Redécouvrir des sites de la Genève historique
Jamais jusqu'alors on n'avait bâti de mausolée à Genève. Edifié en bordure de la rade sur un terrain remblayé sur le lac lors de l'aménagement du quai du Mont-Blanc, il se dresse à l'angle du quai du Mont-Blanc et de la rue Adhémar-Fabri.
Héritier de la branche aînée des Guelfes, les Brunswick-Wolfenbüttel, Charles II naît en 1804. En 1830, il doit fuir en exil suite à l'insurrection de son peuple. Cet exil le conduisit successivement en Angleterre, en Espagne, en France et finalement en Suisse, à Genève, où il mourut en 1873, léguant une fortune colossale à la ville, à la condition que cette dernière lui érige «un mausolée situé en un emplacement éminent et digne, exécuté selon la conception prévue, en recourant aux meilleurs artistes de l'époque, sans considération du prix».
Lors de son décès en 1873, les exécuteurs testamentaires mandatèrent le sculpteur tessinois de talent Vicenzo Vela afin de réaliser ce monument. Mais rapidement, des discordances s'installèrent, notamment sur le choix de l'emplacement du monument. Querelles il y eut, jusqu’à l'entrée en scène de l'architecte Jean Franel, imposé par les exécuteurs testamentaires à Vela. Ce dernier, qui ne pouvait souffrir une telle situation de mise sous tutelle, fut finalement évincé et amené à donner sa démission, bien qu'il eût déjà considérablement œuvré sur le projet (modèles, études, voyages à Vérone, etc.).
Il est cependant possible d'apprécier les modèles qu'il avait réalisés pour la statue équestre du mausolée et qui se trouvent aujourd’hui exposés au musée Vela à Ligornetto dans le canton du Tessin. Quant à Jean Franel, avec la collaboration de neuf sculpteurs, il fut en charge de l’ordonnance, de la gestion directionnelle et de la surveillance des travaux du mausolée ainsi que de la scénographie de celui-ci.
Dressé sur un socle au milieu d'une esplanade et surmonté d'un couronnement de deux étages, le monument jouit d'une vue incomparable sur la rade et les Alpes. Il comprend un mausolée polygonal, trois bassins, dont deux sont surmontés de chimères, une statue équestre et une terrasse-promenade. Deux lions, symboles héraldiques de la maison des Guelfes, signalent l'entrée du perron. Un dais décoré de mosaïques abrite le sarcophage du duc, porté par six colonnes de granit rose et dissimulé par la grille de la claustra1. Comme dans les tombeaux du Moyen Age, le gisant du duc est accompagné à ses pieds du lion de Brunswick et entouré d'anges aux ailes d'or. Des statues représentent les ancêtres du duc et des personnages allégoriques.
A noter que, à l'origine, la statue équestre était placée au sommet de l'édifice. Mais, en raison de son poids et de la nature instable du terrain sur lequel l'édifice est bâti, elle dut, en 1890, être posée au sol, à son emplacement actuel.
Les matériaux utilisés sont riches et mélangent la pierre et le métal. Les couleurs éclatent: on trouve en effet le marbre rouge de Vérone, le rose de Baveno et le blanc de Carrare. Le bronze, le cuivre et la ferronnerie ont été employés pour la décoration métallique. Mentionnons encore la voûte à l'intérieur du mausolée, recouverte de mosaïques, composée d'étoiles sur fond bleu et donnant l'illusion d'une voûte céleste au-dessus du tombeau.
Attardons-nous un instant sur l'origine du mot mausolée. Celui-ci provient du grec ancien. Mausolos était satrape2 de Carie. A sa mort, sa veuve fit ériger le mausolée d'Halicarnasse (Bodrum, Turquie actuelle). Depuis lors, le terme de mausolée est utilisé de façon générale pour toutes les tombes monumentales.
Relevons pour terminer que la donation du duc de Brunswick permit à la Ville de Genève, outre la réalisation du mausolée du duc, la construction de bien d'autres bâtiments, tels par exemple que le Grand Théâtre, l'Ecole du Grütli, l'Ecole d'horlogerie, qui font partie du patrimoine architectural et culturel de Genève.
Chancellerie d'Etat
En collaboration avec les Archives d'Etat
1 claustra : clôture, cloison ajourée, séparation en claustras
2 satrape : gouverneur d'une province, dans l'Empire perse, depuis Cyrus jusqu'à l'ère chrétienne.
C'est un monument qui n'a été ni décidé ni créé par les autorités, mais voulu par le donateur en contrepartie des bienfaits qu'il avait prodigués à la Ville de Genève. Ce mausolée est le reflet de la volonté d'un richissime personnage qui, en léguant sa fortune à Genève, a marqué le destin de la Ville. Rappelons que l'argent légué par le duc a financé la construction de divers bâtiments publics, dont le Grand Théâtre.
Le duc de Brunswick souhaitait un monument identique à celui de Vérone. Il se trouve que, d'une part, la réplique de Genève est plus grande que l'original, et que, d'autre part, la situation du monument genevois est totalement différente, voire même opposée à celle du mausolée Scaligeri de Vérone. Ce dernier se situe sur une place exiguë, dans la partie médiévale de la ville, ce qui n'est pas du tout le cas du mausolée de Genève. Ce dernier au contraire se dresse, vous le savez, dans un espace aéré, avec une vue magnifique sur le lac...
Oui, bien sûr, il s'agit d'un lieu stratégique. Il faut cependant savoir que le sculpteur Vela avait préconisé la place Dorcière, pour que la pièce se situe en contrepoint de l'Eglise anglicane. Ce lieu lui paraissait plus fermé, plus intime et par là même beaucoup proche de la scénographie propre au mausolée qui se trouve à Vérone.
Oui, elle concerne la pierre dans laquelle le monument a été construit. Vous savez que ce matériau dur et solide est un symbole de durabilité. De fait, de nombreux monuments anciens ont traversé les siècles parce qu'ils étaient construits en pierre. Mais, dans certains cas, cette dernière peut s'avérer extrêmement fragile. Par ailleurs, les entrepreneurs ne choisissent pas forcément la bonne pierre, notamment pour faire des économies! C'est justement ce qui s'est produit pour le monument Brunswick. Le duc avait souhaité une pierre rouge de Vérone et l'entrepreneur a choisi, semble-t-il, des matériaux d'assez mauvaise qualité qui, par la suite, ont posé de nombreux problèmes: le monument s'est très vite dégradé, érodé, et il a fallu entreprendre de nombreuses restaurations.