Redécouvrir des sites de la Genève historique
Rares sans doute sont ceux, parmi ces derniers, à savoir que c'est à lui que revient en grande partie la création d’une université moderne à Genève, symbolisée par ce bâtiment.
Carl Vogt, scientifique et homme politique, est le lointain successeur (de 1874 à 1876) de Théodore de Bèze, premier recteur de l'Académie fondée en 1559 par Jean Calvin. Ancêtre de l'université, l'Académie avait pour vocation de diffuser les idées de la Réforme et de former des théologiens éclairés. Si l'enseignement des branches dites laïques va se développer à mesure que la bourgeoisie s'affirme, les sciences expérimentales demeurent alors les parents pauvres parmi les disciplines enseignées.
C'est dans la seconde moitié du XIXe siècle que s'opère la transformation de l'ancienne Académie en université moderne, par le biais de la loi de 1872, qui redéfinit les rapports entre la haute école, l'Eglise et l'Etat, ainsi qu'à travers la création, en 1873, d'une faculté de médecine. Le terme d'Académie est alors abandonné pour celui d'Université, qui se trouve désormais placée sous la surveillance du département de l'instruction publique.
Uni Bastions représente la concrétisation de cette évolution. Erigé de 1868 à 1873, avec un intermède en 1872 dû à un incendie, le bâtiment occupe l'emplacement initialement dévolu à deux bastions des anciennes fortifications qui ceinturaient la ville haute. Caractéristique du rationalisme académique, il est composé de trois corps, à savoir un bâtiment central flanqué de deux ailes. La première, côté Salève, a dès l'origine été dédiée à la bibliothèque publique. La seconde – l'aile Jura – a accueilli le Musée d'histoire naturelle jusqu'en 1965 avant de devenir partie intégrante de l'Université en 1968.
De multiples transformations ont eu lieu par la suite (1899, surélévation du corps central suite à un incendie; 1903, construction d'une annexe à la bibliothèque; 1969, transformation de l'aile occidentale), mais toutes ont respecté le principe de symétrie ainsi que le style du noyau initial.
En 1944, l'aula du corps central est modernisée et agrémentée de trois vitraux d'Alexandre Cingria. Le sujet mythologique représente Apollon, Orphée et le poète Arion. Cet ensemble rappelle ainsi qu'Uni Bastions est le lieu de l'enseignement des humanités. Il abrite en effet aujourd'hui la Faculté autonome de théologie protestante, ainsi que la Faculté des lettres.
Quant aux autres facultés, elles ont depuis longtemps essaimé à travers la ville. Uni Bastions demeure toutefois le symbole de la vie académique à Genève. Idéalement situé dans son écrin de verdure, il est également tout proche du Mur des Réformateurs, comme un clin d'œil à sa riche et longue histoire.
Chancellerie d'Etat
En collaboration avec les Archives d'Etat
Je signalerais deux pôles d'excellence. Tout d'abord, les ouvrages relatifs à l’histoire du protestantisme et à la Réforme, qui constituent un fonds exceptionnel, sans équivalent dans le monde entier. Il est composé de deux volets, les manuscrits d'une part et les premiers imprimés d'autre part. On est en effet à l'époque de la naissance de l'imprimerie, qui a pris un essor rapide à Genève. C'est ainsi qu'après Bâle, notre cité est devenue la deuxième ville de l'imprimerie en Suisse.
Le second pôle d'excellence concerne le XVIIIe siècle. Avec la présence de Rousseau et de Voltaire, Genève est un lieu important de la période des Lumières, où l'on vient notamment imprimer des textes alors interdits en France.
Enfin, je mentionnerais en troisième lieu la linguistique avec, notamment, la présence des manuscrits de Ferdinand de Saussure.
Ces collections attirent des chercheurs du monde entier, qui ont ainsi accès à ces sources importantes. Si les ouvrages antérieurs à 1850 ne peuvent pas être empruntés, ils peuvent être consultés sur place. Nous pratiquons d'ailleurs une politique de grande ouverture à cet égard.
La Bibliothèque possède également une très belle collection d'affiches, la deuxième de Suisse, avec plus de 60'000 pièces. Dans le même registre, nous conservons aussi les ephemera, des imprimés tels que tracts ou papillons. C'est ainsi que lors du G8, le responsable de ce secteur a couru à travers la ville pour décoller les affiches des murs afin de parfaire notre collection!
La Bibliothèque de Genève possède 2,1 millions d'ouvrages, conservés sur 54 kilomètres de rayonnage et sur 8 étages de magasin. Pour donner une idée de la quantité que cela représente, l'inventaire se fait au rythme de 2 kilomètres par an. Il faudrait donc trois générations de directeurs pour parvenir à un inventaire complet de la bibliothèque!
De manière générale, l'impact est considérable. Il existe en effet à l'heure actuelle un grand mouvement de numérisation dans les bibliothèques. A titre d'exemple, la Bibliothèque de Genève est abonnée à plus de 3000 périodiques électroniques.
L'évolution est toutefois plus ou moins marquée selon les domaines. Dans les sciences dures et la médecine, presque toutes les revues sont désormais en format électronique. Dans les sciences humaines, en revanche, le phénomène est émergent. Il est également intéressant de noter qu'ici la numérisation remonte le temps, dans la mesure où les anciennes collections sont transférées sur support électronique, un mouvement totalement absent dans les sciences dures.