Au
moment du décès du général Rath, l'idée
d'un musée flottait dans l'air. L'Empereur Napoléon 1er
avait fait don à Genève d'un lot de tableaux déposés
provisoirement à l'Hôtel de Ville et à l'église
Saint-Germain en 1804. Cette idée de créer un lieu exclusivement
dédié à l'art et ouvert au public cheminait dans
les milieux cultivés et notamment la Société des
arts, fondée en 1776, qui regroupait des Genevois préoccupés
de science et d'art.
En janvier 1824, sur les conseils du syndic Jean-Jacques Rigaud, les demoiselles Rath annoncèrent au Conseil d'Etat leur intention de réaliser les dernières volontés de leur frère et d'offrirent cent cinquante-cinq mille francs pour la construction d'un musée. Ce dernier devait servir à la fois de lieu d'expositions et d'enseignement (dessin et modelage) et de dépôt d'œuvres d'art. La somme léguée ne suffisait toutefois pas à couvrir tous les frais et l'Etat s'engagea à participer financièrement au projet.
L'architecte choisi par les sœurs Rath, Jean-Marc Samuel Vaucher, conçut le musée comme un "temple des muses". Le bâtiment est inspiré du modèle des temples antiques grecs, une typologie très répandue en Europe dans la première moitié du XIXe siècle: forme rectangulaire, socle important, péristyle à colonnes corinthiennes, fronton.
La construction du musée s'acheva en avril 1826 et l'inauguration eut lieu trois mois plus tard: le premier musée des beaux-arts en Suisse était né ! Le mois suivant, le musée accueillit sa première exposition, intitulée Les peintres genevois et confédérés. En décembre, un appel fut lancé aux Genevois afin d'augmenter les collections et dès l'année suivante, le musée fut ouvert au public tous les jeudis de midi à 16 heures et aux artistes trois jours par semaine. En 1851, le musée Rath passa dans les mains de la Ville de Genève. Dès 1880, le musée peinait à contenir les collections devenues trop volumineuses. Après l'inauguration du Musée d'art et d'histoire, en 1910, le musée Rath changea d'affectation et reçut des expositions temporaires.
Entre
1916 et 1919, le musée cessa toute activité artistique pour
cause de guerre mondiale: il fut occupé par l'Agence internationale
des prisonniers de guerre, mise sur pied dès le début du
conflit par le Comité international de la Croix-Rouge. L'agence
servait d'intermédiaire entre les prisonniers de toutes les nationalités
et les familles qui les recherchaient. Des plaques apposées sur
la façade principale du bâtiment, de part et d'autre de l'escalier,
rappellent cet épisode historique. Les fichiers de recherche des
prisonniers sont actuellement conservés au Musée internationale
de la Croix-Rouge.
Le bâtiment, classé en 1921, bénéficia au XXe siècle de nombreuses modernisations et transformations, notamment au sous-sol avec l'aménagement d'une nouvelle salle d'exposition, dite "de la Corraterie". Le musée continue d'accueillir de magnifiques expositions temporaires, de Cléopâtre à Le Corbusier en passant par la Chine et Ferdinand Hodler.
Chancellerie d'Etat
En collaboration avec la Direction du patrimoine et des sites et les Archives
d'Etat
Simon Rath, fils de Jean-Louis et Sarah Alexandrine Rolland, est né le 16 mars 1766 dans une famille protestante originaire de Nîmes qui avait fui les persécutions religieuses et s'était réfugiée à Genève, étant reçue habitante en 1690 et à la bourgeoisie en 1705.
Si le père du général était commerçant, Simon Rath opta pour une carrière militaire. Dès la fin de ses études, il entra au service de la Russie où il s'éleva rapidement au grade de lieutenant-général. S'agissant des états de service du général Rath dans les armées du tsar Alexandre 1er (1801-1825), nos archives sont muettes. On n'en sait pour ainsi dire rien. Il conviendrait qu'un chercheur motivé "creuse" la question en dépouillant par exemple les archives du service historique de l'armée russe.
En 1816, Simon Rath acheta le château de Saint-Loup à Versoix. Atteint d'une maladie de poitrine, il revint à Genève l'année suivante et mourut le 14 décembre 1819.
Les premières traces du service étranger en Suisse remontent au XIIIe siècle, nettement plus tard à Genève. Les avantages économiques ainsi obtenus par les cantons n'avaient d'égal que le sens de l'honneur et le goût de l'aventure qui poussaient les jeunes de bonne famille à servir les princes. On peut citer à cet égard les Genevois Simon Rath et Augustin Prévost, au service du tsar et de l'Angleterre, le Vaudois Antoine Henri Jomini, au service de France puis de Russie ou le Neuchâtelois Charles-Daniel de Meuron, au service de l'Angleterre. La situation changea du tout au tout au milieu du XIXe siècle, vu la démocratisation des institutions helvétique et un revirement de l'opinion publique et de la classe politique. L'interdiction de toute forme de service étranger date de 1859. Aujourd'hui, la Légion étrangère est l'héritière des régiments suisses au service de France et la Garde suisse pontificale, dont on fête cette année les 500 ans, est la seule survivance du service étranger.
En effet, Henriette, la plus jeune des deux sœurs Rath, est connue comme peintre miniaturiste. Née en 1773 à Genève, douée pour le dessin, attirée par les arts, elle proposa en 1799 à la Société des arts de s'occuper, avec deux collègues et amies, de l'académie des jeunes filles (école de dessin). Les femmes étaient exclues de la Société des arts, mais l'activité d'Henriette lui valut en 1801 le titre d'associée honoraire. Elle gagnait confortablement sa vie. On sait qu'elle exécuta des commandes pour la grande duchesse Anne de Russie et qu'elle se rendit à Saint-Pétersbourg afin de rendre visite à son frère. A Genève, elle se consacra à la Société des arts et à la réalisation du vœu de feu son frère. Elle mourut en 1856, à l'âge de 83 ans.