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Feuille d'Avis Officielle du 15.09.2006

Redécouvrir des sites de la Genève historique

La cathédrale Saint-Pierre en quelques dates et huit cloches

La cathédrale Saint-Pierre témoigne du riche passé théologique et historique de Genève. Temple premier de la Rome du protestantisme, elle fut tour à tour une place forte, un lieu de refuge, celui où se tenaient les assemblées de citoyens.

Photo M.FaustinoLieu touristique par excellence au cœur de la Vieille-Ville, elle reste très appréciée des Genevois. Signe de cet attachement, Saint-Pierre demeure l’endroit où se déroulent les actes importants de la vie civique genevoise : les prestations de serment du Conseil d’Etat, du pouvoir judiciaire et des magistrats communaux.

La belle Clémence

De Saint-Pierre, on connaît la célèbre cloche, la Clémence, qui a donné son nom à un café de la place du Bourg-de-Four et plus récemment à un vin genevois, un gamaret de la Cave de Genève. Don de Guillaume de Lornay en 1407, on l’appelait la « grosse cloche ». Son nom est un hommage au pape Clément VII à qui Genève doit son évêché.

C’est La Clémence qui convoquait le Conseil général à Saint-Pierre lors des assemblées citoyennes C’est elle aussi qui sonna l’effroi la nuit de l’Escalade. Elle a tant et si bien sonné qu’elle s’est fendue le 14 septembre 1866 et qu’il a fallu la refondre. En 1902, une nouvelle cloche, de même dimension l’a remplacée. L’actuelle Clémence porte donc cette inscription : « Deux fois brisée, je veux vivre encore et toujours rappeler la voix de la vieille Clémence aux enfants des enfants de Genève ». La belle pèse tout de même 6238 kilos….

De la Bellerive à la Cloche des heures

Dans la tour du Nord également, demeure la Bellerive qui porte la date de 1459. Elle se trouvait initialement au couvent de Rive, d’où son patronyme de « belle de Rive ». Cette cloche sonna pour la première célébration d’un culte réformé à Genève, le 1er mars 1534. Lorsque le couvent de Rive fut désaffecté, la Bellerive fut transportée à Saint-Pierre.

Quant à la tour du Sud, elle abrite cinq cloches. L’Accord, qui appelle les députés aux séances du Grand Conseil. La Clémence, 6238 kg, 1407 - 1867 -1902. Photo Cathédrale Saint-Pierre.

La Collavine date de 1609. Elle servait de réveille-matin et de couvre-feu. L’Eveil est une petite cloche, fondue en 1845 avec le métal de la Retraite, donnée à la cathédrale par le dernier évêque, Pierre de La Baume, en 1528. Deux cloches occupent encore la tour du Sud. Le Tocsin, une cloche au millésime de 1509, qui a souvent réveillé les Genevois pour les prier de rejoindre leur poste de combat ou encore « faire la chaîne » avec des seaux d’eau pour lutter contre le feu. Le Rappel, une petite cloche de 133 kilos n’est plus utilisée.

La huitième et dernière cloche est la Cloche des heures. Elle date du XVe et se trouvait initialement dans le clocheton qui surmontait la nef à l’occident et qu’on appelait tour de l’horloge. Saint-Pierre abritait en effet une horloge à cet endroit. La Cloche des heures est désormais dans la tour centrale où elle marque les heures. C’est la même cloche qui sonne les heures depuis cinq siècles !

Une cathédrale qui vit au rythme de la cité

Dès le IVe siècle, plusieurs édifices religieux se succèdent à l’emplacement actuel de Saint-Pierre. Sous l’impulsion de l’évêque Ardutius de Faucigny, la construction de la cathédrale débute vers 1150 au-dessus de l’ancien édifice religieux qui a connu divers états. Placée au cœur des conflits qui opposent les seigneurs locaux, la cathédrale Saint-Pierre devient une « citadelle » dans les années 1289-1300. Les citoyens prennent les armes et occupent les lieux. L’office religieux cesse d’y être célébré. L’édifice est ainsi mis à mal par les pierres catapultées depuis Bourg-de-Four et par les nombreux incendies qui eurent lieu au XIVe siècle.

L'année 1387 est une date-clé de l’histoire genevoise. L’évêque Adhémar Fabri proclame les Franchises, code qui instaure l’indépendance des citoyens de Genève appelés désormais à se gouverner eux-mêmes sous l’égide de leur prince-évêque. Saint-Pierre est plus que jamais le cœur de la cité, puisque le Conseil général (assemblée plénière des citoyens) y siège.

Le « lecteur de la Sainte Ecriture »

La période de la Réforme marque une pause dans les travaux de construction et de restauration de Saint-Pierre. Dépouillée de son jubé, de ses chapelles, de ses autels, de ses oriflammes et de ses tentures, la cathédrale devient le temple de la foi réformée. Le 8 août 1535, le réformateur Guillaume Farel y prêche pour la première fois. Lorsque Jean Calvin, âgé de 27 ans, monte en chaire de Saint-Pierre, il n’est qu’un simple « lecteur de la Sainte Ecriture ». Pendant vingt-trois ans, jusqu’à sa mort, il lira et expliquera la Sainte Écriture dans l’antique cathédrale.

Les grands travaux de la cathédrale Saint-Pierre reprennent au XVIIIe siècle avec la réalisation du portique gréco-romain entre 1752-1756. La partie occidentale du bâtiment menace en effet de s’écrouler. Les plans du portique sont l’œuvre de l’architecte piémontais Benedetto Alfieri, consulté lors d’un passage à Genève. Les travaux seront exécutés par l’architecte genevois Jean-Michel Billon.

La chaise de Calvin. Photo C. et V. BlattLe Temple des lois

Le XVIIIe siècle est un siècle riche en constructions à Genève: hôtels particuliers, maisons patriciennes, hôtel du résident de France à la Grand’Rue, édifices publics (Hôpital, aujourd’hui Palais de justice), etc. La Cour Saint-Pierre ne fait pas exception, qui est devenue la place la plus moderne, aristocratique et majestueuse au cœur de la cité.

Lors des révolutions genevoises de la deuxième moitié du XVIIIe qui opposent les partisans d’une plus grande participation du Conseil général aux affaires de la cité aux tenants d’un régime aristocratique, Saint-Pierre est le théâtre de troubles importants et servira même de dépôt de munitions. Un tribunal révolutionnaire y sera mis en place en 1794. La cathédrale prend le nom de « Temple des lois » et les cultes n’y sont plus célébrés.

Le 15 avril 1798, le résident de France, Félix Desportes fit occuper la ville par 1'600 hommes. La ville est investie par surprise et le gouvernement genevois ordonne de mettre bas les armes. Genève devient française, chef-lieu du département du Léman. La cathédrale est à nouveau remplie de la foule d’autrefois, pour y célébrer le culte.

Plus tard, en intégrant la Confédération helvétique, Genève reçoit un territoire rural important, jusqu’alors français ou sarde dont la population était catholique. La Constitution accorde les mêmes droits aux catholiques qu’aux protestants. Saint-Pierre reste toutefois le haut lieu de la cité où se déroulent les cérémonies civiques telles que la prestation de serment du Conseil d’Etat. La cathédrale accueille aussi, depuis 1920, de nombreux cultes interconfessionnels.

Chancellerie d’Etat
En collaboration avec la Direction du patrimoine et des sites et les Archives d’Etat


Pour en savoir plus :

Brulhart Armand, Deuber-Pauli Erica, Arts et monuments, Ville et canton de Genève, publié par la Société d'histoire de l'art en Suisse, Editions Benteli, Berne, 1985, réédition 1993.
Buscarlet Daniel, La cathédrale de Genève, Delachaux et Niestlé, Neuchâtel 1999 (deuxième édition).
Deuber Gérard, "La cathédrale Saint-Pierre de Genève", Guide des monuments suisses, Société d’histoire de l’art en Suisse, 2002.
Genequand Jean-Etienne, Visages de Saint-Pierre, Les Clefs de Saint-Pierre, Genève 1980.
Répertoire des immeubles et objets classés. Service des monuments et sites. République et canton de Genève. Editions Georg, Genève, 1994.
Vellas Christian, Chardonnens Gérard, Genève Vieille-Ville Vieilles rues, Slatkine, Genève 1999. 


Questions - réponses

Pierre Baertschi, conservateur cantonal des monuments

Pouvez-vous nous parler d’un élément original de la cathédrale Saint-Pierre, d’un point de vue architectural ou patrimonial ?

L’ensemble des chapiteaux romans et gothiques est exceptionnel. Il est composé de près de 300 éléments, c’est le plus vaste de Suisse. La chapelle des Macchabées est également remarquable comme expression du gothique flamboyant. Elle date des années 1400-1405 et a été réalisée à l’initiative du cardinal de Brogny.

Commencées en 1976 par l’archéologue cantonal Charles Bonnet, les fouilles archéologiques et l'achèvement de l'aménagement du site sous la cathédrale arrivent bientôt à leur terme. Il s’agit d’ailleurs d’un des plus importants sites archéologiques du Nord des Alpes. Quelles sont les principales découvertes issues de ces fouilles ?

Les fouilles lancées par Charles Bonnet s’inscrivaient dans un projet global de restauration de la cathédrale conduit par une équipe pluridisciplinaire incluant divers experts architectes, historiens et restaurateurs notamment. Les investigations archéologiques ont permis d’accumuler un important savoir et de réunir de nombreux témoins matériels notamment pour la période du VIe au XIIe siècle pour laquelle nous ne disposons pratiquement d’aucune trace documentaire écrite.

Quels sont les prochaines étapes et défis qui vous attendent dans un proche ou moyen avenir pour la conservation de ce monument ?

La Fondation de Saint-Pierre, présidée par M. Guillaume Fatio, joue un rôle essentiel tant dans la mise en valeur du site que dans la conservation du monument. Le bâtiment est en bon état et n’est pas menacé dans un proche avenir. Il a en effet connu une dernière campagne de restauration conduite dans le respect des règles de l'art actuelles. En ce moment des travaux sont entrepris en rapport avec les accès au beffroi, un assainissement des voûtes et une remise en état des cloches . Les efforts de la fondation portent aussi sur la recherche d'une attractivité renforcée du monument dans son rapport à la cité. A cet égard, l’extension du site archéologique et la collaboration avec le Musée de la Réforme sont très importants (création de l’Espace Saint-Pierre permettant la visite combinée du Musée de la Réforme, de la cathédrale et ses tours et du site archéologique). Un édifice qui ne serait pas mis en valeur avec intelligence, ne deviendrait plus un objet de visite et il y aurait lieu de s'interroger sur sa conservation à long terme. C’est là que réside l'un des enjeux essentiels pour un monument emblématique tel que la cathédrale Saint-Pierre.