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Feuille d'Avis Officielle du 28.08.2006

Redécouvrir des sites de la Genève historique

L'ancien hôtel de la résidence de France

L'hôtel du 11, Grand'Rue, siège actuel de la Société de lecture, se caractérise par une particularité: un mur aveugle ou plutôt une aile factice.

La cour et l'aile factice, simple mur mitoyen avec percements aveugles. Photo Chancellerie d'Etat.A partir de 1679, le roi de France entretenait à Genève un représentant permanent appelé résident. Le premier résident envoyé par Louis XIV se nommait Monsieur de Chauvigny. Il arriva à Genève en octobre et s'installa dans une maison située en retrait de la Grand'Rue (numéro 11 actuel). Il fit rapidement établir une chapelle au fond du jardin. En effet, en tant que diplomate, le résident de France jouissait du privilège d'exercer sa religion. Le 30 novembre, fête de la Saint-André, le culte catholique fut ainsi célébré pour la première fois à Genève, république protestante, depuis l'abolition de la messe prononcée par les Conseils en août 1535. Les registres du Conseil de l'époque gardent de nombreux témoignages des réactions ulcérées des Genevois. Le privilège fut confirmé jusqu'en 1794, date à laquelle la chapelle du résident fut désaffectée.

Aile en trompe-l'oeil

L'entrée du 11, Grand'Rue. Photo Chancellerie d'Etat.Afin de loger le résident de France de manière plus confortable et surtout plus conforme à son statut, les autorités de Genève décidèrent en 1740 de reconstruire l'édifice. L'architecte, Jean-Michel Billon, sut s'accomoder du peu d'espace mis à disposition et de l'irrégularité de la parcelle et donner au bâtiment l'apparence d'une symétrie classique: un corps central entre deux ailes, dont l'une est un trompe-l'œil, car elle est entièrement simulée par une façade aveugle. Une fontaine est adossée au mur portant de fausses fenêtres. L'hôtel tel qu'il existe actuellement fut achevé en novembre 1743. La chapelle fut placée au rez-de-chaussée de l'aile, située à droite en entrant dans la cour. A noter que la restauration de 1984 a masqué les traces de son ancien maître-autel. Jusqu'en 1794, les résidents de France se succédèrent au 11, Grand'Rue, puis, entre 1794 et 1798, l'hôtel, déserté par le résident de France, accueillit temporairement un musée.

Visite de Bonaparte

La cage d'escalier de l'ancien hôtel du résident de France. Photo DCTILors de la réunion de la République de Genève à la France, un nouveau département, désigné sous le nom de département du Léman, et dont Genève était le chef-lieu, fut créé en août 1798. Les bureaux de la Préfecture prirent alors place dans l'hôtel de l'ancienne résidence où le premier préfet du Léman, Monsieur d'Eymar, s'installa en mars 1800. Quelques semaines plus tard, au mois de mai, les salons de la préfecture accueillirent une réception en l'honneur du général Bonaparte, alors premier consul. Ce dernier passa trois jours à Genève avant de se rendre en Italie.

Le 11, Grand'Rue abrita les bureaux de la préfecture ainsi que le logement du préfet et de sa famille jusqu'en décembre 1813. Le 28 décembre de la même année, le dernier préfet, Monsieur Capelle, quitta l'hôtel. Il fut remplacé deux jours plus tard par le comte de Bubna, commandant en chef des troupes autrichiennes entrées à Genève le jour même. L'hôtel de la Préfecture servit au logement des divers gouverneurs militaires ou civils du département, puis, de 1816 à 1817, de logement aux commissaires sardes et français chargés de la liquidation du département. Enfin, la Société de lecture s'y installa dès sa fondation en avril 1818 et s'y trouve encore actuellement.

Chancellerie d'Etat
En collaboration avec la Direction du patrimoine et des sites et les Archives d'Etat


Pour en savoir plus :
  • Arts et monuments - Ville et canton de Genève, Armand Brulhart/Erica Deuber-Pauli, publié par la Société d'histoire de l'art en Suisse, Editions Benteli, Berne, 1985, réédition 1993.
  • Notice historique sur l'Hôtel du Résident de France à Genève, J.-L. Le Fort, in Mémoires et documents publiés par la Société d'histoire et d'archéologie de Genève, J. Jullien éditeur, Genève, 1877, tome 19, pp. 1-40.
  • Internet: http://www.societe-de-lecture.ch/


Questions - réponses

Anastazja Winiger-Labuda, Inventaire des monuments d'art et d'histoire du canton de Genève

Si l'on vous demande de citer un élément remarquable de l'ancien hôtel du résident de France ?

La cage d'escalier. C'est l'une des plus belles cages d'escalier à Genève, typique des hôtels particuliers à la manière parisienne du XVIIIe siècle. C'est un escalier très généreux à trois volées, avec une magnifique rampe en fer forgé. Il faut savoir que l'escalier d'honneur jouait un rôle primordial dans le cérémonial d'accueil dès le XVIIIe siècle.

Pouvez-vous nous retracer en quelques mots les aléas de la chapelle du résident ?

D'abord située au fond du jardin, loin de la vue et du passage du public, puis, après la reconstruction de l'hôtel, au rez-de-chaussée de l'aile, à droite de la cour, la chapelle du résident de France suscita un grand mécontentement auprès des Genevois et fut la cause de nombreux incidents: jets de pierre, vitres cassées, etc. Les personnes qui venaient à la messe étaient également importunées. Ces incidents donnèrent lieu à de nombreux procès.

Pour terminer, avez-vous une anecdote ?

Le soir du samedi 10 mai 1800, le Préfet donne dans son hôtel de la Grand'Rue une réception en l'honneur de Napoléon Bonaparte, alors de passage à Genève. Il y a là, pour accueillir cet hôte prestigieux, pas moins de 160 personnes. Les femmes se sont faites belles pour l'occasion. Bonaparte entre, accompagné de quelques généraux; il fait un salut aux femmes, mais n'adresse la parole qu'à l'épouse du Préfet. En revanche, il s'entretient longuement avec les hommes de la science et de la philosophie de Kant, ne quittant pas, pendant les deux heures que dure la réception, sa place sous le lustre au milieu du salon !