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Feuille d'Avis Officielle du 12.08.2005

A la découverte des maisons rurales de la campagne genevoise

Dardagny : condensé de l'architecture rurale genevoise

Historiquement, la commune fait partie des anciens mandements épiscopaux*, rattachés à la République après 1536. Elle a conservé son aspect ancien et le village de Dardagny a d'ailleurs reçu en 1978 le prix Henri-Louis Wakker, attribué chaque année par la Ligue suisse du patrimoine national (Heimatschutz).

A l’intérieur du village, plusieurs corps de ferme témoignent de l’évolution de l’architecture rurale du bassin genevois. Les plus anciennes maisons rurales qui subsistent ont été construites au 17e siècle. Les fermes étaient alors d’assez petite taille et regroupaient sous un même toit la grange, l’étable et l’habitation*.

Ce type de ferme voit sa taille augmenter à partir du 18e siècle et surtout au 19e siècle, avant de connaître une mutation profonde au début du 20e siècle, en liaison avec la mécanisation de l’agriculture et l’introduction de nouveaux produits et matériaux de construction. Aux 17e et 18e siècles, l’emploi de la molasse était courant. Elle a ensuite été remplacée par le calcaire.

Rues et maisons vues par Corot

Dardagny, une rue du village, peint par Jean-Baptiste Corot en 1853 ou 1859. Ce tableau se trouve au Metropolitan Museum de New York.L'entrée du chemin des Pompes aujourd'hui. Photo Chancellerie d'EtatDans les années 1850-1860, Jean-Baptiste Camille Corot fit plusieurs séjours à Dardagny, invité par le peintre Armand-Alexandre Leleux, élève d’Ingres : certaines rues et maisons du village ont été immortalisées par Corot sur ses toiles, notamment le chemin des Pompes (photo) et un bâtiment, construit en 1831 et caractérisé par ses encadrements en calcaire, qui abritait autrefois les pompes à incendie.

Bassins en croix

L’ancienne laiterie du village, construite en 1827-1828, est remarquable par son large avant-toit et la saillie des murs latéraux. Pas très loin, une ferme composée de plusieurs corps de bâtiments accolés, aux ouvertures dotées d’encadrements en roche, domine le haut du village.

En se dirigeant vers le château, on passe devant le temple. Une fontaine, qui se trouvait à l’origine dans la cour du château, est maintenant située à proximité du préau de l’école. De la fin du 18e siècle, elle est composée de trois bassins en calcaire disposés en croix et surmontés d’une colonne centrale. A noter que trois autres fontaines du village portent la date de 1870 : à cette date, la commune de Dardagny acquit une source près du village de Saint-Jean-de-Gonville, en France voisine, et put ainsi alimenter abondamment le village en eau.

Temple et château classés

Le château de Dardagny. Photo Chancellerie d'EtatDevenu après la Réforme le véritable centre régional du culte protestant, le temple de Dardagny a été classé monument historique en 1921. Le château (photo), qui date du Moyen Age, abrite actuellement l’école et la mairie. Il a été classé monument historique en 1941, de même que le parc. Ces deux bâtiments mériteraient bien sûr de plus amples commentaires…

Ce bâtiment est occupé par le presbytère depuis la fin du 17e siècle. Photo Chancellerie d'EtatDans la partie sud du village, on remarque deux fermes voisines. L’une se distingue en particulier par le dessin original des deux bras de force* encadrant la porte de la grange, semblable à une potence, tandis que l’autre porte la date de 1872 sur le linteau* de la porte d’entrée de l’habitation. A proximité, le presbytère de Dardagny (photo) présente des caractéristiques voisines de celles d’une maison forte. La dépendance a conservé son magnifique toit recouvert de tuiles courbes.


Chancellerie d'Etat
En collaboration avec la Direction du patrimoine et des sites et les Archives d’Etat

* Mandement épiscopal : à l’origine, territoire où l’évêque de Genève exerçait son pouvoir temporel et publiait ses ordonnances (« mandamenta »). L’évêque de Genève en possédait trois, ceux de Jussy, de Peney et de Thiez.
* Ce type de ferme dite concentrée domine dans le bassin genevois où elle se distingue par une taille exiguë et un plan extrêmement simple. Les dimensions sont réduites car les paysans avaient de très petits domaines et étaient plutôt pauvres. La partie réservée à l’habitation se compose d’une cuisine et d’une chambre séparées par un mur contre lequel s’adosse la cheminée. On entre dans l’écurie par une porte jumelée avec une fenêtre parfois munie de barreaux. La travée de la grange s’ouvre par une porte à deux battants de grande dimension, permettant le passage des chars à foin.
* Bras de force : pièce de bois oblique supportant un avant-toit.
* Linteau : pièce horizontale (de bois, de pierre) placée au-dessus d’une ouverture.




La grande majorité des maisons dont il est question ici sont privées. Nous vous remercions donc de respecter la propriété privée et la tranquilité de leurs habitants tout en vous souhaitant de belles balades.

Pour en savoir plus:

  • Guide des chemins historiques du canton de Genève, Editions Slatkine, Genève, 1998.
  • Guide de découverte du patrimoine transfrontalier – Les chemins du bassin genevois, Editions Slatkine, Genève, 2002.
  • Connaître Genève, Françoise Fulpius-Buscarlet, Genève, 1993.
  • Les maisons rurales de la campagne genevoise, 9 circuits-promenades avec plans, réalisé avec la collaboration du Service des monuments et des sites et édité par la Société de Banque Suisse, mai 1989.
  • Peintures de Genève, Anne Cendre en collaboration avec Lucien Boissonnas, Editions Slatkine, 1998.
  • Encyclopédie de Genève, tomes I et II.
  • Portail Internet officiel des communes genevoises : www.geneve-communes.ch