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Feuille d'Avis Officielle du 24.08.2007

Redécouvrir des sites de la Genève historique

La salle de l’Alabama, plus connue des étrangers que des Suisses

L'actuelle salle de l'Alabama servait au XVIIIe siècle de salle des festins où étaient reçues les personnalités que la République voulait honorer. Dès 1794, c'est dans ces locaux que siègent le Tribunal révolutionnaire puis les tribunaux ordinaires avant de s'installer en 1856 au Palais de justice. Des tableaux offerts à la République ornent le vestibule et l'antichambre. La salle porte aujourd'hui le nom d'Alabama en référence au tribunal arbitral qui siégea en ces lieux et aboutit à un accord signé le 14 septembre 1872. Cet accord constitua une étape marquante dans le développement de la justice internationale.

La salle de l'Alabama. Photo Chancellerie d'EtatMise à disposition depuis 1864 pour des négociations internationales conduites en territoire neutre, la salle de l'Alabama de l'Hôtel de Ville, est actuellement utilisée par le gouvernement genevois pour des cérémonies et des accueils protocolaires. Diverses commissions y siègent également, dont la commission des finances du Grand Conseil. Les conférences de presse les plus importantes données par le Conseil d'Etat y ont lieu.

Le bateau corsaire Alabama

La maquette de l'Alabama. Photo Chancellerie d'EtatUn peu d'histoire: en 1861 débute la guerre de Sécession, conflit opposant les Etats Confédérés du sud à ceux du nord des Etats-Unis. Pendant cette guerre, le gouvernement sudiste avait fait construire en Angleterre des navires corsaires qui causèrent d'énormes dégâts au commerce nordiste. Le plus célèbre d'entre eux était l'Alabama qui effectua plus de soixante prises de vaisseaux de commerce et autres bateaux de pêche avant d'être coulé le 19 juin 1864 au large de Cherbourg. Une fois la guerre terminée, les Etats-Unis réclamèrent des dommages et intérêts au gouvernement britannique. Le différend fut soumis en juin 1872 à un tribunal arbitral institué par le Traité de Washington du 8 mai 1871 et la sentence fut rendue à Genève le 14 septembre 1872. La Suisse constituait alors un îlot de paix au milieu d'une Europe troublée par plusieurs conflits, dont la guerre franco-prussienne de 1870. Cet arbitrage qui survenait huit ans après la signature de la première Convention de Genève pour les secours aux blessés constitua le fondement de la Genève internationale.

Témoins de sa splendeur

Plusieurs objets sont témoins des événements qui ont marqué cette salle:La réplique en miniature de la Liberty Bell de Philadelphie. Photo D. Winteregg

  • Un tableau du peintre français Charles-Edouard Armand-Dumaresq. Il met en scène la signature de la première Convention de Genève pour les secours aux blessés, le 22 août 1864, à l’initiative d’Henry Dunant: la charte de la Croix-Rouge internationale était née, constituant ainsi le point de départ de la Genève internationale.
  • La charrue de la paix. Offerte à Genève après avoir été montrée à l'exposition de Paris de 1878, elle est composée de fusils et de deux sabres que des officiers américains avaient cédé lors d'un congrès pour la paix tenu en 1872 à Philadelphie par l'Universal Peace Union.
  • Une réplique en miniature de la Liberty Bell de Philadelphie. Cette cloche sonna l'ouverture de la première assemblée de la Société des Nations le 15 novembre 1920 à Genève, siège voulu par le Président américain Thomas Woodrow Wilson.
  • Plusieurs plaques en marbre. Elles sont fixées aux parois de la salle et évoquent des dates importantes, comme par exemple celle du Tribunal d’arbitrage de l’Alabama.
  • Une maquette du navire corsaire Alabama. Très fidèle reproduction, elle a été offerte à Genève en 2004 par un citoyen Américain établi dans le canton.

Chancellerie d'Etat
En collaboration avec les Archives d'Etat


Pour en savoir plus:
  • Arbitrage de l'Alabama, Genève, 1872, édité par la chancellerie d'Etat de Genève, 2004
  • L'Hôtel de Ville de Genève, édité par la chancellerie d'Etat de Genève, 1986, réédité en 2004
  • Genève, son histoire et ses institutions, édité par la chancellerie d'Etat de Genève, 2004
  • FAO du 25 mai 2005: Journée Portes ouvertes à l'Hôtel de Ville


Questions-réponses

Jean-Luc Chopard, chef du protocole

Quelques faits marquants concernant cette salle?

Je peux en effet vous raconter quelques anecdotes assez amusantes. Tout d’abord, il faut savoir que, à l’époque de la Convention de Genève et de l’Arbitrage de l’Alabama, cette salle était la plus grande de Genève et qu’elle s'imposa donc pour cette importante réunion.
Ensuite, au temps de la bataille de Solferino, il y avait plus de vétérinaires pour soigner les chevaux qui tiraient les canons que de médecins pour prendre soin des soldats. C’est entre autres ce qui choqua Henry Dunant et le motiva à fonder la Croix-Rouge.

Que pensent les visiteurs de cette salle de l'Alabama?

Lors de la Journée Portes ouvertes de l’Hôtel de Ville, le 28 mai 2005, de nombreuses personnes sont venues découvrir le siège de la République et canton de Genève. Je les accueillais avec mes collaboratrices dans la salle de l'Alabama et nous avons constaté que la plupart des visiteurs associaient l'Alabama à l'histoire d'Henry Dunant et non pas à l’arbitrage. Les touristes s'intéressaient en fait surtout à l’histoire de la Croix-Rouge. Certains voulaient savoir si la décoration de la salle était d’origine. Beaucoup de personnes posaient des questions sur le téléfilm Henry Dunant, du rouge sur la croix, sur la vie d'Henry Dunant. Certaines scènes ont d'ailleurs été tournées dans cette salle.

Quel est l’élément phare de l'histoire de cette salle?

La naissance de la Croix-Rouge est pour moi très symbolique. En effet Henry Dunant a voulu faire un geste envers ces soldats et aujourd’hui nous arrivons au droit international public. A l’origine, il n’y avait que seize pays signataires de la Convention de Genève de 1864 qui comptait dix articles. Aujourd’hui, le monde entier fait partie de la Croix-Rouge et cette convention a été complétée par de multiples articles.