Le
site actuel du Palais de justice était occupé, à
l'époque médiévale, par un couvent, le couvent de
Sainte-Claire, construit en 1474 à l’initiative de la duchesse
Yolande, régente de Savoie et sœur du roi de France, Louis
XI.
Au moment de la Réforme cependant, les sœurs clarisses durent abandonner leur couvent et se réfugièrent à Annecy en 1535. C'est à cette date qu'à Genève, le Conseil général décida de créer un hôpital général, appelé alors « grand hôpital des pauvres » et accueillant malades et nécessiteux. Ce dernier fut logé dans le couvent des Clarisses que les sœurs venaient d'abandonner. L’aspect général du bâtiment resta inchangé.
Au début du XVIIIe siècle, les autorités décidèrent de faire construire sur le même emplacement un nouvel hôpital qui devait être plus imposant, grandeur de la République oblige. La construction du nouveau bâtiment débuta en 1706 et s'acheva en 1712. Seule la chapelle de l'ancien couvent fut conservée. D’une « maison des pauvres », l’Hôpital devint ainsi l’un des principaux édifices de la ville, chargé d’un rôle particulier de représentativité.
Le transfert des tribunaux, qui jusqu’alors siégeaient à l’étroit à l’Hôtel de Ville, fut décidé en 1857. Ce transfert, qui représente également une étape symbolique vers une séparation plus effective des pouvoirs, a lieu en 1860. Le bâtiment devient alors le Palais de justice. Celui-ci domine la place du Bourg-de-Four. L'ensemble du bâtiment, que l’on avait voulu spacieux et aéré pour le bien-être des pensionnaires de l’Hôpital, est disposé autour de deux cours intérieures carrées, en partie bordées de portiques et communiquant entre elles. Place du Bourg-de-Four, la façade monumentale s'élève au-dessus d'un perron en hémicycle et d'un socle rattrapant la pente. Située dans l'axe de l'entrée, la fontaine (photo), datée de 1709, est l’œuvre du sculpteur Jacques Favre. Elle occupe le fond de la cour principale. Ce bâtiment est le premier et le plus important bâtiment public genevois du XVIIIe siècle. Par ses proportions et son unité de style, il témoigne de l'introduction du classicisme français à Genève.
Dès
le XVIe siècle, l'Hôpital général, plus proche
de l’hospice que d’un lieu médicalisé, accueillait
non seulement les malades, mais aussi des réfugiés réformés
nécessiteux, principalement français, et également
des personnes en marge de la société : mendiants, vagabonds,
délinquants ainsi que des aliénés qui y étaient
enfermés. L'Hôpital général comprenait des
locaux dits "de correction" ou "chambre de discipline"
destinés à enfermer ces personnes. La Discipline était
logée à l'arrière de l'Hôpital. Au début
du XVIIIe siècle, les autorités décidèrent
la construction d'un bâtiment spécifique réservé
aux scélérats et c'est l'emplacement de l'ancienne prison
de Saint-Antoine qui fut choisi. Les travaux de construction commencèrent
en 1711 et les premiers pensionnaires entrèrent à la nouvelle
discipline deux ans plus tard. Une grande cour séparait la discipline
de l'hôpital. Elle liait également les deux bâtiments
en donnant à l’ensemble une cohérence architecturale.
En 1832, changement d'affectation: la maison de discipline perdit sa fonction carcérale et devint pour quelques années un hôpital pour femmes. La Discipline, appelée dès 1866 prison de Saint-Antoine, probablement en raison de la proximité de la promenade du même nom, servit ensuite d'établissement de détention préventive. Cette affectation a perduré jusqu'en 1977, date de l'ouverture de la prison de Champ-Dollon sur la commune de Choulex. Le relais carcéral du Palais de justice s’y installa, quant à lui, en 1979.
L'extension du Palais de justice a été inaugurée en 1995. Les locaux ont été aménagés en souterrain, sous la cour de l'ancienne prison de Saint-Antoine. Le portique d'entrée de la nouvelle construction, ou porte Saint-Antoine, est situé rue des Chaudronniers. Depuis 1999, le bâtiment abrite les services de l'instruction.
En 1987, la réhabilitation du bâtiment de Saint-Antoine permit de procéder à des fouilles archéologiques, notamment au niveau de la cour intérieure séparant l'arrière du Palais de justice et l'ancienne prison. Lors de la construction de l'extension du Palais, d'importants vestiges romains ont été découverts dans le sous-sol: les restes d'une villa romaine édifiée entre 20 et 40 apr. J.-C. et notamment une fresque. La fouille du sous-sol de l'ancienne prison de Saint-Antoine, menée entre novembre 1997 et avril 1998, révéla la sépulture d'un jeune homme d'une vingtaine d'années, enterré en position assise entre 400 et 180 av. J.-C.
Chancellerie d'Etat
En collaboration avec la Direction du patrimoine et des sites et les Archives
d'Etat
La notion de guérison, de cure, est le fil conducteur de son histoire. D’un lieu de prière, destiné au salut des âmes, le Palais devient l’Hôpital général vers 1535. C’est de cure des corps dont on s’occupe dès lors, accueillant tant les malades que les personnes nécessiteuses. Avec l’arrivée des tribunaux, c’est le bien-être de la société et des relations humaines qui est visé.
Pour la petite histoire, on peut mentionner que les juges de la Cour de justice délibèrent dans la sacristie de l'ancienne église. Dans la salle des Assises subsiste une arcade gothique qui conduisait de l’autel à la sacristie, sous laquelle les juges de la Cour passent pour entrer en audience. C’est donc dans cette ancienne église, où l’on implorait autrefois la miséricorde divine, que les plaideurs sollicitent aujourd’hui l’indulgence et la clémence des juges de la Cour.
Concernant le bâtiment de la Discipline, devenu au XIXe siècle prison de Saint-Antoine, dont la construction s’est achevée en 1712, il est piquant de relever que la première évasion intervint dans le premier mois de son occupation, soit en février 1713. D’autre part, l’histoire de la prison de Saint-Antoine fut également une histoire de famille, puisque le directeur y avait ses appartements avec sa femme et ses deux enfants, jusqu’en 1965. L'épouse du directeur s’occupait d’ailleurs du secteur femmes de la prison.