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Feuille d'Avis Officielle du 29.08.2007

Redécouvrir des sites de la Genève historique

Le Palais Eynard

Dans les toutes premières années de la Restauration, l'espace anciennement dévolu à la Belle Promenade1 fut divisé en quatre parties inégales. Une parcelle, située en dessous de la rue Beauregard, fut cédée au banquier Jean-Gabriel Eynard qui y fit bâtir un palais, l'actuel Palais Eynard.

Le Palais Eynard côté jardin. Photo SCICette demeure était à cette époque la seule à porter le nom de palais. Le terme fait certainement référence au pays auquel Jean-Gabriel Eynard était très étroitement attaché et où il avait fait fortune, l'Italie.

Du palais du banquier Eynard à l'Hôtel municipal

A l'étroit dans l'appartement qu'il occupe à la cour Saint-Pierre, le banquier Jean-Gabriel Eynard décide de construire une maison. Au début de l'année 1817, il écrit au Conseil d'Etat pour lui demander de lui céder une partie du Bastion Bourgeois afin d'y édifier une maison dans « la promenade du bastion vers le bout de la grande allée ». Sa demande est transmise à une commission du Conseil militaire, dont fait notamment partie l'ingénieur cantonal Guillaume-Henri Dufour. La réponse à la demande d’Eynard est la suivante: la commission autorise la construction du bâtiment, mais exige que ce dernier soit quelque peu déplacé par rapport au souhait de Jean-Gabriel Eynard. Le bâtiment « pourra s'avancer jusqu'à 30 pieds de distance du mur de la terrasse auquel il est adossé et non au-delà. »

Les travaux débutent sitôt le terrain acquis. Ils dureront jusqu'en 1821, année où Jean-Gabriel Eynard et son épouse Anna emménagent dans leur nouvelle demeure, fastueuse. Plusieurs architectes travaillent sur le projet. Le plus connu est le Florentin Giovanni Salucci.

En 1818, les époux Eynard doivent s'absenter de Genève pour se rendre au Congrès d'Aix-la-Chapelle. Jean-Gabriel demande à l'ingénieur Guillaume-Henri Dufour de superviser les travaux à sa place.

Anna Eynard-Lullin

Née en 1793 à Genève, Anna est la fille du banquier Michel Lullin de Châteauvieux et d'Amélie Christine Pictet, et la nièce de Charles Pictet-de-Rochemont. Elle rencontre Jean-Gabriel Eynard au cours d'une soirée chez Madame de Staël. Ils se marient le 2 octobre 1810.

Anna participe activement à l'élaboration des plans du futur Palais Eynard. Elle dessine elle-même plusieurs croquis et esquisses et suit de très près les travaux.

Les contraintes du site

Le Palais Eynard est donc situé non pas au bout de la grande allée de la promenade des Bastions, mais adossé à la muraille, entre le Bastion Mirond et le Bastion Saint-Léger, à cheval sur l'actuelle rue de la Croix-Rouge et le parc des Bastions.

Le bâtiment s'organise en fonction de la différence de niveau entre la rue – l'actuelle rue de la Croix-Rouge – et le jardin. Le rez-de-chaussée, qui donne sur le parc, sert de socle. Ce socle est percé de baies en plein cintre et surmonté d'une balustrade qui se prolonge dans les terrasses situées sur les ailes du bâtiment. Un escalier à double rampe orné de lions conduit dans le jardin.

Les deux niveaux supérieurs sont également surmontés d'une balustrade et ceinturés de colonnes ioniques, y compris du côté de la rue de la Croix-Rouge où se trouve l'entrée principale du bâtiment.

Une résidence somptueuse

Le Palais Eynard côté rue. Photo SCIDu hall d'entrée, situé au niveau de la rue et orné de niches avec des statues à l'antique, on descend à l'étage destiné aux réceptions (le bel étage) par un escalier en hémicycle dont l'éclairage, ainsi que celui du hall d'entrée, est assuré par une grande coupole.

Le décor intérieur, confié à des peintres et décorateurs italiens, est somptueux: les plafonds sont admirablement peints; les murs, la cage d'escalier et le théâtre sont ornés de draperies en trompe-l'œil et de motifs floraux.

Le théâtre? Oui, le palais des Eynard comportait en effet un théâtre, aujourd'hui disparu.

Le goût des époux Eynard pour le théâtre n'était pas nouveau. Déjà, alors qu'ils habitaient à la cour Saint-Pierre, ils avaient transformé l'un des salons de leur appartement en théâtre et, avec des membres de leur famille et leurs amis – dont Madame de Staël – ils jouaient en amateurs des pièces de Shakespeare, Racine, etc.

Le théâtre du Palais Eynard est transformé en bibliothèque vers 1850.

Une autre transformation a lieu du vivant d’Eynard: en 1830, le toit-terrasse est remplacé par un toit à faible pente recouvert d'ardoises.

Le Palais Eynard est racheté en 1891 par la Ville de Genève. On y installe en 1893 les collections suisses du Musée d'histoire naturelle. Il sert ensuite à divers autres usages. Son extérieur est restauré en 1936-1937.

Le bâtiment est entièrement rénové entre 1981 et 1986 afin de devenir l'Hôtel municipal, jusqu'alors situé au 4, rue de l'Hôtel-de-Ville. Les séances hebdomadaires du Conseil administratif de la Ville de Genève ont lieu au Palais Eynard.

Chancellerie d'Etat
En collaboration avec les Archives d'Etat et les Archives de la Ville de Genève

1 Voir FAO du 10 août 2007: le parc des Bastions.


Pour en savoir plus:
  • Arts et monuments, ville et canton de Genève, publié par la Société d'histoire de l'art en Suisse.
  • Le Palais Eynard, Paul Eynard, Editions Slatkine, Genève, 1986.
  • Le palais Eynard à Genève, in Genava, 1975, pp. 195-275.
  • Les promenades publiques à Genève de 1680 à 1850, Christine Amsler, Maison Tavel, Genève, 1993.
  • Jean-Gabriel Eynard et son temps, 1775-1863, Edouard Chapuisat, Alex. Jullien, Editeur, Genève, 1952.
  • Anna Eynard-Lullin et l'époque des congrès et des révolutions, Alville, Paul Feissly, Editeur, Lausanne, 1955.
  • Les femmes dans la mémoire de Genève, sous la direction d'Erica Deuber Ziegler et Natalia Tikhonov, Etat de Genève et Editions Suzanne Hurter, 2005.
  • Site Internet de la Ville de Genève: http://www.ville-ge.ch/fr/decouvrir/eynard/