Vous
l'avez compris, il s'agit des dix têtes sculptées ornant
la façade de la Maison Tavel, qui, depuis près de sept siècles,
veillent sur les passants de la Vieille-Ville. Si leur signification n'est
aujourd'hui toujours pas élucidée (portrait des propriétaires
de la maison ou références à une oeuvre littéraire
médiévale?), les qualités esthétiques et la
finesse d'exécution sont indéniables. Personnages féminins
et masculins, figures souriantes, empreintes de malice, animaux domestiques
ou monstres fantastiques, cet ensemble sculpté constitue un exemple
unique et exceptionnel de la statuaire du XIVe siècle à
l'échelle régionale.
Cette richesse ne constitue toutefois pas le seul attrait de la Maison Tavel. Bâtiment d'habitation privé le plus ancien conservé à Genève, il est également l'un des plus remarquables spécimen d'architecture civile médiévale de Suisse.
La première construction sur le site remonte probablement au XIIe siècle, comme l'attestent les vastes caves aménagées au sous-sol. Dès la fin du XIIIe siècle, la maison entre en possession de la famille seigneuriale des Tavel. L'incendie de 1334 qui ravagea une bonne partie de la ville haute, de Saint-Germain à la Madeleine, ne l'épargne pas et les cinq années suivantes sont consacrées à sa reconstruction. La bâtisse prend des allures à la fois de maison forte, avec ses deux tourelles d'angle, et de palais urbain. Palais, le terme n'est pas excessif, puisque la demeure est alors considérée comme la plus somptueuse de la ville.
En ce milieu de XIVe siècle, le rôle politique et social
joué par la famille Tavel au sein de la cité en fait l'une
des plus importantes de la Genève épiscopale. Elle a ainsi
notamment participé de manière décisive, parfois
les armes à la main, aux luttes pour l'émancipation de la
tutelle de l'évêque et la constitution de la commune. Les
armoiries de la famille, trois aigles en triangle, sont d'ailleurs adoptées
par la commune de Bellevue en 1924, en souvenir de la maison forte qu'y
possédèrent les Tavel.
La
famille s'éteint au XVe siècle. Au fil des ans, la maison
passe aux mains de différents propriétaires: les Calandrini,
les Rieu, réfugiés à Genève suite à
la révocation de l'Edit de Nantes, puis les Audéoud au début
du XXe siècle. Toutes ces familles sont des membres éminents
de la haute société genevoise, ayant fait fortune dans le
négoce, la banque ou occupant des fonctions politiques comme celle
de syndic. Au niveau architectural, les modifications majeures interviennent
au XVIIe siècle, sous la houlette des Calandrini. Pour intégrer
la maison à leur nouveau palais, contigu à la Maison Tavel,
l'une des deux tours est démolie et un escalier construit dans
la cour entre les deux bâtiments. C'est à cette époque
que la vénérable bâtisse acquiert la physionomie qu'on
lui connaît aujourd'hui, ainsi que la couleur si particulière
de sa façade. Classée monument historique en 1923, elle
est acquise quarante ans plus tard par la Ville, qui y installe un musée
d'histoire urbaine et de la vie quotidienne genevoises en 1986.
Chancellerie d'Etat
En collaboration avec la Direction du patrimoine et des sites et les Archives
d'Etat
Il y a plusieurs raisons à cela. Contrairement à la plupart des maisons médiévales très étroites, ses généreuses dimensions ont permis des transformations intérieures, au goût de l’habitat aristocratique des XVIIe et XVIIIe siècles, sans que l’on ait besoin de reconstruire. De plus, son caractère de maison seigneuriale dans ce secteur de commandement – les lieux du pouvoir civil et religieux sont tout proches – a sans doute joué en sa faveur. Il existait de nombreux bâtiments aussi anciens dans les Rues Basses et alentour, mais tous ont disparu durant le dernier quart du XIXe et au début du XXe siècle. Ce qui a sauvé la Maison Tavel, c’est que son intérêt architectural a été reconnu dès le milieu de XIXe siècle.
L'enjeu est de préserver les têtes sculptées, qui hélas se dégradent rapidement, notamment en raison de la pollution, malgré les traitements effectués il y a une vingtaine d’années. Les sculptures médiévales sont à présent déposées et remplacées par des copies; une fois restaurées, elles seront exposées dans une salle à l’intérieur de la maison.
Sans aucun doute le relief Magnin, du nom de l'architecte genevois, Auguste Magnin (1841-1903), qui l'a réalisé. Cette grande maquette de la ville constitue un témoignage extraordinairement précis et fidèle de la Genève de 1850. Au-delà de sa valeur historique, ce relief est l'œuvre personnelle d'un homme qui a consacré vingt années de travail à sa réalisation, en dépit de nombreuses difficultés financières. La démesure de l'entreprise répond à la volonté tenace d'élever une sorte de mémorial à la Genève ancienne protégée par ses murailles, qui incarnait à ses yeux la Genève indépendante et fière de ses libertés.