Redécouvrir des sites de la Genève historique
Ce prestigieux bâtiment n'est pas le premier théâtre construit sur cette magnifique place; d'autres théâtres, d'une ampleur moins importante, ont existé auparavant.
En effet, une première salle de spectacles est aménagée au Jeu de Paume de Saint-Gervais en 1738; puis, en 1766, à l'entrée du Bastion souverain, aujourd'hui le parc des Bastions, en face du Musée Rath, est édifié le théâtre de Rosimond, surnommé «La Grange des étrangers» en raison de son public, édifice en bois, construit par l'architecte Argus Rosimond, qui sera détruit en 1768 suite à un incendie.
Pendant de nombreuses années, aucune activité théâtrale ne voit le jour. Il faut attendre 1783 pour voir apparaître un nouveau théâtre, le théâtre de Neuve, une œuvre de l'architecte Pierre Matthey. Mais il est mal équipé et le public ne se satisfait plus d'un opéra-comique, avec une scène et une fosse d'orchestre trop exiguës, qui ne se prêtent pas à accueillir des spectacles de portée internationale. Fermé à plusieurs reprises, il sera finalement démoli en 1880 pour laisser la place à la construction d'un nouveau théâtre correspondant mieux aux exigences accrues et à l'augmentation de la population. C'est ainsi qu'en 1862 naît l'idée de bâtir un grand théâtre mais, faute de moyens financiers, aucun projet ne démarre. La construction du Grand Théâtre sera finalement possible grâce à l'héritage du duc Charles de Brunswick* en 1873 et au don d'un terrain de 3000 m2 par l'Etat de Genève. C'est l'architecte Jacques-Elisée Goss qui s'impose en proposant des plans s'inspirant de l'opéra que Charles Garnier vient de construire à Paris. Et, six ans plus tard, soit en 1879, le prestigieux bâtiment ouvre ses portes et inaugure, le 2 octobre, la salle d'une capacité de 1300 places avec la représentation du Guillaume Tell de Rossini.
Le Grand Théâtre devient rapidement la plus grande structure de production et d'accueil de Suisse romande, où l'on donne des représentations d'art lyrique et chorégraphique, des récitals, des concerts et, occasionnellement, des pièces de théâtre. De style Second Empire, la façade tripartite du Grand Théâtre est enrichie de nombreuses sculptures et moulures, dont quatre grandes statues situées sur l'avant-corps central du socle représentant le Drame, la Danse, la Musique et la Comédie. Cet avant-corps s'achève sur un fronton dont le tympan porte les armoiries de Genève.
Un drame survient le 1er mai 1951: lors de la préparation d'un effet pyrotechnique prévu en répétition l'après-midi même dans le dernier acte de La Walkyrie de Richard Wagner, un immense incendie se déclare; les murs du théâtre, ses foyers somptueux et sa bibliothèque sont épargnés, mais la scène puis la salle prennent feu et sont réduites en cendres. Il faudra attendre 1962 pour que le Grand Théâtre, rénové par deux architectes, l'un genevois, Charles Schapfer, l'autre milanais, Marcello Zavelani-Rossi, rouvre ses portes: le 12 décembre est donnée la première représentation, le Don Carlos de Verdi.
Avant l'incendie, le Grand Théâtre disposait d'une bibliothèque dont l'origine remonte à l'acquisition par la Ville, en 1877, d'un fonds «pour les théâtres de la ville», composé de matériel d'orchestre, partitions, livrets, pièces de théâtres. La bibliothèque fut certes épargnée par les flammes, mais elle fut ensuite déplacée et tous les documents d'archives furent dispersés entre le Victoria Hall, la Promenade du Pin et le bâtiment de Radio Genève. On ne retrouvera jamais les catalogues qui répertoriaient les ouvrages. Depuis 1989, tous ces trésors (fonds du Grand Théâtre, catalogues, programmes des spectacles, affiches, tableaux de la troupe et revues du théâtre) sont conservés à la bibliothèque musicale de la Ville de Genève située au Grütli.
Les travaux de restauration terminés, le Grand Théâtre retrouve enfin son allure majestueuse. Grâce au concours remporté par l'artiste suisse d'origine polonaise Jacek Stryjenski, on découvre une salle majestueuse de 1500 places, surmontée d'un splendide et lumineux plafond étoilé qui prolonge son rideau de feu. Le plateau bénéficie désormais des outils technologiques les plus sophistiqués, tandis que la salle, ornementée de cristaux de Murano et de bois précieux, offre une parfaite visibilité depuis toutes ses places. Les profondeurs des dessous de scène, d'une hauteur de douze mètres, permettent de faire disparaître personnages et décors grâce aux «ponts» mobiles, formant dans leur ensemble le plateau principal. En dessus de la scène, le «cintre», modernisé en 1998, est pourvu d'une centaine de moteurs hydrauliques qui peuvent aujourd'hui soulever des éléments de décor trois fois plus lourds qu'auparavant. Les derniers travaux réalisés l'an dernier ont permis d'automatiser l'ensemble des dessous de scène dont la gestion a été confiée à un nouveau système électro-hydraulique piloté par informatique qui, de surcroît, peut se coupler, si besoin est, avec la machinerie du dessus.
Aujourd'hui le Grand Théâtre propose une centaine de levers de rideau par saison. Sans doute l'un des meilleurs d'Europe en matière lyrique, le Grand Théâtre prend place parmi les plus importants théâtres européens et sa renommée contribue grandement au rayonnement culturel de Genève.
Chancellerie d'Etat
En collaboration avec les Archives d'Etat
* voir FAO du 13 août 2007: le monument Brunswick