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Feuille d'Avis Officielle du 14.08.2006

Redécouvrir des sites de la Genève historique

La Treille, promenade et lieu d'observation climatique

Cette esplanade de 6341 mètres carrés tire son origine des Crêts-Baudet ou Crêts de la porte Baudet et son nom des nombreuses vignes qui y poussaient à l’époque.

Le marronnier officiel. Photo Chancellerie d'EtatAu XVIe siècle, il fut interdit de construire sur les "crêts de la porte Baudet" afin de ne pas gêner la vue en direction de la plaine du Rhône et de l'Arve. La Treille portait alors le nom de plateforme de la porte Baudet. C'était un replat créé comme plate-forme de dégagement au pied de la tour Baudet et utilisé pour la défense de la Maison de Ville. On y accédait par la rampe qui montait de la Corraterie à la porte Baudet.

La Treille connaît ses premiers aménagements en 1515. Un an plus tard, le gouvernement s’approprie un lopin de terre. Le 1er février 1558, le sautier Lupi Tissot est chargé d'y planter des arbres, des noyers et des mûriers. Des jardins particuliers se trouvaient également sur cette plateforme. La promenade est agrandie en 1690 et consolidée de murs de soutènement à la fin du XVIIe et au début du XVIIIe siècles. On y plante des tilleuls et des ormes, bientôt remplacés par des marronniers sur deux rangs : la première rangée fut plantée en 1720, la seconde l'année suivante.

Entre 1706 et 1711, la Treille est pourvue d'une rampe descendant vers le quartier de Saint-Léger, symétrique à celle allant en direction de la porte de Neuve. Les deux rampes sont ornées d'une rangée d'arbres. Ces travaux s'achèvent en 1713, date à laquelle la Treille acquiert sa forme et ses dimensions actuelles. Enfin, en 1751, des barrières de fer sont posées sur la rampe côté place Neuve.

La promenade de la Treille est également très connue pour son fameux banc, le plus long du monde, assure-t-on, qui date de 1767. Il est composé aujourd’hui de 180 planches et mesure précisément 120,21 mètres.

Le marronnier officiel

Chaque année, le sautier surveille l'apparition de la première feuille sur le marronnier officiel, dont l'éclosion annonce l'arrivée du printemps. Il inscrit la date sur une tablette recouverte d'un parchemin qui se trouve dans la salle du Conseil d'Etat (voir La salle du Conseil d'Etat). La première inscription date de 1818 et fut apposée par le premier sautier nommé après la Restauration, Théodore-Marc Paul.

Différents marronniers, tous plantés sur la Treille, se sont succédés au cours des ans dans le rôle de marronnier officiel. L'actuel marronnier officiel fut choisi en 1928. Il se situe à l’extrémité est de la promenade, au premier rang et porte une plaque qui fut inaugurée le 27 mars 1982 par Monsieur Guy-Olivier Segond, conseiller administratif de la Ville de Genève, et sur laquelle est inscrit:

« MARRONNIER OFFICIEL.
Depuis 1818, le sautier de la République observe
sur l’un des marronniers de cette promenade
l’éclosion de la première feuille.
C’est sur cet arbre que se portent,
depuis 1929, les observations. ».

Première vue de la promenade de la Treille, vers 1823, Pierre Escuyer (1749-1834), eau-forte. Copyright Centre d’iconographie genevoise, Ville de Genève.Le marronnier est un véritable témoin du réchauffement climatique. En observant les inscriptions sur la planchette, on constate en effet que les premières dates sont comprises entre mars et avril, alors que les dates notées à l'époque actuelle le sont entre février et mars, et parfois même en janvier.

En 2002, le marronnier a annoncé l’arrivée du printemps le 7 février. Il a ensuite perdu ses feuilles durant l’automne. Mais - événement inattendu - le 29 décembre de la même année, une nouvelle feuille est apparue et l'été 2003 fut celui de la canicule dont tout le monde se souvient. Cette année, la première feuille est apparue le 14 mars 2006.

Chancellerie d'Etat
En collaboration avec la Direction du patrimoine et des sites et les Archives d'Etat


Pour en savoir plus :
  • Parcs et jardins publics à Genève, Edmond Barde, A. Jullien éditeur, Genève, 1928.
  • Les promenades publiques à Genève de 1680 à 1850, Christine Amsler, Maison Tavel, Genève, 1993.
  • La première feuille du marronnier de la Treille, Pierre Stoller, Roger Beer, Genève, 1994.


Questions - réponses

Maria Anna Hutter, sautier de la République et canton de Genève depuis 1999

Vous souvenez-vous de votre première observation ?

Ma première observation du marronnier officiel date de l'an 2000. Mon prédécesseur, Monsieur Pierre Stoller, m'avait bien laissé des indications précises à ce sujet, mais comme c'était la première fois, j'étais très inquiète. C'est pourquoi j'ai demandé au responsable du Service des espaces verts de la Ville de Genève de l'époque de me confirmer l'apparition de la feuille, c'était le 28 février 2000.

Le marronnier de la Treille est-il connu à l'étranger ?

L'apparition de la première feuille du marronnier officiel suscite un grand intérêt, entre autres au Japon. Chaque année, des journalistes japonais me contactent et des articles paraissent dans leurs journaux locaux. J'y vois une similitude avec l'engouement des Japonais pour la floraison de leurs cerisiers, annonciatrice du printemps.

Le marronnier officiel actuel est le troisième en date. Comment voyez-vous l'avenir ?

Deux marronniers se sont récemment déracinés sur la Treille et sont tombés. L'un d'eux était situé derrière le marronnier officiel et, dans sa chute, il a arraché deux branches de ce dernier …Un jour viendra où il faudra trouver un nouveau marronnier officiel. Ce choix revient au sautier et j'ai déjà ma petite idée, mais c'est un secret…