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Feuille d'Avis Officielle du 08.09.2006

Redécouvrir des sites de la Genève historique

Le tram à Genève : histoire de rails

Saviez-vous que les rues raides et étroites de la Vieille-Ville de Genève furent brièvement arpentées par une ligne de tram, dénommée "ligne de la Cité" ? Cette dernière ne donna toutefois pas toutes les garanties de sécurité et fut rapidement abandonnée. D’elle, il nous reste un crochet sur une façade de la Grand’Rue.

Tramway devant l'Hôtel de ville en 1904. La ligne de tram de la Cité, en service du 3 mars au 3 juin 1904. Photo Archives TPGLa mise en chantier du tramway de la Cité débuta le 8 août 1900. La création de cette ligne répondait à un double besoin : étendre le réseau et desservir la Vieille-Ville, d’un bout à l’autre de la cité, en évitant les Rues Basses déjà fortement encombrées (marchés, véhicules, fiacres, piétons). La dénivellation de certaines rues n’était toutefois pas sans donner quelques inquiétudes aux édiles de l’époque !

Un crochet par… la Vieille-Ville !

Le parcours de la nouvelle ligne empruntait le parcours suivant : rue de la Monnaie, rue de la Cité (dénivellation de 11% !), Grand’Rue, rue de l’Hôtel-de-Ville, Bourg-de-Four, rue Verdaine (dénivellation de 6 à 10 % !), rue du Vieux-Collège et rue d’Italie. Le tram s’arrêtait à la place du Grand-Mézel, à la Pelisserie, devant l’Hôtel-de-Ville, à la Taconnerie, au Bourg-de-Four (à proximité du Palais de justice) et à l’angle des rues Verdaine et du Vieux-Collège. Un unique véhicule devait assurer la desserte de la ligne, une automotrice électrique conçue spécialement et dotée d’un frein révolutionnaire (magnétique) qui devait permettre d’aborder sereinement ce parcours atypique, car très escarpé pour une ligne urbaine ! Les derniers essais eurent lieu en février 1904. Et le 7 mars, c’est l’ouverture provisoire de la ligne.

Le trajet durait dix minutes et le tram se faufilait entre les échoppes des artisans. La configuration des rues rendait dangereuse sa cohabitation avec les piétons. L’incident qui mit un terme à l’aventure de la ligne de tram de la Cité se produisit le 30 mai 1904, soit quelques jours avant l’inauguration officielle, prévue le 7 juin. Le véhicule, heureusement sans passager, quittait l’arrêt de la place du Grand-Mézel pour descendre la rue de la Cité. En dépit des efforts du conducteur, il ne répondit ni au frein magnétique, ni aux autres systèmes de freinage d’urgence.

Le talent du pilote et une chance certaine permirent d’éviter une catastrophe. Au bas de la rampe, le véhicule ne put cependant éviter la collision avec un fiacre. Le cheval fut la seule victime de l’accident qui condamna de manière définitive la ligne de la Cité. Les derniers rails furent enlevés en 1908.

Genève, ville pionnière

Cet épisode pittoresque nous rappelle que Genève a été une importante ville de tramway. Après Paris, Birkenhead et Londres, Genève est en 1862 le quatrième réseau mis en service en Europe. C’est en effet le 27 août 1861 que la première concession de tramway à chevaux est accordée à Brun et Cie. Provisoire, elle est soumise à une condition de rentabilité pour devenir définitive. La ligne, longue de 2,5 kilomètres, relie Genève à Carouge et entre en service le 19 juin 1862. Le tronçon Place Neuve - Rondeau de Carouge de notre actuelle ligne 12 est ainsi le plus ancien tracé de ligne de tram d’Europe encore en service. Une deuxième concession est attribuée en 1863. Le tronçon de 2,8 kilomètres relie le Cours de Rive au temple de Chêne-Bougeries par la route de Chêne. Les résultats financiers des deux compagnies sont toutefois désastreux et une fusion voit le jour sous le nom de « Société anonyme des tramways de Genève ». Le succès n’est toujours pas au rendez-vous. Une concession unique est alors attribuée par la Confédération à la « Compagnie des tramways de Genève » créée avec un capital-action de 100'000 francs. Cette dernière reprend les deux lignes existantes le 1er mars 1876 et inaugure le 4 août de la même année une ligne de liaison qui conduit les voyageurs du Cours de Rive à la Place Neuve via les Rues Basses, puis le 21 septembre un embranchement Molard - Montbrillant (Cornavin). Cette meilleure desserte du centre-ville ainsi qu’une fréquence améliorée permettent à l’entreprise de dégager un bénéfice en 1876. Le développement du réseau de tramways à Genève est véritablement sur … les rails. Aux tramways hippomobiles succèdent en 1878 les trams à vapeur puis, dès 1894, les trams électriques.Le fameux crochet sur une façade de la Grand’Rue. Photo Chancellerie d’Etat

L’apogée du tram à Genève est atteint dans le premier quart du XXe siècle. En 1903, les lignes de la « Compagnie des tramways de Genève » (CGTE) compte 125,560 kilomètres. Quelque quinze lignes circulent en 1922 pour plus de 130 kilomètres de voies de tram. La campagne genevoise n’est pas oubliée, puisque Chancy et Jussy sont desservies, ainsi que Versoix et Hermance. Certaines localités françaises comme Douvaine, Ferney, Saint-Julien ou Annemasse sont également reliées à Genève par le tram.

En 1925 intervient la première fermeture d’une première ligne de tramway, la ligne de Versoix, parallèle à la voie CFF.

Une nouvelle convention, signée en 1926 par l’Etat et la CGTE, annonce le déclin du tram puisqu’elle prévoit l’instauration de lignes d’autobus sur les lignes de campagne déficitaires. Le déclin du tram se poursuit après la Seconde Guerre mondiale. La nécessité de rationaliser le réseau et de rentabiliser les lignes conduisent à la suppression de très nombreuses lignes de tramways. Le développement de la circulation automobile porte un autre coup fatal au tram au profit des autobus et trolleybus qui s’intègrent, eux, au flot des voitures. Dès 1955, les lignes urbaines furent systématiquement supprimées, si bien qu’en 1969, seule la ligne 12 actuelle demeure exploitée, soit neuf kilomètres de tram !

Aujourd'hui, le tram revit. Actuellement, il y a 18,5 kilomètres d'infrastructures à doubles voies et près de 20 kilomètres sont en projet (voir "Questions-réponses" ci-dessous).

Chancellerie d’Etat


Pour en savoir plus :
  • Boegli W., Dietschy M., Kallmann R., Lacreuze J.-M., Rahm E., Le Tram à Genève 1862-1976, Histoire imagée de la Compagnie des Tramways Électriques et de ses Précurseurs, Edition Tricorne, Genève, 1976 (épuisé)
  • Primatesta Alain, Les Tramways Genevois, Mythraz 2005.
  • Site non officiel des Transports publics genevois : http://www.legenevois.ch
  • Association genevoise du musée des tramways : http://www.agmt.ch


Questions - réponses

Emmanuelle Leuliet, responsable du projet tramway à l’Etat de Genève

Avez-vous une anecdote à raconter ou une particularité à mentionner concernant le tramway à Genève ?

Une « curiosité » non exclusivement genevoise. Jusqu’aux années 1950, le tram était un luxe et était réservé à l’élite de la population. Il y avait ainsi plusieurs classes de voyageurs dans les véhicules. Aujourd’hui, l'objectif est de permettre à l’ensemble de la population d'utiliser les transports publics et de favoriser le transfert modal1 pour le plus grand nombre d’entre nous.

Genève a été une ville pionnière en Europe et possédait un très vaste réseau de tramway jusqu’aux années 1930. Les lignes ont ensuite été systématiquement démantelées au profit de l’autobus ou du trolleybus. Quelle a été la cause de ce déclin ?

L’arrivée de l’automobile est à l’origine de ce déclin et a complètement démantelé les réseaux de tram de la plupart des villes latines (en Suisse: à Genève et à Lausanne). Berne, Bâle ou Zurich n’ont pas connu pareil phénomène. A Genève, les lignes de tram de campagne n’étaient pas assez rentables. Les autobus présentent également certains avantages : ils n’imposent pas de restriction de circulation puisqu’ils prennent place dans le trafic (sauf site propre). De plus, ils requièrent moins d'investissements que les voies de tram. Par contre, ils n'entraînent pas forcément de requalification de l’espace urbain2 comme le permet la mise en service d’une nouvelle ligne de tram. Si on compare la rue de Lausanne ou la rue des Acacias avant et après la mise en place de la nouvelle ligne tram, cela n’a rien à voir ! Enfin, les lobbies automobiles sont peut-être plus puissants de ce côté-ci de la Sarine. Pour les Latins, la voiture est davantage « sacrée », un objet de réussite sociale. Il est ainsi plus difficile de les faire renoncer à ce mode de transport. Mais heureusement, la population prend petit à petit conscience que les habitudes doivent changer.

Pouvez-vous nous parler des récents et futurs développements du réseau de tramway à Genève ?

La dernière mise en service est celle du tronçon entre Lancy-Pont-Rouge et Palettes est intervenu en mai 2006. Le tram Cornavin-Meyrin-Cern (TCMC) arrivera aux Avanchets en 2007 puis à fin 2008 à Meyrin (Gravière), avant de rejoindre le CERN en 2009. Le tram Cornavin-Bernex-Onex (TCOB) connaîtra une mise en service partielle en 2010 jusqu’à Onex, puis en 2011 jusqu’à Bernex. Le projet de prolongement de la ligne de tram « Nations » jusqu’au Grand-Saconnex devrait suivre, en liaison avec la construction de la route des Nations. Des prolongements de lignes vers la France sont également à l’ordre du jour. Le TCMC devrait poursuivre sa route jusqu’à Saint-Genis, parallèlement à la mise en service de nouveaux P+R. Une étude franco-suisse envisage aussi le prolongement de ligne « Moillesullaz » jusqu’à Annemasse.

1 Diminution de l'utilisation de l'automobile au profit des modes de déplacement durables que sont la marche à pied, le vélo et les transports en commun.

2 Amélioration de la qualité de vie d’un quartier : refaire les façades, séparer les différentes voies de circulation, améliorer l’éclairage public, arboriser le quartier…