Promenades genevoises au fil de l'eau
Le vallon de la Drize offre un espace vert exceptionnel au cœur
de la zone urbaine. Il est possible de longer la rivière, sur les
quelque huit kilomètres de son cours.
La promenade débute au chemin de Grange-Collomb à Carouge pour se terminer à la Croix-de-Rozon. Le sentier arpente tout d’abord une zone artisanale dont l’aspect a été modifié récemment suite aux premiers travaux de revitalisation du cours d’eau, puis s’enfonce dans un cordon boisé constitué de grands frênes, de chênes et de peupliers. En remontant le cours, on croise l’embouchure du nant de la Bistoquette et du ruisseau des Marais, deux des affluents de la Drize. Une borne, sur la rive droite du cours d’eau, délimite les cinq communes (Plan-les-Ouates, Troinex, Veyrier, Carouge, Lancy) qui se partageaient la force hydraulique de la rivière.
Après Troinex, la Drize court derrière les plantations, les serres et les ruchers, puis le chemin devient sentier et le parcours s’apparente à un véritable labyrinthe, bordé de haies ponctuées ça et là par un chêne. Un vrai bocage…
Le
magnifique domaine d’Evordes, qui date du XVIIème siècle,
marque la frontière avec la France. C’est à cet endroit
que la Drize rencontre ses deux affluents français : le ruisseau
de la Clef et de la Tate.
Curiosité historique du vallon, les moulins du bassin de la Drize ont nécessité au fil des siècles un réaménagement important de la rivière. Le creusement des biefs, canaux de dérivation servant à l’alimentation en eau des moulins, a eu pour conséquence d’affaiblir le bras principal de la rivière. L’exploitation hydraulique de la Drize remonte au XIVème siècle. A l’époque existaient déjà les moulins du hameau de Pesay (actuellement Grange-Collomb) et de Lancy. La création de la ville de Carouge a engendré une importante dérivation de la Drize en direction du rondeau pour permettre l’installation de plusieurs établissements industriels utilisant l’énergie hydraulique. L’eau détournée se déversait dans l’Arve, via le canal des Promenades. Au XVIIIème siècle fut construit le dernier moulin, entre Troinex et Grange-Collomb. Ces vestiges de l’exploitation industrielle du cours d’eau sont visibles tout au long de la Drize.
Le cordon boisé du vallon de la Drize, ses vergers et ses champs
constituent une zone naturelle remarquable. La région de Compesières,
à proximité immédiate du vallon, est tout à
fait unique. Son paysage traditionnel est dominé par des vergers
hautes-tiges qui abritent le quart de la population suisse de chouettes
chevêches, une espèce pratiquement éteinte au niveau
national. Les réseaux agro-écologique de Troinex-Veyrier
et agro-environnemental de Compesières consacrent les efforts conjoints
des agriculteurs, des communes, du canton et de diverses associations
écologiques pour préserver ce site naturel exceptionnel
dans une optique de développement durable.
Le vallon de la Drize abrite pas moins de seize variétés d’arbres, vingt-cinq espèces d’arbustes différents et plus d’une trentaine de plantes herbacées. Il s’agit toutefois d’espèces communes, à l’exception du populage des marais (Caltha palustris) ou de l’aspergette (Ornithogalum pyrenaicum), espèces rares et protégées.
La faune de la Drize est typique de la campagne genevoise, mais dans une version appauvrie : grenouille rousse, orvet, lézard des murailles, bergeronnette grise. Quelques renards, fouines, hérissons et autres petits rongeurs subsistent. En effet, l’enclavement du vallon, l’autoroute A 40 et la nationale 206 constituent des barrières infranchissables pour les mammifères qui voudraient rejoindre le vallon de la Drize depuis le Salève.
Deux espèces de poissons, elles aussi communes, se rencontrent dans le cours d’eau : la truite fario et le vairon. Aucun repeuplement de la rivière en truitelles n’a été effectué depuis 1999, à cause du faible débit de la rivière en été. Une reprise du repeuplement de la Drize, limitée au tronçon aval où ce problème est moins criant, est toutefois envisagée.
Face à la menace que constitue l’urbanisation du bassin versant de la Drize, d’importants travaux de renaturation du cours d’eau ont été entrepris cette année dans le cadre du contrat de rivières* transfrontalier du Genevois afin de préserver cet espace naturel unique, entre ville et campagne.
Chancellerie d'Etat
En collaboration avec le Service du programme de renaturation des cours
d'eau et des rives
* Le contrat de rivière est une démarche globale de réhabilitation du milieu aquatique. Il permet d'identifier les problèmes, de définir les objectifs et aboutit à une série d'actions dans des délais déterminés.