Redécouvrir des sites de la Genève historique
«Les vacances, ce n’est pas ne rien faire, c’est faire autre chose», disait le commandant Cousteau. Comme chaque été, temps de vacances, la Feuille d’avis officielle (FAO) vous invite à découvrir ou redécouvrir notre canton, sa nature, ses monuments et son histoire. Nous poursuivons cette année nos déambulations dans les rues de votre canton, à la découverte de lieux que nous croyons souvent connaître pour les fréquenter, comme ces voisins de palier dont nous ne savons finalement rien, si ce n’est l’adresse!
Il n’y a guère de monuments que l’on associe spontanément au nom de Genève: le jet d’eau ou l’horloge fleurie viennent plus vite à l’esprit que l’Hôtel de Ville, le collège Calvin ou le Musée d’histoire des sciences. Ceux-ci, pourtant, s’ils pouvaient parler, nous surprendraient par la richesse de leur récit et l’épaisseur de leur «vécu».
C’est cela que nous allons entreprendre pour vous cet été, donner une voix, une histoire, aux bâtiments «historiques» à qui l’on prête trop souvent, à tort, l’âge comme seule vertu. L’histoire, les histoires, que ces bâtiments vont nous raconter ne sont que des facettes de l’histoire générale de Genève. Savez-vous en effet qu’en dépit de sa petite taille, Genève est étonnamment riche en histoire?
Cette richesse s’explique par la situation stratégique du canton, qui contrôle la cuvette séparant le Jura du Salève, au confluent de deux cours d’eau importants et à l’embouchure du lac Léman. Le rôle de Genève comme capitale de la région lémanique naît déjà de sa géographie, comme le montrent par exemple les foires qui, au Moyen Age ont fait la renommée et la richesse de la ville. Allobroges, Romains, Français, Savoyards se sont affrontés pour contrôler ce coin de territoire au débouché des vallées du Rhône et de l’Arve.
Mais l’histoire genevoise est aussi le produit de la volonté humaine, que celle-ci s’exprime par l’adoption de la Réforme sous l’impulsion de Calvin, par la constitution de 1847 qui a marqué le début du développement industriel et démographique de Genève, ou encore par la création du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), point de départ de la Genève internationale. Chacun de ces événements nous a laissé une trace bâtie.
De la Réforme, qui a attiré dans le canton de nombreuses familles cultivées, aisées et entreprenantes, nous avons par exemple hérité le collège Calvin ou le temple de St-Gervais. Des événements de 1846, qui fondent encore notre contrat social, nous avons notamment gardé la gare Cornavin et le front de lac côté Pâquis. Le développement des institutions intergouvernementales, dans le sillage du CICR, a par exemple permis la construction du Palais des Nations et, beaucoup plus récemment, de ce qu’il est convenu d’appeler le «quartier international» autour de la place des Nations.
Et que dire du Palais Eynard, que l’on ne peut regarder sans songer à la lutte d’indépendance grecque, de l’ancien Arsenal et ses canons évoquant à la fois les campagnes napoléoniennes et le choix confédéral des Genevois, ou du cimetière de Plainpalais où reposent, aux côtés de Jorge Luis Borges, Jean Calvin, Augustin de Candolle, Guillaume-Henri Dufour ou Emile Jaques-Dalcroze?
La mémoire, ciment de l’avenirPermettez-moi une remarque plus personnelle. De même que l’on ne peut construire un bâtiment sur un terrain trop meuble, de même une collectivité ne peut se bâtir un avenir prospère sans une solide connaissance de ses origines et de son passé. Cela est d’autant plus vrai à Genève, ville internationale, ville métissée, ville ouverte aux influences du monde.
A cet égard, j’aime le surnom donné à notre canton, «Piogre», qui serait un vieux mot savoyard désignant le bout du monde. En l’occurrence, le bout du monde désigne ici le bout du lac. Longtemps, le monde exploré s’est arrêté là où commençaient les plans d’eau, lacs, mers ou océans. Genève a pu incarner un temps le finis terrae, les limites du monde connu, du moins dans l’imaginaire local. Comment l’identité de Genève, bout du monde (le lieu-dit existe d’ailleurs dans le canton), carrefour de la planète après avoir été le carrefour d’une région qui s’étend du Piémont à la Franche-Comté, ne serait-elle pas travaillée et multiple, mais d’autant plus intéressante?
La série estivale de la FAO en est déjà à sa septième édition. Le premier coup de projecteur sur un aspect du patrimoine cantonal, en 2001, présentait «Genève, son histoire et ses institutions». En 2002 et 2003, parcourant les rues de la ville à la recherche de patronymes connus ou inconnus, nous vous avons présenté la vie de personnalités qui ont donné leur nom aux voies genevoises et avons rendu hommage aux rares femmes dont le patronyme est inscrit en blanc sur des plaques bleues.

Les deux étés suivants, ce fut au tour de la campagne genevoise d’être à l'honneur: en 2004, les premières pages de la FAO furent consacrées à la découverte des 196 nants, canaux, ruisseaux, rivières et autres fleuves qui sillonnent le canton et constituent un réseau hydrographique de 300 kilomètres; en 2005, de promenades en balades, de Chevrens à Versoix en passant par Jussy, Bernex et Dardagny, nous avons exploré le patrimoine bâti de la campagne: maisons rurales, laiteries, fermes – rénovées ou non – maisons fortes, châteaux, fontaines et autres lavoirs. Enfin, l'été dernier, nous sommes partis à la redécouverte de plusieurs sites de la Genève historique, balade que nous poursuivons cet été.
Je suis convaincu que vous prendrez plaisir, au fil du mois d’août, à lire notre nouvelle série estivale. Je vous invite par ailleurs à retrouver les textes des six étés passés sur notre site Internet à l’adresse www.geneve.ch/fao
Très bon été!
Robert Hensler
Chancelier d’Etat