Tant
de beauté et de richesse culturelle pour un Musée international
de la Réforme accueilli dans un écrin exquis, la Maison
Mallet, à l'ombre de la cathédrale Saint-Pierre, voilà
qui pourrait choquer certains puristes du protestantisme! Ceux-là
même qui refusèrent en 1814 l'ostentatoire monument que Jean-Jacques
de Sellon voulait ériger à l'occasion du jubilé de
la mort de Jean Calvin. Bien trop "m'as-tu vu" pour l'austère
personnage qui alla jusqu'à refuser que l'on puisse identifier
sa tombe au cimetière des Rois (voir la Fondation Zoubov et le
cimetière des Rois). Alors, qu'est-ce qui a bien pu inciter les
protestants de Genève à pareille lèse-austérité,
à pareille "transgression"?
L'ère du temps sans doute, le devoir de mémoire peut-être, l'envie d'expliquer également et la maturité évidente d'un projet lancé en 1959 par le pasteur Max Dominicé, discuté et rediscuté durant des décennies, avant que l'impulsion décisive ne soit donnée par un triumvirat créatif - Olivier Fatio, Françoise Demole et Isabelle Graesslé, respectivement président, vice-présidente du Conseil de Fondation et directrice du musée. Ils allient compétences, connaissances et réseaux indispensables à la mise sur pied d'un tel musée. A cela s'ajoute le bicentenaire de la Banque Pictet et l'occasion d'un mécénat très important en faveur du musée et du nouvel "Espace Saint-Pierre", de nombreux dons et engagements privés et les trésors du XVIe siècle offerts par le collectionneur Jean Paul Barbier-Mueller.
Lors de l'inauguration, Martine Brunschwig Graf, alors présidente du Conseil d'Etat, estimait que le musée venait à point nommé: "il constitue un élément de rassemblement et de mise en valeur d'un patrimoine qui doit peu à la matière et tout à l'esprit. /…/ Il faut de l'imagination, un sens pédagogique digne des premiers pas de l'Académie et une remarquable somme de connaissances, sans compter la rigueur scientifique qui doit donner toute sa valeur à la démarche."
Quant au lieu, il s'est imposé d'office. Il s'agit de la Maison Mallet, un hôtel particulier, construit par Gédéon Mallet au XVIIIe siècle sur les ruines de l'ancien cloître de Saint-Pierre. Symbolique puisque les citoyens de Genève y avaient voté l'adoption de la réforme le 21 mai 1536. L'hôtel particulier est racheté en 1948 par l'Eglise nationale protestante de Genève. L'appartement du rez-de-chaussée étant devenu libre, la Fondation du musée le loue, et l'aventure prend forme. Et pas n'importe laquelle, car le défi à relever est immense. En effet, pas facile d'illustrer la Réforme qui n'a pas vraiment donné dans les arts visuels, les tableaux et autres dorures, mais plutôt dans la musique, le chant et quelques portraits - ma foi plutôt secs - de théologiens ou de pasteurs. Les deux muséographes, Sylvia Krenz et René Schmid, ont réussi à rendre toute cette matière vivante, amusante, intelligente et intelligible, grâce à une collaboration fructueuse de deux années.
Nicole Boissonnas, responsable de la gestion des visites guidées, constate avec l'équipe de guides du musée que les visiteurs sourient, rient, se divertissent et sont étonnés de tant de modernité, de lucidité et d'humour. "Les gens apprécient les caricatures, ils sont également fascinés par les boîtes à Bible, témoins des persécutions subies. Dans la salle Barbier-Mueller, ils observent longuement les sceaux des missives royales. Nous avons exposés des lettres de François 1er, de Catherine de Medicis. Ils sont également fascinés par les reliures et apprécient la cour et l'accueil très chaleureux, convivial."
Mais bon, que l'on se rassure, la cohérence avec la foi protestante
est respectée, selon la directrice: "Notre musée se
rattache à ce qu'on appelle aujourd'hui les territoires du "patrimoine
immatériel": chez nous en effet, aucun objet, si émouvant
soit-il, ne se trouve fétichisé. C'est qu'il importe peu,
en soi, mais seulement pour l'histoire culturelle et religieuse dont il
témoigne." Et les Américains ne s'y trompent pas qui
ont plébiscité le musée lors d'une tournée
marathon d'Isabelle Graesslé accompagnée de Françoise
Demole aux Etats-Unis: le musée leur apparaissait comme un des
lieux de l'origine pour comprendre leur appartenance religieuse protestante.
Chancellerie d'Etat
En collaboration avec la Direction du patrimoine et des sites et les Archives
d'Etat
Après une première année d’exploitation, je suis ravie d’annoncer que notre musée se porte bien ! Le public local, suisse et international a en effet réservé un bel accueil au musée et l’objectif initial de 25'000 visiteurs est atteint. Nous avons en outre formé une vingtaine de guides et reçu depuis l’ouverture un peu plus de 200 groupes en visite guidée. Il en ressort un très grand nombre de visiteurs satisfaits. Les critiques, auxquelles nous sommes très attentifs, portent essentiellement sur des manques. C’est la raison pour laquelle l’exposition permanente va être complétée dans le courant 2006-2007 avec le réaménagement de la salle présentant le XXe siècle et la création d’une salle « internationale », ainsi qu’un «coin Luther» qui méritait plus et mieux que sa présentation actuelle.
Deux conférences portant sur le lancement de la Bible de Castellion
et sur le Da Vinci Code ont rencontré un vif succès et incitent
à continuer dans cette voie pour offrir au public genevois un espace
de dialogue et de réflexion culturelle autour des questions du
religieux.
Nous avons également coédité avec les éditions
Hazan l’ouvrage La Parole et les Armes de Jean Paul Barbier-Mueller, collectionneur d’art et mécène
du Musée. Le livre traite des Guerres de religions en France au
XVIe siècle.
La fête que nous avons organisée les 20 et 21 mai dernier pour ce premier anniversaire s’est centrée sur le thème de « l’Imprimerie et du Livre ancien ». Des artisans de l’Imprimerie des Arts ont partagé leur passion en présentant au public, nombreux, toutes les facettes de leurs métiers. Le musée s’était pour cette occasion associé à la Journée Suisse des Musées. Nous prévoyons une série de conférences 2006-2007 autour de l'utilisation de l'image dans les religions.
C’est vrai, je n’exerce plus aujourd’hui une fonction dans un cadre spirituel mais dans un cadre culturel. Cette différence est essentielle pour que chaque personne qui entre chez nous se sente le plus à l’aise possible, quelles que soient ses convictions. Pourtant, en tant que théologienne ou en tant que directrice de musée, je me dois de présenter une tradition vivante et, autant que faire se peut, l’interpréter pour aujourd’hui. Un défi qui n’est pas pour me déplaire !