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Feuille d'Avis Officielle du 02.09.2005

A la découverte des maisons rurales de la campagne genevoise

De moulin en moulin le long de la Versoix

La balade, qui va de Sauverny à Versoix en passant par La Bâtie et Richelien, suit le cours de la Versoix, rivière où les industries étaient nombreuses. Un nombre élevé d'ouvrages et de vestiges hydrauliques subsistent de nos jours, formant un riche domaine bâti ainsi qu'un intéressant réseau de canaux qui fournissaient eau de consommation et force motrice à la région.

L’industrie du papier était très présente le long de la Versoix et la rivière alimentait un très grand nombre de papeteries à Divonne, Grilly, Sauverny, à la Bâtie, où une papeterie a fonctionné jusqu’en 1880, à Saint-Loup et enfin à Versoix où la dernière fabrique de papier du canton a fermé ses portes en l’an 2000. Quant à l’utilisation énergétique de la rivière, elle perdure encore aujourd’hui : les centrales de la Vieille-Bâtie et de Richelien alimentent le réseau genevois en force électrique.

Du gué au pont de pierre

A Sauverny. Photo Chancellerie d'EtatA Sauverny*, d’abord un gué, puis un pont en bois, permettaient de franchir la rivière. Un pont de pierre fut mis en service au XIXe siècle, remplacé ensuite par un ouvrage en béton.
Côté suisse, un imposant corps de logis marque l’emplacement du moulin de Sauverny, desservi par un long canal.

Au début du XIVe siècle, un moulin et un battoir existaient sur le cours de la Versoix au lieu-dit Cuchet, situé entre le moulin de Grilly, en France voisine, et les moulins de Sauverny. Le martinet* de Sauverny est également attesté en 1390. Il fut exploité jusqu’au début du XIXe siècle pour travailler le cuivre et fabriquer des chaudrons et des récipients de cuisine.

Du Martinet à La Bâtie

Le moulin de La Bâtie. Photo Chancellerie d'EtatAu lieu-dit La Vieille-Bâtie se dressait le château de la Bâtie-Beauregard, ou Bâtie-Champion, élevé au début du XIIIe siècle sur une butte sur la rive droite de la Versoix. Il fut détruit à la fin du XVIe siècle et ses matériaux emportés. Aujourd’hui, seul l’emplacement (la motte castrale) peut encore être reconnu et la rampe raide qui, autrefois, ouvrait probablement sur un gué, est encore en usage.

La Bâtie possède un passé industriel et artisanal. Au début du 19ème siècle, l’endroit portait encore le nom de Martinet, appellation qui a ensuite disparu. Aujourd’hui, les bâtiments existent encore, en partie transformés. Sur la rive droite de la rivière subsiste l’ancien bief* du moulin dont les dimensions donnent une idée de la puissance hydraulique transmise à la forge et à son lourd marteau. Quant au moulin de Richelien, il fut transformé en 1892 en usine électrique et est toujours en activité.

Le canal de la duchesse

La fontaine des Amoureux à Versoix. Photo D. WintereggA Versoix. Photo Chancellerie d'EtatLong de 5,4 kilomètres, le canal de la Versoix sort de la rivière à La Bâtie ; inauguré en 1785 par la duchesse de Choiseul-Praslin, il était destiné à Versoix-la-Ville* et devait irriguer les jardins et fournir la force aux fabriques de la ville nouvelle. De nos jours encore, les jardins situés le long du canal sont arrosés avec son eau. Le canal de la Versoix a par ailleurs fait l’objet d’aménagements piscicoles et on y trouve la truite. Un chemin le longe sur presque toute sa longueur. La partie la plus pittoresque se situe sous le Petit-Saint-Loup : à cet endroit, le chemin qui longe le canal est bordé de vénérables platanes et, à un embranchement, une allée de marronniers permet de descendre vers la rivière. Un peu plus loin, un petit pont de pierre enjambe le canal, donnant accès à la très romantique fontaine des Amoureux (photo). Enfin, avant d’atteindre les Gravines, le promeneur passe par le « fer à cheval » ainsi dénommé en raison d’un coude du canal…

A Versoix. Photo Chancellerie d'EtatA Versoix, depuis le chemin du Vieux-Moulin, on peut apercevoir par-dessus une haie la roue d’un moulin qui existe encore en amont du pont sur la Versoix, à l’entrée du bourg. Ce n’est qu’un vestige d’une époque où les industries étaient nombreuses. Au XVe siècle, il y avait un polisseur de pierres précieuses sur le cours de la Petite-Versoix, un papetier à Saint-Loup et autant de moulins... Au XIXe siècle, l’activité industrielle et artisanale était florissante sur les biefs de la rivière et aux abords de la voie ferrée : confiserie, chocolaterie, papeterie, meunerie, taillerie de pierres fines, scieries et tourneurs de bois, dont une partie existe aujourd’hui encore.

Une rivière sous haute protection

Fontaine à Versoix. Photo Chancellerie d'EtatA noter que les berges de la rivière, dans sa partie urbaine située entre le pont CFF et la route de Suisse, sont actuellement en cours de renaturation. Ce projet s’inscrit dans le programme de renaturation des cours d’eau 2002-2005, ainsi que dans le plan de protection de la Versoix. Il constitue enfin l’une des actions majeures du contrat de rivières transfrontalier Pays de Gex-Léman.

Quittant la rivière au moment où elle va se jeter dans le lac, on passe plus loin près d’une fontaine (photo) qui marque l’intersection entre la route de Suisse et la rampe de la Gare et on arrive à Port-Choiseul, la seule partie véritablement réalisée de la ville nouvelle voulue par le duc de Choiseul, devenu un port de plaisance.

Chancellerie d'Etat
En collaboration avec la Direction du patrimoine et des sites et les Archives d’Etat

* Après le Congrès de Vienne, dont l’acte final est signé le 9 juin 1815, une grande partie du territoire de Sauverny, sur la rive gauche de la Versoix, est rattachée au canton de Genève et à la commune de Versoix.
* Martinet : il s’agit d’un autre type de moulin, plus rare, qui fait partie d’une forge et n’actionne pas une meule, mais un marteau (« martinet » ou battoir). Ainsi, sur certains cours d’eau où la qualité de l’eau était exceptionnelle, comme la Versoix, apparurent dès le XIVe siècle des martinets de forge. Au XVIe siècle, de nombreux martinets se transformèrent en papeteries.
* Bief : canal de dérivation qui conduit les eaux d’un cours d’eau vers une machine hydraulique.
* A la fin du XVIIIe siècle, le ministre de Louis XV, Choiseul, tente de fortifier Versoix et d’établir une ville et un port sur le Léman, concurrents de Genève. Versoix-la-Ville est mise en chantier dès 1768. Après la disgrâce du duc de Choiseul à Versailles, le projet est repris en 1772 par l’ingénieur Nicolas Céard, mais il n’aboutit pas et la construction de la ville nouvelle est interrompue par la Révolution. En 1817, malgré l’opposition de la France, la commune est réunie à Genève et devient l’élément de soudure du nouveau canton avec le reste de la Confédération.




La grande majorité des maisons dont il est question ici sont privées. Nous vous remercions donc de respecter la propriété privée et la tranquilité de leurs habitants tout en vous souhaitant de belles balades.

Pour en savoir plus:

  • Guide des chemins historiques du canton de Genève, Editions Slatkine, Genève, 1998.
  • Guide de découverte du patrimoine transfrontalier – Les chemins du bassin genevois, Editions Slatkine, Genève, 2002.
  • La Versoix, un patrimoine commun, édité par le Département de l’aménagement, de l’équipement et du logement, et le Département de l’intérieur, de l’agriculture et de l’environnement, octobre 2001.
  • Fiche-rivière La Versoix éditée par le Département de l’intérieur, de l’agriculture et de l’environnement, juillet 2001.