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Feuille d'Avis Officielle du 03.09.2003

Au gré des noms de rue, rencontrez des Genevois célèbres!

Guillaume-Henri Dufour
(1787 - 1875)
Général, homme politique, président du CICR

Guillaume-Henri Dufour. Collection iconographique, Bibliothèque publique et universitaire, GenèveLe nom de Guillaume-Henri Dufour, à ne pas confondre avec David Dufour, est associé à plusieurs lieux à Genève.
La rue du Général-Dufour est une artère de la rive gauche conduisant de la place de la Synagogue à la place René-Payot. On peut admirer la statue du Général sur son cheval à la Place de Neuve. Quant aux étudiants genevois, ils fréquentent Uni-Dufour (anciennement Uni II) située à la rue du Général-Dufour 24. La villa du Général est elle située dans le parc des Contamines.

Guillaume-Henri Dufour est né le 15 septembre 1787 à Constance. Ses parents, Bénédict et Pernette, ont quitté Genève lors des troubles de 1782 où un édit de pacification réactionnaire appelé "Code noir" est imposé aux Genevois pour mettre fin à leurs velléités révolutionnaires.

Le retour de la famille Dufour à Genève a lieu en 1789 suite au changement constitutionnel que connaît Genève. Dufour étudie au Collège Calvin, où il manifeste un goût certain pour la mécanique et le dessin. Le 15 avril 1798, sous occupation française, Genève devient chef-lieu du département du Léman. Guillaume-Henri Dufour décide alors de tenter l'entrée à l'Ecole polytechnique de Paris. Il n'est admis qu'en 140ème position sur 144 élèves reçus. Nous sommes en 1807. En 1809, il termine Polytechnique en cinquième position. Il intègre alors l'Ecole d'application du génie et de l'artillerie de Metz pour deux années de stage. En 1811, il est envoyé à Corfou comme lieutenant du génie, pour contribuer à la fortification de l'île, convoitée par les Anglais. En 1813, Dufour est grièvement blessé lors d'un affrontement naval. Il quitte Corfou, cédée à l'Angleterre, en 1814 et gagne Marseille où il est incorporé au 3ème régiment du génie. Genève devenue suisse en 1815, Guillaume-Henri Dufour démissionne de l'armée française le 17 février 1817. Il épouse la même année Suzanne Bonneton et devient ingénieur cantonal à Genève, poste qu'il conservera jusqu'en 1850. Parallèlement, il est incorporé au sein de l'état-major fédéral avec le grade de capitaine.

Rue du Général-Dufour. Photo Chancellerie d'Etat1819 marque son entrée en politique. Il est élu en tête de liste au Conseil représentatif (organe législatif) où il siège dans les rangs libéraux. Dès 1821, Guillaume-Henri Dufour enseigne sporadiquement à l'Académie la géométrie et les mathématiques. Dès 1823, il construit à Genève plusieurs ponts suspendus dont celui des Bergues (1833-1834) et entreprend de vastes travaux d'aménagement des quais et de la rade. Il rédige aussi ses premiers ouvrages sur l'art militaire (De la fortification permanente, 1822) ou le génie civil (Considérations sur les ponts en fil de fer, et expériences y relatives, 1823). Il aménagera l'Ile des Barques en Ile Rousseau et introduira également l'éclairage au gaz dans les rues de la ville. En 1825, Dufour entreprend la construction du port des Pâquis.

En 1820, il obtient le grade de lieutenant-colonel puis de colonel fédéral en 1827.

L'Ecole militaire de Thoune s'ouvre en 1818. Dufour en est le cofondateur. Il y sera instructeur du génie jusqu'en 1831 et aura comme élève Louis-Napoléon Bonaparte, futur Napoléon III. En 1831, la Diète fédérale le nomme chef d'état-major et il s'installe alors à Lucerne. A ce titre, il est chargé d'organiser la défense de la Suisse en cas de conflit. Il fait fortifier quelques passages alpins et dirige les travaux d'établissement d'une carte de la Suisse au 1:100000, la fameuse carte Dufour qui sera achevée en 1864. En 1837 est installé à Carouge le premier bureau topographique fédéral qui sera ensuite transféré à Berne.
En 1838, afin de prévenir toute action militaire du roi des Français Louis-Philippe pour obtenir l'expulsion de Suisse du prince Louis-Napoléon, Dufour met Genève en état de défense et rédige à cette occasion un Mémoire sur les dispositions à prendre pour mettre la ville de Genève à l'abri d'un coup de main. Sur le conseil de Dufour, Louis-Napoléon Bonaparte quitte la Suisse et gagne l'Angleterre cette même année.

Statue du Général Dufour à Cheval, Place de Neuve.	Photo: Chancellerie d'EtatEn 1839, Guillaume-Henri Dufour donne des cours d'hydraulique à l'Académie de Genève puis publie en 1840 son fameux Cours de tactique suivi bientôt d'un Mémoire sur l'artillerie des anciens et sur celle du Moyen-Âge.

En 1841, Dufour est élu à l'Assemblée constituante genevoise où il occupe la fonction de vice-président. En 1842, il est élu au Grand Conseil genevois et au Conseil municipal de la ville de Genève, deux institutions nées de la nouvelle constitution genevoise de juin 1842.

Le 29 janvier 1843, Guillaume-Henri Dufour accepte le commandement des troupes genevoises chargées de mettre fin aux troubles qui opposent les radicaux genevois aux conservateurs. Une négociation aboutit toutefois avant le recours aux forces armées.

Dufour reste attaché à ses fonctions d'ingénieur civil. Il s'intéresse en 1846 à la liaison ferroviaire Lyon-Genève, achevée en 1851, et à un projet de pont suspendu sur l'Arve à Sierne.

1847 est une année charnière. Dufour est tout d'abord appelé à siéger au Consistoire de l'Eglise nationale protestante. Le 20 juillet 1847, la Diète fédérale dissout le Sonderbund (ligue séparée de huit cantons catholiques conservateurs) et décide, en octobre, d'une levée de troupes placées sous le commandement du général Dufour. Les cantons du Sonderbund capitulent rapidement en novembre 1848. A l'issue du conflit, le général jouit d'une immense popularité. En signe de gratitude, la Diète lui offre 40 000 francs qu'il distribue pour partie aux blessés des deux armées. Il sera aussi commandant en chef de l'Armée suisse en 1849 (protection des frontières à Schaffhouse lors de la révolution dans le grand-duché de Bade), en 1856, lors de l'affaire de Neuchâtel (crise due au statut peu clair de Neuchâtel, principauté prussienne depuis 1707, mais canton suisse depuis 1815) puis en 1859, lors d'une nouvelle mobilisation des troupes suisses lorsque s'affrontent en Lombardie Franco-Sardes et Autrichiens. Dufour n'a cessé au cours de sa carrière militaire d'améliorer la formation des officiers. Il fonde en 1824 la Société des Carabiniers et en 1825 la Société militaire du canton de Genève. Il présidera également la Société suisse des Officiers.

Fédéraliste convaincu, il sera à l'origine de l'adoption d'un drapeau fédéral commun pour l'armée suisse.

Plaque de la rue : rue du Général-Dufour (1787-1875). Photo: Chancellerie d'EtatLa carrière politique fédérale de Guillaume-Henri Dufour prend tournure dans les années 1850. Il sera successivement député du Seeland (canton de Berne) au Conseil national de 1848 à 1851, puis de Genève de 1854 à 1857. Il sera ensuite député de Genève au Conseil des Etats, de 1862 à 1866. En mars 1860, Dufour intervient vainement auprès de Napoléon III pour éviter l'annexion du Chablais et du Faucigny par la France. En octobre 1863, Guillaume-Henri Dufour participe aux travaux du " Comité international et permanent de secours aux miliaires blessés en temps de guerre ", futur Comité international de la Croix-Rouge (CICR). Il présidera la séance de fondation de la Croix-Rouge internationale en 1864. Le 6 janvier 1867, il est libéré, à sa demande, de l'obligation de servir. Le 23 mars 1875, il assiste une dernière fois à une réunion du CICR dont il est le président d'honneur. Il décède le 14 juillet 1875 au terme d'une pénible maladie dans sa propriété du parc des Contamines à Genève.

Chancellerie d'Etat
Information


Bibliographie:
  • G-H Dufour. L'homme, l'œuvre, la légende ainsi que le portrait topographique de la Suisse, deux expositions réalisées par Le Musée d'art et d'histoire et Le Musée de Carouge, 5 septembre 1987 - 13 mars 1988 et 5 septembre - 13 décembre 1987.
  • Ecrivains militaires genevois, ouvrage collectif publié par la Société militaire du Canton de Genève avec la collaboration de l'association Semper Fidelis, Editions Ovaphil, Lausanne, 1978.
  • Berchtold Alfred, Cinq portraits. Euler, Dufour, Bräker, Pestalozzi, Sismondi et le Groupe de Coppet, L'Âge d'Homme, Lausanne, 1997.
    Langendorf Jean-Jacques, Guillaume Henri Dufour ou la passion du juste milieu, Ed. R. Coeckelberghs, Lucerne-Lausanne, 1987.

Réalisé avec l'aimable collaboration des Archives de l'Etat de Genève