Ecrivain,
philosophe, musicien, Jean-Jacques Rousseau est un autodidacte "touche-à-tout"
de génie. Ses uvres tant littéraires, philosophiques
que musicales font apparaître un être d'exception, à
la fois prophète du romantisme, premier théoricien de la
démocratie, inspirateur de l'éducation active et inventeur
d'une nouvelle notation musicale. Il déploie sa vie avec une intensité
rare et, pour corser le tout, choisit la liberté. Ne craignant
pas de s'exposer, il attire les persécutions, connaît des
périodes d'exil et de malheurs parsemées d'instants de bonheur
souvent vécus en contact direct avec la nature.
Né le 28 juin 1712, Jean-Jacques a passé les dix premières années de sa vie à Genève, dans une maison de la Vieille Ville sise au 40 Grand-Rue, puis dans le quartier de Saint-Gervais au 28 rue de Coutance. Son père, Isaac Rousseau, horloger de métier, lui transmet le goût du romanesque et de l'antiquité en lui lisant des romans et en l'encourageant à aborder d'illustres ouvrages tels que les Vies des Hommes Illustres de Plutarque, les Métamorphoses d'Ovide et le théâtre de Molière. Bon violoniste, Isaac s'ingénie à éveiller l'oreille de son fils et lui transmet son goût pour la musique.
Deux drames bouleverseront son enfance: le premier fut le décès de sa mère, Suzanne Bernard, à sa naissance et le second eut lieu à l'âge de 11 ans, lorsque son père se fâcha avec un ancien capitaine au service de l'Electeur de Saxe. Pour échapper aux poursuites, Isaac se réfugie à Nyon, abandonnant son fils à son beau-frère, Gabriel Bernard. Celui-ci s'empressa de placer Jean-Jacques à Bossey, au pied du Salève, auprès du pasteur Lambercier, chez qui il vécut 2 ans de bonheur jusqu'au jour où, accusé à tort d'avoir brisé les dents d'un peigne qui appartenait à la sur du pasteur, Jean-Jacques découvre l'injustice. Ce malheureux épisode inaugure une période plus douloureuse de sa vie, l'adolescence et le choix d'un métier. De retour à Genève, il commence un apprentissage chez Masseron, greffier de la Ville, puis il est placé chez un graveur, Maître Ducommun dont la tyrannie lui fit connaître le mensonge, la fainéantise et le vol. C'est dans ses Confessions que Rousseau confiera les tiraillements et les sentiments contradictoires de cette époque qui se termina par un long exil hors des murs de Genève.
En mars 1728, Jean-Jacques, de retour d'une balade, trouve les portes de Rive fermées. Après avoir erré quelques jours, il est accueilli par le curé de Confignon, Monsieur de Pontverre, qui l'envoie à Annecy chez Madame de Warens. Jean-Jacques tombe sous le charme de cette dame qui, plus préoccupée de l'âme du jeune protestant, l'envoie à Turin à l'hospice des catéchumènes. Le 23 avril 1728, Jean-Jacques est baptisé catholique. Au sortir de cette conversion, abandonné à son sort, Jean-Jacques Rousseau poursuit son chemin d'autodidacte et n'exerce pas moins de 10 métiers en 12 ans. Il connaît également l'amour auprès de Madame de Warens qui l'accueille aux Charmettes, à Chambéry. Son imagination construira autour de cet amour le mythe du paradis terrestre, bien qu'en 1737, de retour d'un voyage à Montpellier, Jean-Jacques se voit détrôné dans la cur de la belle dame. Il redouble alors de travail et met au point un nouveau système de notation musicale pour lequel il sera récompensé en 1742 par l'Académie des Sciences de Paris.
Monté
à Paris pour recevoir cette récompense, le jeune homme de
20 ans fréquente les salons et apprend à porter un masque.
En 1743, sa Dissertation sur la Musique moderne est publiée. Il commence également à composer l'opéra Les Muses galantes et, en septembre,
il devient secrétaire du comte de Montaigu, ambassadeur de France
à Venise. Cette collaboration ne durera pas longtemps vu le caractère
soupçonneux et irascible du personnage. Jean-Jacques ressentira
ce séjour en Italie comme un échec, mais, en servant les
grands, il prend conscience de l'inégalité de la condition
humaine et forme ainsi les prémices de sa pensée politique.
De retour à Paris, Rousseau fréquente les Encyclopédistes et collabore à leur grande entreprise. Un concours proposé par l'Académie de Dijon, Si le progrès des sciences et des arts a contribué à épurer les murs, attire l'attention du jeune philosophe dont la réponse est sans appel: l'homme est né bon, le progrès des sciences et des arts le corrompt. Le 9 juillet 1750, le Discours sur les sciences et les arts est salué par l'Académie de Dijon. Un autre succès l'attend deux ans plus tard. Cette fois c'est le musicien qui sera récompensé. Le Devin du Village séduit Louis XV qui voulut pensionner son auteur, mais Rousseau s'intéressait plus à la liberté.
A la suite de deux années quelques peu agitées pendant lesquelles il rompt avec les Encyclopédistes, revient à la religion protestante, recouvre ses droits de citoyen de Genève, puis finalement quitte sa ville natale à cause de l'installation de Voltaire aux Délices, Jean-Jacques Rousseau gagne en 1756 l'Ermitage, à Montmorency, chez Mme d'Epinay. Il connaît une période d'intense création littéraire. En 6 ans, les trois uvres maîtresses parues de son vivant seront composées: un roman par lettres, La Nouvelle Héloïse, un traité d'éducation, l'Emile, et un manuel de science politique, Du Contrat social. L'Emile et Du Contrat Social paraissent en 1762, signés par le "citoyen de Genève", Jean-Jacques Rousseau. Les critiques que contiennent ces ouvrages à l'égard des ministres et des théologiens irritent l'Eglise et le Conseil de Genève qui condamne les deux ouvrages. Quant au Parlement de Paris, il proscrit l'Emile et décrète l'arrestation de Rousseau. Le 9 juin 1762, Rousseau s'enfuit à Yverdon. Finalement ce sera à Neuchâtel, principauté alors rattachée à la couronne de Prusse, qu'il se réfugie.
Commence
alors une longue et difficile période d'exil. Renonçant
à sa citoyenneté genevoise, il passe trois ans à
Môtiers, dont les habitants indignés par ses propos sur la
Réforme ne supporteront plus la présence du désormais
célèbre écrivain. Nous sommes en 1766 et Rousseau
aborde l'Angleterre où il rejoint David Hume. Cependant l'amitié
des deux hommes est fragile et ils finiront de consommer une brouille
qui ramènera l'écrivain sur le continent. Pendant 3 ans,
de 1767 à 1770, il vit solitaire et caché dans l'Oise et
le Dauphiné. Traversant une longue période d'angoisse, Rousseau
se sent persécuté, victime d'un complot et ne trouve le
réconfort que dans la contemplation de la nature et la rédaction
du deuxième livre des Confessions entamées en Angleterre. Cependant cet exil champêtre ne suffit
pas à subvenir aux besoins d'une vie même modeste. Rousseau
rejoint Paris en été 1770 et, pour subsister, se fait copieur
de musique. Ainsi Rousseau connaîtra-t-il huit ans d'apaisement
entre ses amis, le café Procope, l'écriture et la musique.
C'est en mai 1778 que le marquis de Girardin accueille Jean-Jacques Rousseau à Ermenonville. Le 2 juillet 1778, au cours d'un promenade, Rousseau se plaint de violentes douleurs. Ses dernières paroles seront prononcées devant une fenêtre ouverte sur la nature: Voyez comme le ciel est pur, Dieu m'invite à goûter enfin cette paix éternelle que j'ai tant désirée. Il s'effondre sur le sol, terrassé par une attaque d'apoplexie. Sa dépouille mortelle restera inhumée seize ans dans l'île des Peupliers d'Ermenonville, puis en 1794, les restes de Jean-Jacques Rousseau seront transférés au Panthéon à Paris.
Chancellerie d'Etat
Information
Réalisé avec l'aimable collaboration des Archives de l'Etat de Genève.