Le
nom de Guillaume-Henri Dufour, à ne pas confondre avec David Dufour,
est associé à plusieurs lieux à Genève.
La rue du Général-Dufour est une artère de la rive
gauche conduisant de la place de la Synagogue à la place René-Payot.
On peut admirer la statue du Général sur son cheval à
la Place de Neuve. Quant aux étudiants genevois, ils fréquentent
Uni-Dufour (anciennement Uni II) située à la rue du Général-Dufour
24. La villa du Général est elle située dans le parc
des Contamines.
Guillaume-Henri Dufour est né le 15 septembre 1787 à Constance.
Ses parents, Bénédict et Pernette, ont quitté Genève
lors des troubles de 1782 où un édit de pacification réactionnaire
appelé "Code noir" est imposé aux Genevois pour
mettre fin à leurs velléités révolutionnaires.
Le retour de la famille Dufour à Genève a lieu en 1789
suite au changement constitutionnel que connaît Genève. Dufour
étudie au Collège Calvin, où il manifeste un goût
certain pour la mécanique et le dessin. Le 15 avril 1798, sous
occupation française, Genève devient chef-lieu du département
du Léman. Guillaume-Henri Dufour décide alors de tenter
l'entrée à l'Ecole polytechnique de Paris. Il n'est admis
qu'en 140ème position sur 144 élèves reçus.
Nous sommes en 1807. En 1809, il termine Polytechnique en cinquième
position. Il intègre alors l'Ecole d'application du génie
et de l'artillerie de Metz pour deux années de stage. En 1811,
il est envoyé à Corfou comme lieutenant du génie,
pour contribuer à la fortification de l'île, convoitée
par les Anglais. En 1813, Dufour est grièvement blessé lors
d'un affrontement naval. Il quitte Corfou, cédée à
l'Angleterre, en 1814 et gagne Marseille où il est incorporé
au 3ème régiment du génie. Genève devenue
suisse en 1815, Guillaume-Henri Dufour démissionne de l'armée
française le 17 février 1817. Il épouse la même
année Suzanne Bonneton et devient ingénieur cantonal à
Genève, poste qu'il conservera jusqu'en 1850. Parallèlement,
il est incorporé au sein de l'état-major fédéral
avec le grade de capitaine.
1819
marque son entrée en politique. Il est élu en tête
de liste au Conseil représentatif (organe législatif) où
il siège dans les rangs libéraux. Dès 1821, Guillaume-Henri
Dufour enseigne sporadiquement à l'Académie la géométrie
et les mathématiques. Dès 1823, il construit à Genève
plusieurs ponts suspendus dont celui des Bergues (1833-1834) et entreprend
de vastes travaux d'aménagement des quais et de la rade. Il rédige
aussi ses premiers ouvrages sur l'art militaire (De la fortification permanente,
1822) ou le génie civil (Considérations sur les ponts en
fil de fer, et expériences y relatives, 1823). Il aménagera
l'Ile des Barques en Ile Rousseau et introduira également l'éclairage
au gaz dans les rues de la ville. En 1825, Dufour entreprend la construction
du port des Pâquis.
En 1820, il obtient le grade de lieutenant-colonel puis de colonel fédéral
en 1827.
L'Ecole militaire de Thoune s'ouvre en 1818. Dufour en est le cofondateur.
Il y sera instructeur du génie jusqu'en 1831 et aura comme élève
Louis-Napoléon Bonaparte, futur Napoléon III. En 1831, la
Diète fédérale le nomme chef d'état-major
et il s'installe alors à Lucerne. A ce titre, il est chargé
d'organiser la défense de la Suisse en cas de conflit. Il fait
fortifier quelques passages alpins et dirige les travaux d'établissement
d'une carte de la Suisse au 1:100000, la fameuse carte Dufour qui sera
achevée en 1864. En 1837 est installé à Carouge le
premier bureau topographique fédéral qui sera ensuite transféré
à Berne.
En 1838, afin de prévenir toute action militaire du roi des Français
Louis-Philippe pour obtenir l'expulsion de Suisse du prince Louis-Napoléon,
Dufour met Genève en état de défense et rédige
à cette occasion un Mémoire sur les dispositions à
prendre pour mettre la ville de Genève à l'abri d'un coup
de main. Sur le conseil de Dufour, Louis-Napoléon Bonaparte quitte
la Suisse et gagne l'Angleterre cette même année.
En
1839, Guillaume-Henri Dufour donne des cours d'hydraulique à l'Académie
de Genève puis publie en 1840 son fameux Cours de tactique suivi
bientôt d'un Mémoire sur l'artillerie des anciens et sur
celle du Moyen-Âge.
En 1841, Dufour est élu à l'Assemblée constituante
genevoise où il occupe la fonction de vice-président. En
1842, il est élu au Grand Conseil genevois et au Conseil municipal
de la ville de Genève, deux institutions nées de la nouvelle
constitution genevoise de juin 1842.
Le 29 janvier 1843, Guillaume-Henri Dufour accepte le commandement des
troupes genevoises chargées de mettre fin aux troubles qui opposent
les radicaux genevois aux conservateurs. Une négociation aboutit
toutefois avant le recours aux forces armées.
Dufour reste attaché à ses fonctions d'ingénieur
civil. Il s'intéresse en 1846 à la liaison ferroviaire Lyon-Genève,
achevée en 1851, et à un projet de pont suspendu sur l'Arve
à Sierne.
1847 est une année charnière. Dufour est tout d'abord appelé
à siéger au Consistoire de l'Eglise nationale protestante.
Le 20 juillet 1847, la Diète fédérale dissout le
Sonderbund (ligue séparée de huit cantons catholiques conservateurs)
et décide, en octobre, d'une levée de troupes placées
sous le commandement du général Dufour. Les cantons du Sonderbund
capitulent rapidement en novembre 1848. A l'issue du conflit, le général
jouit d'une immense popularité. En signe de gratitude, la Diète
lui offre 40 000 francs qu'il distribue pour partie aux blessés
des deux armées. Il sera aussi commandant en chef de l'Armée
suisse en 1849 (protection des frontières à Schaffhouse
lors de la révolution dans le grand-duché de Bade), en 1856,
lors de l'affaire de Neuchâtel (crise due au statut peu clair de
Neuchâtel, principauté prussienne depuis 1707, mais canton
suisse depuis 1815) puis en 1859, lors d'une nouvelle mobilisation des
troupes suisses lorsque s'affrontent en Lombardie Franco-Sardes et Autrichiens.
Dufour n'a cessé au cours de sa carrière militaire d'améliorer
la formation des officiers. Il fonde en 1824 la Société
des Carabiniers et en 1825 la Société militaire du canton
de Genève. Il présidera également la Société
suisse des Officiers.
Fédéraliste convaincu, il sera à l'origine de l'adoption
d'un drapeau fédéral commun pour l'armée suisse.
La
carrière politique fédérale de Guillaume-Henri Dufour
prend tournure dans les années 1850. Il sera successivement député
du Seeland (canton de Berne) au Conseil national de 1848 à 1851,
puis de Genève de 1854 à 1857. Il sera ensuite député
de Genève au Conseil des Etats, de 1862 à 1866. En mars
1860, Dufour intervient vainement auprès de Napoléon III
pour éviter l'annexion du Chablais et du Faucigny par la France.
En octobre 1863, Guillaume-Henri Dufour participe aux travaux du "
Comité international et permanent de secours aux miliaires blessés
en temps de guerre ", futur Comité international de la Croix-Rouge
(CICR). Il présidera la séance de fondation de la Croix-Rouge
internationale en 1864. Le 6 janvier 1867, il est libéré,
à sa demande, de l'obligation de servir. Le 23 mars 1875, il assiste
une dernière fois à une réunion du CICR dont il est
le président d'honneur. Il décède le 14 juillet 1875
au terme d'une pénible maladie dans sa propriété
du parc des Contamines à Genève.
Chancellerie d'Etat
Information
Réalisé avec l'aimable collaboration des Archives de l'Etat de Genève