En 1958, la Ville de Genève baptise officiellement Boulevard Jaques-Dalcroze l'artère qui relie le boulevard des Philosophes au rond-point de Rive.
Emile
Jaques naît le 6 juillet 1865 à Vienne en Autriche au sein
d'une famille originaire de Sainte-Croix, dans la canton de Neuchâtel.
Son père est représentant de fabriques suisses d'horlogerie.
Le jeune Emile Jaques nourrit dès son jeune âge une passion
pour le théâtre. Il s'initie également à la
musique, notamment celle de Johann Strauss. La famille Jaques quitte Vienne
pour Genève en 1875. Emile étudie d'abord à l'école
Privat puis au Collège de la Ville. Il est également admis
au Conservatoire de musique. La famille habite place des Alpes, à
la rue Thalberg. A l'Université, Emile Jaques adhère à
la société de Belles-Lettres qui contribua grandement à
son développement artistique et à son épanouissement
personnel. Il fonde à cette époque un orchestre d'une quinzaine
de musiciens, Musigena. En 1881, Emile Jaques compose une opérette, La Soubrette, dont la partition a malheureusement
disparu. Il se rend ensuite à Paris, en 1884, dans le but de travailler
sa diction. Il étudie non seulement l'art dramatique, mais aussi
la musique. Il compose à Paris Riquet
à la houppe, opéra comique qui ne sera jamais représenté.
En 1886 à Genève, un compositeur du nom d'Alder, originaire de la Suisse orientale, lui propose alors un poste de second chef d'orchestre au sein du théâtre des Nouveautés qu'il dirige à Alger. Il accepte, puis compose L'Ecolier François Villon en 1887 qui ne sera jamais joué. A Alger, il se familiarise avec les rythmes de la musique arabe. Le théâtre fait toutefois faillite et Jaques part alors sur les routes pour une série de concerts avec la troupe. On lui offre ensuite le poste de directeur du Conservatoire d'Alger qu'il refuse. C'est à cette époque qu'Emile Jaques prend le patronyme d'Emile Jaques-Dalcroze, en accord avec son ami de Genève, Raymond Valcroze, et dans le but d'éviter toute confusion avec le compositeur français Jaques.
En 1887, Jaques-Dalcroze accompagne son père à Vienne où
il est admis au Conservatoire de musique. Il suit des cours d'orgue et
de composition ainsi que de piano. En 1889, il se rend à nouveau
à Paris où Mathis Lussy, éminent théoricien
suisse du rythme musical, le met sur la voie des recherches et publications
sur la rythmique.
De retour à Genève, il est nommé professeur de solfège
et d'harmonie au Conservatoire. Le 25 janvier 1893, une suite lyrique
de Jaques-Dalcroze, La Veillée,
est donnée par la Société de chant du Conservatoire.
Il débute aussi la série de ses Chansons
romandes. Afin d'aider financièrement son père en
difficulté, Jaques-Dalcroze décide d'exploiter le succès
de ces chansons et part en tournée chaque fin de semaine. La première
audition de ses chansons a lieu à la salle de l'Athénée
à Genève.
En 1896, Genève accueille l'Exposition nationale où Jaques-Dalcroze
produit ses Chansons romandes.Il compose
également la musique pour un festival dont le poème victorieux
est le Poème alpestre de Daniel
Baud-Bovy. Emile Jaques-Dalcroze compose ensuite la musique pour la Revue
dont le but est une récolte de fonds pour la restauration du clocher
de la cathédrale Saint-Pierre. Il enchaîne en 1899 avec l'opéra Sancho Pança qui fut monté
à Strasbourg. En 1899, Emile Jaques-Dalcroze épouse Nina
Faliero, une cantatrice italienne. 1900 est l'année de la composition
du célèbre Jeu du Feuillu.
En
1903, Jaques-Dalcroze est désigné pour composer la musique
d'une pièce lors de la commémoration du centenaire de l'entrée
du canton de Vaud dans la Confédération. Son métier
de professeur au Conservatoire l'amène à constater que tous
les enfants ne réagissent pas de la même manière face
à la musique. Certains enfants ont des difficultés à
coordonner leurs mouvements. Il en conclut que la musicalité n'est
pas uniquement auditive mais dépend également d'un sens
tactile ou moteur. Il faut donc trouver un équilibre entre l'harmonie
des sons, l'art musical et la danse. Jaques-Dalcroze entame alors des
recherches plus approfondies. Il met sur pied des exercices corporels
pour combattre l'arythmie musicale qui n'est, selon lui, qu'une arythmie
générale.
La rythmique connaît bientôt un succès grandissant.
Les Conservatoires de Bâle et Zurich l'adoptent bientôt. Entre
1903 et 1910, Emile Jaques-Dalcroze donne des démonstration de sa Méthode de Gymnastique rythmique dans de très nombreuses villes européennes.
En 1909, naît son fils Gabriel.
Les productions artistiques de Jaques-Dalcroze se poursuivent: en 1906
le Bonhomme Jadis, opéra en
un acte, donné à l'Opéra de Paris; (i)les Jumeaux
de Bergame, (/i)opéra en deux actes, est lui monté à
Bruxelles.
Le 3 octobre 1910 Jaques-Dalcroze quitte Genève pour l'Allemagne.
On lui propose de construire à Hellerau (Dresde) une école
où enseigner sa méthode d'éducation musicale. La
renommée de l'établissement devient rapidement internationale.
En 1912, l'Institut Dalcroze de Hellerau met sur pied des fêtes
scolaires. Cinq-cents journalistes du monde entier et plusieurs milliers
de spectateurs assisteront au spectacle qui se compose de plusieurs pièces
et connaîtra un large succès. En 1912, s'ouvre à Saint-Pétersbourg
un Institut Jaques-Dalcroze.
En 1914, Genève sollicite Emile Jaques-Dalcroze pour les Fêtes
de Juin, célébration du centenaire de la libération
genevoise par les troupes confédérées. Le succès
est une nouvelle fois au rendez-vous.
La
Première Guerre mondiale éclate le 2 août 1914 et
Jaques-Dalcroze signe la protestation d'artistes suisses contre la destruction
de la cathédrale de Reims et de la bibliothèque de Louvain.
Jaques-Dalcroze est dès lors interdit d'entrée en Allemagne
et son Institut de Hellerau ferme ses portes. L'Institut Jaques-Dalcroze
est alors fondé à Genève au 44 rue de la Terrassière,
son emplacement actuel. Il ouvre ses portes en octobre 1915.
Un premier spectacle est monté en 1918: Les
premiers souvenirs, selon un texte de Jacques Chenevière
et une musique d'Emile Jaques-Dalcroze. En 1923, la Fête
de la Jeunesse et de la Joie est écrite et constitue une
uvre majeure du compositeur.
Il gagne ensuite Paris pour enseigner à l'Institut qui porte son
nom à la rue Vaugirard. Sa présence à Paris contribue
à propager ses idées. La Rythmique est désormais
perçue, non seulement comme une plastique, mais comme une pédagogie.
Des personnalités non musiciennes sont nombreuses à s'y
intéresser. Les démonstrations contribuent également
à faire connaître la méthode Jaques-Dalcroze.
En 1925, Genève octroie la bourgeoisie d'honneur à Emile
Jaques-Dalcroze, ce qui le comble de joie et de fierté. Après
deux années passées à Paris, Jaques-Dalcroze est
de retour à Genève. En 1926 a lieu à l'Institut de
Genève le premier Congrès du Rythme où s'expriment
trente conférenciers.
En 1927, Jaques-Dalcroze retourne en Allemagne lors du Congrès
pédagogique musical de l'Exposition internationale de Francfort.
En 1935, les 70 ans d'Emile Jaques-Dalcroze sont célébrés
d'une manière peu ordinaire. Un Livre d'Or, rempli de 10 500 signatures
d'élèves du monde entier, est remis au compositeur genevois.
En 1946, Jaques-Dalcroze a le malheur de perdre sa femme Nina.
Jusqu'en 1948, Emile Jaques-Dalcroze se rend quotidiennement à
l'Institut, bien que fortement diminué par des rhumatismes aux
jambes. Lorsqu'il ne lui sera plus possible de se déplacer, il
reçoit à son domicile la visite de ses élèves
et professeurs. Sa vie de recherche et de labeur s'achève le 1er
juillet 1950. En 1954, quatre ans après sa mort, se tient le premier
Congrès international de la Rythmique à l'Institut Jaques-Dalcroze
de Genève.
Information
Chancellerie d'Etat