A la découverte des maisons rurales de la campagne genevoise
Lorsque l’on approche de Soral, on aperçoit de loin le haut
clocher de son église, classée monument historique en 1921,
qui est surmonté d’une horloge en forme de clocheton. A proximité
de l’église, un groupe de fermes, datant de la première
moitié du 19e siècle, se distingue par sa position en équerre
à l’un des carrefours du village, l’angle étant
occupé par une cour délimitée par des murs et agrémentée
d’un arbre (photo). Non loin de là, l’ancienne laiterie
du village, un petit bâtiment facilement reconnaissable, édifié
en 1842.
A
l’extrémité ouest du village, un domaine viticole,
constitué entre 1756 et 1812, se situe un peu en retrait et à
l’écart de la route. La maison principale a été
complétée dans la première moitié du 19e siècle
par deux dépendances implantées perpendiculairement à
la rue, délimitant une cour plantée de platanes (photo).
A Soral toujours, une rangée contiguë de fermes et d’habitations rurales s’inscrit de manière exemplaire dans la courbe que suit la rue en pente. C’est en raison de la présence de tels ensembles que Soral - et Sézegnin - ont été retenus comme sites d’importance nationale dans l’inventaire des sites construits à protéger en Suisse, réalisé par la Confédération.
L’ancienne maison forte de Soral, munie de contreforts, présente
des caractéristiques typiques des 16e et 17e siècles. Une
fontaine (photo) fut construite vers 1820 en face de la maison forte.
C’est l’une des plus spectaculaires du canton et elle mérite
que l’on s’y attarde. Elle présente une enfilade de
cinq bassins alimentés par une source qui s’écoule
sous une voûte de pierre blanche et elle est entourée de
murs sur trois côtés. Les trois derniers bassins sont protégés
par un couvert qui repose au sol sur des piliers de roche calcaire de
forme polygonale. Ils étaient sans doute réservés
aux lavandières, alors que les deux premiers bassins étaient
destinés à abreuver le bétail. Le mur du fond abrite
une niche qui recèle une statue de la Vierge Marie. Autour de cette
fontaine exceptionnelle, le pavage et les rigoles ont été
conservés. Elle a été classée monument historique
en 1960.
Pour se rendre à Laconnex, on opte pour le champêtre chemin
des Ecoliers, qui évoque le parcours qu’effectuaient autrefois
les enfants de Laconnex pour aller à Soral où avait été
construite, en 1826, la première école de la commune d’Avusy-Laconnex-Soral.
La maison
forte de Laconnex (photo) est remarquable et caractéristique des
bâtisses fortifiées du 15e siècle. A cette époque
de guerres fréquentes, les petits seigneurs locaux ont édifié
de nombreuses maisons fortes selon un plan simple : un carré défendu
par une ou deux tours. Une fois les guerres terminées, les seigneurs
locaux conservèrent leurs maisons fortes, dont l’architecture
évolua au cours du temps. On trouve encore de nombreuses maisons
fortes dans le canton de Genève, par exemple à Meinier,
Corsinge, Bardonnex, Soral, Arare ou Bourdigny…
La maison forte de Laconnex, qui présente un plan carré d’environ quinze mètres de côté, est flanquée à l’est d’une tour hexagonale. L’angle sud du bâtiment est étayé par un gros contrefort élevé au 19e siècle suite à la destruction d’une chapelle. L’édifice a été restauré en 1943 et 1963 et classé monument historique en 1956.
Outre la maison forte, de nombreuses maisons rurales sont intéressantes.
Parmi celles-ci, une ferme, typique de la région par son aspect
modeste. Plus loin, portant la date de 1825 sur la clé* de voûte
de la porte de grange, les dépendances d’une autre ferme
constituent un exemple particulièrement représentatif de
ce type de construction : débord des murs et du toit dans un but
de protection maximale, porte de grange avec arc en anse de panier, petites
ouvertures de forme ovale (oculi) pour ventiler la grange, porte d’écurie
jumelée avec une fenêtre, cour pavée de boulets…
Au cours de la promenade, le charme réside également dans le détail: une porte d’entrée de ferme surmontée d’une accolade d’inspiration gothique, avec une simple fente sous les marches de l’entrée pour assurer la ventilation du sous-sol.
La fontaine du village mérite elle aussi un coup d’oeil : constituée de quatre bassins placés en enfilade et alimentée par une source, elle était le seul point d’eau du village avant l’arrivée, en 1901, de « l’eau de la ville » amenée à Laconnex par un réseau de canalisations. Une chèvre * de pierre blanche dotée de deux goulots métalliques opposés distribue l’eau dans le premier bassin, qui dépasse du couvert et servait d’abreuvoir pour le bétail, et dans les trois autres bassins, abrités, qui étaient autrefois réservés aux lavandières.
Chancellerie d'Etat
En collaboration avec la Direction du patrimoine et des sites et les Archives
d’Etat
* Clé : pierre en forme de coin située au sommet d’un
arc, sur laquelle est souvent inscrite la date de construction du bâtiment.
* Chèvre : nom donné à l¹élément
vertical carré ou circulaire qui comprend l¹arrivée
d¹eau d¹une fontaine et qui ressemble à un pilier ou
à un fût de colonne.
La grande majorité des maisons dont il est question ici sont privées. Nous vous remercions donc de respecter la propriété privée et la tranquilité de leurs habitants tout en vous souhaitant de belles balades.
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