Ecusson de la République et du canton de Genève


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Feuille d'Avis Officielle du 16.08.2006

Redécouvrir des sites de la Genève historique

L’Hôtel de ville: coeur des institutions genevoises

Chaque été, la cour de l’Hôtel de Ville se mue en lieu de concerts. Mais ce bâtiment est avant tout chargé d'histoire et constitue le cœur des institutions politiques de la République et canton de Genève.

La cour de l'Hôtel de Ville et la rampe monumentale. Photo Chancellerie d’EtatDans ces murs furent signés des traités, prononcés des jugements, accueillis des congrès internationaux, reçus des hôtes illustres. Dans ces murs, contrairement à ce que l'on pourrait croire, ce ne sont pas les autorités municipales qui siègent, mais celles du canton: le Grand Conseil, pouvoir législatif, et le Conseil d’Etat, pouvoir exécutif. On y trouve également la Chancellerie d'Etat, état-major du gouvernement, la présidence et le secrétariat général du Département du territoire ainsi que le service du Grand Conseil.

Véritable fourmilière

Au fil des siècles, le bâtiment a accueilli les gouvernements qui, sous diverses formes, ont présidé aux destinées de la République ainsi que les services de l'administration. Il abrita, comme c'est le cas aujourd'hui, les autorités exécutives et législatives, mais également la justice, du procureur général aux juges et aux salles de tribunaux en passant par les greffes. Ont également eu leur place dans ce bâtiment: les Archives d'Etat, le Bureau des étrangers, celui de l'état civil, le Département des finances, au plan militaire l'état-major de place, les travaux publics, l'instruction publique, la police, le Conseil de santé, le cadastre, le registre foncier. Même la Caisse d'Epargne, les pompes funèbres et le Service des automobiles sont passés par là.

Autodafé "rousseauien"

La cour de l'Hôtel de ville. Photo Chancellerie d'EtatParmi les événements marquants, citons par exemple la signature de la combourgeoisie de 1584 entre Genève, Berne et Zurich, confirmant et renforçant les liens de notre République avec les cantons protestants. C'est là que fut scellé le sort d'Emile et du Contrat social de Jean-Jacques Rousseau, condamnés le 19 juin 1762 "à être lacérés et brûlés par l'exécuteur de la Haute Justice devant la porte de l'Hôtel de Ville comme téméraires, scandaleux, impies, tendant à détruire la religion chrétienne et tous les gouvernements".

Quant à la sérénité, elle n'a pas toujours été de mise dans cet imposant bâtiment. Le 22 août 1864, jour où furent adoptés, dans le calme, les dix articles de la première Convention de Genève, le monde politique genevois s'échauffait à cause d'une difficile élection au Conseil d'Etat.

Rampe extraordinaire

Clé de voûte. Photo D. WintereggCôté architecture, ce bâtiment est construit dès le 15e siècle autour de la tour Baudet et les aménagements, extensions et autres finitions perdurent jusqu’en 1700. La rampe monumentale a permis d’unifier l’ensemble des bâtiments. Il s’agit de la partie la plus caractéristique et la plus originale, créée au sein d’une tour carrée avec son toit très particulier, ses voûtes gothiques en croisées d’ogives et sa décoration façon Renaissance. L'architecture hors du commun de la rampe pavée a été choisie pour faciliter l’accès de la Maison de Ville aux charrois, piétons et… chevaux.

Conçue par le Genevois Pernet De Fosses, qui entreprendra les travaux en 1555, elle sera achevée en 1580 par l'architecte Nicolas Bogueret, qui périra vingt-deux ans plus tard l'épée à la main dans la nuit de l'Escalade (11 au 12 décembre 1602) en défendant Genève contre les troupes du duc de Savoie.

Chancellerie d'Etat
En collaboration avec la Direction du patrimoine et des sites et les Archives d'Etat


Pour en savoir plus :

Questions - réponses

Pierre Baertschi, conservateur cantonal des monuments

D'où viennent ces nervures, ces sortes de masques qui ornent la rampe?

Ces nervures des voûtes de la rampe représentées tantôt par des motifs végétaux tantôt par des visages expressifs sont typiques de la Renaissance, période de redécouverte de l’Antiquité. C’est pourquoi certaines de ces nervures en forme de visage ressemblent fortement à des personnages de la tragédie grecque. Nous retrouvons les mêmes au collège Calvin, construit en 1559, à l'époque de la Réforme.

Quelle est la source d'inspiration des artisans?

Nous pouvons envisager que les architectes de l’époque se sont inspirés de différents palais de France, influencés qu'ils étaient par leur tour de France. En effet, les architectes ne suivaient à l'époque pas d'école spécialisée. Ils étaient des artisans fort doués, des sculpteurs, qui faisaient leur tour d'Europe et travaillaient alors avec d'autres artisans qui transmettaient leur savoir.

Les deux grands cœurs dessinés sur le sol de la rampe ont-ils une signification?

Je tiens tout d'abord à vous signaler que les pavés de la rampe s’appellent des « têtes de chat » et que nous les trouvons normalement dans les champs.
Il est vrai que sur certains paliers, nous observons des cercles ou des cœurs, mais ces dessins n’ont aucune réelle signification. Ce sont de simple dessins géométriques voulus par l'artisan. Nous en trouvons des semblables au château de Gruyère. Ils sont cependant plutôt rares à Genève.