Redécouvrir des sites de la Genève historique
Mise à disposition depuis 1864 pour des négociations internationales conduites en territoire neutre, la salle de l'Alabama de l'Hôtel de Ville, est actuellement utilisée par le gouvernement genevois pour des cérémonies et des accueils protocolaires. Diverses commissions y siègent également, dont la commission des finances du Grand Conseil. Les conférences de presse les plus importantes données par le Conseil d'Etat y ont lieu.
Un peu d'histoire: en 1861 débute la guerre de Sécession, conflit opposant les Etats Confédérés du sud à ceux du nord des Etats-Unis. Pendant cette guerre, le gouvernement sudiste avait fait construire en Angleterre des navires corsaires qui causèrent d'énormes dégâts au commerce nordiste. Le plus célèbre d'entre eux était l'Alabama qui effectua plus de soixante prises de vaisseaux de commerce et autres bateaux de pêche avant d'être coulé le 19 juin 1864 au large de Cherbourg. Une fois la guerre terminée, les Etats-Unis réclamèrent des dommages et intérêts au gouvernement britannique. Le différend fut soumis en juin 1872 à un tribunal arbitral institué par le Traité de Washington du 8 mai 1871 et la sentence fut rendue à Genève le 14 septembre 1872. La Suisse constituait alors un îlot de paix au milieu d'une Europe troublée par plusieurs conflits, dont la guerre franco-prussienne de 1870. Cet arbitrage qui survenait huit ans après la signature de la première Convention de Genève pour les secours aux blessés constitua le fondement de la Genève internationale.
Plusieurs objets sont témoins des événements qui ont marqué cette salle:
Chancellerie d'Etat
En collaboration avec les Archives d'Etat
Je peux en effet vous raconter quelques anecdotes assez amusantes. Tout d’abord, il faut savoir que, à l’époque de la Convention de Genève et de l’Arbitrage de l’Alabama, cette salle était la plus grande de Genève et qu’elle s'imposa donc pour cette importante réunion.
Ensuite, au temps de la bataille de Solferino, il y avait plus de vétérinaires pour soigner les chevaux qui tiraient les canons que de médecins pour prendre soin des soldats. C’est entre autres ce qui choqua Henry Dunant et le motiva à fonder la Croix-Rouge.
Lors de la Journée Portes ouvertes de l’Hôtel de Ville, le 28 mai 2005, de nombreuses personnes sont venues découvrir le siège de la République et canton de Genève. Je les accueillais avec mes collaboratrices dans la salle de l'Alabama et nous avons constaté que la plupart des visiteurs associaient l'Alabama à l'histoire d'Henry Dunant et non pas à l’arbitrage. Les touristes s'intéressaient en fait surtout à l’histoire de la Croix-Rouge. Certains voulaient savoir si la décoration de la salle était d’origine. Beaucoup de personnes posaient des questions sur le téléfilm Henry Dunant, du rouge sur la croix, sur la vie d'Henry Dunant. Certaines scènes ont d'ailleurs été tournées dans cette salle.
La naissance de la Croix-Rouge est pour moi très symbolique. En effet Henry Dunant a voulu faire un geste envers ces soldats et aujourd’hui nous arrivons au droit international public. A l’origine, il n’y avait que seize pays signataires de la Convention de Genève de 1864 qui comptait dix articles. Aujourd’hui, le monde entier fait partie de la Croix-Rouge et cette convention a été complétée par de multiples articles.