Dans
ces murs furent signés des traités, prononcés des
jugements, accueillis des congrès internationaux, reçus
des hôtes illustres. Dans ces murs, contrairement à ce que
l'on pourrait croire, ce ne sont pas les autorités municipales
qui siègent, mais celles du canton: le Grand Conseil, pouvoir législatif,
et le Conseil d’Etat, pouvoir exécutif. On y trouve également
la Chancellerie d'Etat, état-major du gouvernement, la présidence
et le secrétariat général du Département du
territoire ainsi que le service du Grand Conseil.
Au fil des siècles, le bâtiment a accueilli les gouvernements qui, sous diverses formes, ont présidé aux destinées de la République ainsi que les services de l'administration. Il abrita, comme c'est le cas aujourd'hui, les autorités exécutives et législatives, mais également la justice, du procureur général aux juges et aux salles de tribunaux en passant par les greffes. Ont également eu leur place dans ce bâtiment: les Archives d'Etat, le Bureau des étrangers, celui de l'état civil, le Département des finances, au plan militaire l'état-major de place, les travaux publics, l'instruction publique, la police, le Conseil de santé, le cadastre, le registre foncier. Même la Caisse d'Epargne, les pompes funèbres et le Service des automobiles sont passés par là.
Parmi les événements marquants, citons par exemple la signature
de la combourgeoisie de 1584 entre Genève, Berne et Zurich, confirmant
et renforçant les liens de notre République avec les cantons
protestants. C'est là que fut scellé le sort d'Emile et du Contrat social de Jean-Jacques
Rousseau, condamnés le 19 juin 1762 "à
être lacérés et brûlés par l'exécuteur
de la Haute Justice devant la porte de l'Hôtel de Ville comme téméraires,
scandaleux, impies, tendant à détruire la religion chrétienne
et tous les gouvernements".
Quant à la sérénité, elle n'a pas toujours été de mise dans cet imposant bâtiment. Le 22 août 1864, jour où furent adoptés, dans le calme, les dix articles de la première Convention de Genève, le monde politique genevois s'échauffait à cause d'une difficile élection au Conseil d'Etat.
Côté
architecture, ce bâtiment est construit dès le 15e siècle
autour de la tour Baudet et les aménagements, extensions et autres
finitions perdurent jusqu’en 1700. La rampe monumentale a permis
d’unifier l’ensemble des bâtiments. Il s’agit
de la partie la plus caractéristique et la plus originale, créée
au sein d’une tour carrée avec son toit très particulier,
ses voûtes gothiques en croisées d’ogives et sa décoration
façon Renaissance. L'architecture hors du commun de la rampe pavée
a été choisie pour faciliter l’accès de la
Maison de Ville aux charrois, piétons et… chevaux.
Conçue par le Genevois Pernet De Fosses, qui entreprendra les travaux en 1555, elle sera achevée en 1580 par l'architecte Nicolas Bogueret, qui périra vingt-deux ans plus tard l'épée à la main dans la nuit de l'Escalade (11 au 12 décembre 1602) en défendant Genève contre les troupes du duc de Savoie.
Chancellerie d'Etat
En collaboration avec la Direction du patrimoine et des sites et les Archives
d'Etat
Ces nervures des voûtes de la rampe représentées tantôt par des motifs végétaux tantôt par des visages expressifs sont typiques de la Renaissance, période de redécouverte de l’Antiquité. C’est pourquoi certaines de ces nervures en forme de visage ressemblent fortement à des personnages de la tragédie grecque. Nous retrouvons les mêmes au collège Calvin, construit en 1559, à l'époque de la Réforme.
Nous pouvons envisager que les architectes de l’époque se sont inspirés de différents palais de France, influencés qu'ils étaient par leur tour de France. En effet, les architectes ne suivaient à l'époque pas d'école spécialisée. Ils étaient des artisans fort doués, des sculpteurs, qui faisaient leur tour d'Europe et travaillaient alors avec d'autres artisans qui transmettaient leur savoir.
Je tiens tout d'abord à vous signaler que les pavés de
la rampe s’appellent des « têtes de chat » et
que nous les trouvons normalement dans les champs.
Il est vrai que sur certains paliers, nous observons des cercles ou des
cœurs, mais ces dessins n’ont aucune réelle signification.
Ce sont de simple dessins géométriques voulus par l'artisan.
Nous en trouvons des semblables au château de Gruyère. Ils
sont cependant plutôt rares à Genève.