A
noter que le procureur général était alors membre
de ce Conseil. Porte-parole du peuple, il défendait ses intérêts.
Dès la création de sa charge, en 1534, le procureur général
intervint dans des affaires judiciaires, mais son rôle politique
était peut-être plus important encore. Il prenait souvent
la parole au Conseil des Deux-Cents, mais pouvait demander à être
entendu du Petit Conseil, soit l'exécutif du canton.
Les murs de la salle du Grand Conseil ont ainsi vu délibérer successivement le Conseil des Deux-Cents, le Conseil Représentatif, l'Assemblée Constituante et enfin le Grand Conseil. Le parlement actuel, pouvoir législatif, est composé de cent députés, hommes et femmes élus pour quatre ans au suffrage universel suivant le système de la représentation proportionnelle. Ils siègent dans ce lieu qui accueille également les délibérations du Conseil municipal de la Ville de Genève ainsi que les cérémonies de prestation de serment des nouveaux citoyens.
A l'origine, la salle du Grand Conseil était plus petite qu'elle ne l'est aujourd'hui car elle était séparée de la salle des Pas-Perdus par une antichambre et un vestiaire. Du décor intérieur en plâtre réalisé en 1702 par le sculpteur Philippe Chenet, réfugié originaire de Montpellier, il ne subsiste rien. En 1828, le peintre Giuseppe Spampani, de Livourne, est mandaté pour décorer la salle.
Au fil des ans, les députés ont vu apparaître des ventilateurs, puis de nouvelles tentures, des rideaux et enfin des fauteuils et des pupitres, avant que le sol ne soit recouvert de linoléum, air du temps oblige! Quant au décor actuel, il fut réalisé par Percival Pernet après une rénovation complète.
Une transformation attendue puisque le député Ganter affirmait haut et fort en 1957: Les députés commencent à en avoir assez de siéger dans ce décor qui est à peine digne d'une salle d'attente de troisième classe d'une gare provinciale française, et encore! Alors, on n'y alla pas par quatre chemins et c'est l'Angleterre qui inspira le changement. On peut en effet lire dans un rapport du Conseil d'Etat de 1960: La nouvelle salle sera disposée, toutes proportions gardées, comme la salle du parlement de Westminster.
Cette rénovation contraignit le Grand Conseil et le Conseil municipal à siéger hors les murs (1960-61) dans le bâtiment électoral situé à la place de l'actuel Uni Dufour. Ce bâtiment, entièrement détruit par un incendie juste après le départ du Grand Conseil, était surnommé la "boîte à claques" en raison des rixes qui s'y produisaient fréquemment. C'est lors de cette rénovation que la disposition de la salle a été inversée: la tribune présidentielle se trouvant auparavant à la place de la tribune du public, et vice-versa.
C'est en octobre 1967 que sont inaugurés les vitraux offerts par les cantons confédérés à l'occasion du 150e anniversaire de l'entrée de Genève dans la Confédération. André Chavanne, alors président du Conseil d'Etat, évoquait en présence des édiles genevois et confédérés les liens anciens qui unissaient Genève aux autres cantons suisses et sa reconnaissance. Son collègue François Peyrot salua le travail d'équipe parti d'une idée de l'architecte Albert Cingria, fils du peintre, pour aboutir au projet général de l'artiste Rose-Marie Pedretti-Eggmann qui coordonna le travail de dix-huit artistes et d'un ferronnier de Gland.
Depuis cette rénovation, le Parlement genevois n'a quitté sa salle qu'une seul fois, le 30 août 2001, pour permettre l'installation d'un nouveau système électronique.
Chancellerie d'Etat
En collaboration avec le service du Grand Conseil
Il y a toujours eu du chahut et de la violence verbale. Mes prédécesseurs ont même assisté à des bagarres, dont une durant laquelle un sautier voulut intervenir et fut lui-même malmené. Avant la rénovation de 1962, les députés siégeaient en travée, derrière des pupitres sur lesquels ils tapaient lorsqu'ils s'énervaient. Je trouve que la disposition actuelle permet une meilleure synergie entre eux. Bon, le rouge des fauteuils n'est peut-être pas une couleur propice au calme. A propos de langage, j'ai remarqué que lorsqu'un député commence à s'embrouiller ou à déclencher l'hilarité, le mieux serait qu'il s'arrête et n'essaye surtout pas de rattraper le coup.
Actuellement, les mémorialistes enregistrent et retranscrivent. Auparavant, nous prenions tout en sténographie durant la séance à raison d'un quart d'heure suivi d'une pause. C'était très intense. J'étais champion de sténo en Suisse en 1961, avec 210 mots à la minute. Ensuite, nous retranscrivions dès le lundi et cela allait très vite. Je me suis intéressé à la sténo et, sautier, j'ai fêté avec mon équipe la Saint-Cassien, nom de celui qui pratiquait déjà la sténo au temps des Romains. Il gravait ses signes dans des tablettes de cire. Je me suis toujours passionné pour les mots. Longtemps président du Club de la grammaire, j'ai rédigé un glossaire des termes érotiques. Pour cela, je me suis replongé dans mes classiques grecs. Actuellement, je termine un opuscule sur les homonymes.
Pas du tout, cela s'est fait très naturellement. Je connaissais
très bien la procédure politique. Le sautier est là
pour faciliter l'action du président durant son année à
la tête du Parlement.
Sans attaches partisanes, j'étais à l'aise avec tout le
monde et j'ai eu de très bons contacts avec les politiciens. J'étais
un peu ému pour mon premier défilé avec costume et
masse. Mais les huissiers m'ont mis à l'aise, entre autres en me
rappelant de ne pas démarrer trop vite. Durant mon mandat, je me
suis attaché à connaître et à faire connaître
cette fonction - il y avait un sautier au Vatican du temps de Néron.
J'ai été le 68e sautier et nous avons fêté
en 1982 le 500e anniversaire de la fonction à Genève. Ce
jour-là, je me suis assis avec précaution sur le fameux
lion, très fragile, et j'ai eu très peur qu'il ne se brise.