges
et notamment celles des primes d'assurance maladie, devenues trop lourdes
dans leur budget. Des familles qui éprouvent, par ailleurs, bien
des difficultés à concilier leur vie familiale et professionnelle.
Des citoyennes et des citoyens souffrent de précarité,
voire de pauvreté dans notre pays. Conséquences: un certain
désarroi, un désenchantement à l'égard de
la chose publique, une crise de confiance par rapport à l'action
politique. Cette démocratie grippée génère
des consciences endormies et une forme de désengagement civique.
Ces signaux doivent nous alerter: une démocratie timorée
est une démocratie en danger. Une collectivité indifférente
et anémique devient fatalement la proie des slogans simplistes
et démagogiques.
La tragédie du 11 septembre est là pour nous le rappeler.
La liberté est une cible. Elle est fragile. Elle peut être
menacée. Seul un Etat solide, fiable, garant des institutions et
de la sécurité des citoyens est capable de résister
aux tentatives de déstabilisation. Je donnerai le meilleur de moi-même
pour restaurer la crédibilité de l'action politique. Je
mettrai tout en oeuvre, avec mes collègues, pour associer la population
suisse aux enjeux qui la concernent et pour raviver la flamme citoyenne.
Votre soutien, votre engagement à mes côtés me seront
indispensables et précieux pour réussir.
Vive la République et canton de Genève,
Vive la Suisse!
Micheline Calmy-Rey
Conseillère fédérale élue
Madame
la Conseillère fédérale,
Vous avez, par votre énergie, par votre intelligence et par votre cur, beaucoup donné à Genève. Plus encore, vous avez su redonner espoir dans la capacité de l'Etat à protéger les plus faibles, ceux qui se sentent exclus.
Vous êtes donc porteuse d'un immense espoir, ou plutôt, des espoirs de toutes les Genevoises et de tous les Genevois :
Nous savons, ici à Genève, que vous avez les qualités nécessaires pour répondre à ce formidable défi et nous nous réjouissons que vous en fassiez profiter l'ensemble du pays. Vous aurez à cur de défendre les traditions dans ce qu'elles ont de meilleur : la démocratie, le fédéralisme, le courage d'entreprendre et de lutter contre les maux qui minent notre pays : la lourdeur bureaucratique, la peur du changement et la soumission aveugle aux lois du marché.
Vous saurez redonner confiance au peuple suisse, lui montrer que dans un monde éminemment injuste, son sort est enviable et qu'il doit dès lors se montrer solidaire de ceux qui souffrent de la faim, du sous-développement, des épidémies, de la dictature, de la torture. Dans la droite ligne de la tradition humaniste de Genève, vous défendrez l'ouverture de la Suisse à l'Europe et au monde ainsi que le droit d'asile si drastiquement limité.
A la tête du département fédéral des affaires étrangères, vous saurez rapprocher la politique étrangère des citoyens, qui se sentent trop souvent exclus des décisions prises dans les instances internationales.
Tous nos vux vous accompagnent à Berne.
Vive Genève !
Vive la Confédération Suisse !
Laurent Moutinot
Président du Conseil d'Etat
C'est
un honneur et un grand plaisir pour moi d'être ici ce soir parmi
vous, pour fêter, en terre genevoise, l'élection de votre
nouvelle conseillère fédérale. Vous, les Genevois,
vous connaissez mieux que quiconque Micheline Calmy-Rey, votre conseillère
d'Etat depuis près de cinq ans. Sa personnalité, sa foi
en la justice, son engagement pour la solidarité, son attachement
à l'Etat et à la chose publique.
En dressant un court bilan de l'activité de Micheline Calmy-Rey
en tant que présidente du département des finances du canton
de Genève, on ne peut que conclure qu'elle a mis de l'amour dans
la gestion des comptes et des budgets. Elle a ainsi géré
les finances de l'Etat d'une main ferme comme peut l'être celle
d'un parent, mais aussi avec une infinie tendresse, comme celle d'une
maman. Elle a su caresser les chiffres et les inviter gentiment - quelques
fois oui, un peu plus durement - à bien se comporter, pour ne jamais
avoir à
rougir.
On disait autrefois que les comptes de l'Etat devaient être gérés
avec l'esprit d'un père de famille. Micheline Calmy-Rey a, pour
sa part, montré de quoi elle était capable en menant une
gestion avec l'esprit d'une mère de famille.
Nous, qui avons exercé les mêmes fonctions, le constatons
aujourd'hui, la méthode a fait recette....
Micheline Calmy-Rey a ainsi montré que la rigueur financière
et la gestion bien faite sont une composante essentielle de l'action politique.
Micheline Calmy-Rey a bâti une partie de son action politique sur
les chiffres: quelle belle leçon pour tous ceux qui croient que
la politique n'est qu'une affaire de mots!
Ce soir c'est également la fête de la République
et Canton de Genève et du peuple genevois. Avec l'élection
de la nouvelle conseillère fédérale, le parlement
fédéral a voulu montrer l'importance qu'il attache à
cette République métropolitaine, internationale
et
un peu rebelle.
Avant-poste de la Suisse ouverte au monde, Genève n'a pas fini
de servir d'exemple à notre pays. Genève la multiculturelle.
Genève est depuis des décennies un exemple réussi
d'intégration en une République forte, fière et solide,
d'une quantité d'hommes et femmes provenant d'autres cantons et
d'autres nations.
A l'heure où notre pays semble être confronté à
de nouvelles fractures, où une partie de la Suisse semble avoir
perdu de vue l'importance de l'immigration dans son histoire, et surtout,
pour son avenir, Genève constitue là encore un exemple.
Genève montre ainsi les succès d'une vision de la migration
fondée sur l'espoir et non pas sur la peur. A tous ceux qui ont
approché la République avec espoir, avec honnêteté,
avec envie de travailler et de construire, Genève a ouvert ses
portes et son cur.
La Suisse doit faire de même: fonder sa vision sur l'espoir, en
accueillant en son sein ceux qui veulent bâtir leur avenir avec
le nôtre ; et en refusant les malveillants et les tricheurs. Non
pas avec des murs construits avec les briques de la peur et de l'intolérance,
mais avec la force de la Loi et de l'Etat de Droit.
Ce soir, permettez-moi aussi de rendre hommage à celle qui s'en
va. Ruth Dreifuss: femme, politicienne tenace - certains disent têtue
- parfois adversaire redoutable, et amie. Ruth Dreifuss s'est battue pour
ses convictions, mais surtout pour l'Etat: elle s'est battue pour vous,
pour nous, et je m'inclus moi-même aussi .
Ruth Dreifuss, elle, est déjà entrée dans l'histoire
de la Suisse, en devenant en 1999, première femme présidente.
La Suisse entière s'en est réjouie, mais vous, Genevoises
et Genevois, vous pouvez être particulièrement fiers de ce
précédent !
Le jour de son élection à la présidence de la Confédération,
Ruth Dreifuss a fait ouvrir les portes du Palais fédéral
aux femmes qui étaient présentes sur la place fédérale.
Par ce geste, en totale rupture avec la tradition et le protocole, Ruth
Dreifuss a animé de couleurs et rempli de femmes la salle des Pas
perdus, et franchement jeté un peu de saine pagaille parmi les
huissiers qui, bienveillants, ont aidé des femmes avec des poussettes
à franchir l'obstacle de la lourde porte d'entrée !
Mais ô combien symbolique a été ce geste un peu bouffon
! Ainsi, la porte de cette sorte de temple a été ouverte
aux femmes, à toutes les femmes, une manière unique de réunir
des femmes pourtant si différentes : les unes plus jeunes, les
autres plus âgées, des mamans,
des grands-mamans.
En ouvrant ces portes, Ruth Dreifuss a agi comme la rivière qui
porte l'eau qui actionnera les puissantes forces motrices et qui permet
ainsi de générer et de transmettre l'énergie. Et
voilà que la machine était partie!
Mesdames les conseillères fédérales,
C'est la première fois que j'ai l'occasion de m'adresser simultanément
à deux conseillères fédérales; laissez-moi
savourer cet instant.
Chère Ruth, Chère Micheline,
C'est un honneur pour moi ce soir d'être ici témoin de l'arrivée
de l'une et du départ de l'autre. Moi, appenzelloise et lucernoise,
je me mets volontiers à disposition pour être ce pont "officiel"
sur lequel les deux conseillères fédérales genevoises
marchent, se rencontrent, se saluent et se passent le témoin.
A Ruth, je dis: au revoir. Et surtout merci. Merci de tout cur.
A Micheline, je dis: bienvenue. Mes vux t'accompagnent, Micheline,
dans l'accomplissement de la tâche qui t'attends, belle, mais ardue.
Comme conseillère d'Etat, tu as déjà connu les feux
de la rampe: la belle lumière qui illumine les succès, mais
brûle le visage dans les moments difficiles. Micheline, tu as été
élue par le Parlement - au moins par une partie de celui-ci - comme
femme socialiste romande.
Ce n'est un secret pour personne que je suis d'une appartenance politique
différente
un peu plus démocrate-chrétienne,
pour être précise. Mais j'ai un profond respect pour les
idées que tu défends, tout comme je respecte profondément
toutes les forces politiques qui participent au dialogue démocratique.
Il y a des forces - minoritaires - dans ce pays qui bâtissent leur
puissance sur les peurs, sur les craintes, sur la perte de confiance,
sur le manque de dialogue, sur l'égoïsme, sur les solutions
illusoires, sur le déni de la responsabilité gouvernementale.
Nous devons refuser de nous plier au défaitisme de certains et
au catastrophisme des autres.
La Suisse a besoin aujourd'hui, plus que jamais, de réunir - au delà de l'appartenance partisane - les forces positives et constructives de ce pays autour de la recherche de solutions et de la construction de nouvelles opportunités. Aux problèmes nous devons répondre avec des solutions nettes, d'une main ferme, mais avec l'esprit clair et souple.
Et surtout en regardant vers l'avant, le regard confiant !
Ruth Metzler-Arnold
Vice-Présidente de la Confédération