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Feuille d'Avis Officielle du 13.08.2008

Genevois illustres dans le monde

Albert Gallatin, secrétaire au Trésor américain et diplomate

Albert, Abraham, Alphonse de Gallatin est né le 29 janvier 1761 à Genève dans une maison située au numéro 7 de la rue des Granges. Il est décédé le 12 août 1849 à Long Island, New York, après avoir atteint les plus hautes sphères du pouvoir américain.

Albert Abraham GALLATIN, (1761-1849), de Genève; aquarelle sur peau de mouton par Henriette Rath, exécutée à l'occasion d'un séjour de Gallatin à Genève en 1815. Musée des Suisses dans le Monde, Château de Penthes, Pregny-GenèveAlbert Gallatin perd très jeune ses parents: Jean, son père, meurt en 1765 alors qu’il n’a que quatre ans; il perd sa mère, Sophie, cinq ans plus tard. L’orphelin est élevé par sa grand-mère, Louise-Suzanne Gallatin-Vaudenet, qui était par ailleurs une grande amie de Voltaire.

A l’Académie fondée par Calvin, le jeune Albert est un élève brillant, en particulier en mathématiques. Durant cette période, il suit notamment les cours de Horace-Bénédict de Saussure, collectionne les coléoptères et rédige des notes sur ses observations de la nature. Il termine ses études en 1779. On retrouve ce goût pour la recherche chez Albert Gallatin âgé: au soir de sa vie en effet, il publiera aux Etats-Unis des études sur les langues etdialectes des tribus indiennes d’Amérique du Nord et établira la première carte linguistique du continent américain.

Mais qu’a donc fait Albert Gallatin après ses années de formation à Genève? Comment se fait-il que l’un des trois affluents qui donnent naissance au Missouri porte son nom, les deux autres ayant été baptisés Jefferson et Madison*?

En 1780, coup de théâtre: afin de ne pas s’engager dans les troupes de Frédéric II de Hesse-Cassel, un ami de sa grand-mère (qui est aussi sa tutrice), Albert quitte clandestinement Genève avec son ami Henri Serre. Les deux jeunes gens s’embarquent pour les Etats-Unis d’Amérique, lesquels venaient, quatre ans plus tôt, de proclamer leur indépendance.

Les premières années dans le Nouveau Monde


Gallatin a donc 19 ans lorsqu’il arrive en Amérique. Il apprend l’anglais et gagne sa vie comme il peut: il est tout d’abord bûcheron et trappeur; il enseigne ensuite le français à Harvard. En 1786 – Albert a alors 25 ans – il devient majeur et touche son héritage. A l’instar de nombreux nouveaux arrivants, il décide de se lancer dans l’agriculture et, grâce à l’argent qui vient d’arriver de Genève, achète une ferme et des terres dans le jeune Etat de Pennsylvanie, une région encore sauvage, aux confins des terres connues. Il explore, arpente, défriche tout en exploitant un magasin. Bref, il mène une vie de colon. Il établit sa demeure sur une hauteur dominant la rivière Monongahela et baptise le domaine Friendship Hill. Naturalisé américain en 1785, il fonde en 1789, avec d’autres immigrés genevois, la petite colonie de New Geneva. L’organisation agricole et industrielle «A. Gallatin & Company» y a son siège. C’est à cette époque que débute sa carrière politique. Un an plus tôt, Albert Gallatin s'est en effet engagé dans le mouvement dit «antifédéraliste», qui deviendra le Parti républicain.

La révolte du whisky (Whiskey Rebellion)


Statue d'Albert Gallatin devant le ministère des Finances à Washington DC. Photo B. de TscharnerAu début de l'année 1791, le Congrès adopte une loi fédérale sur l'imposition des boissons alcooliques, the excise tax. Cette taxe frapperaparticulièrement les fermiers de Pennsylvanie occidentale, la circonscription électorale de Gallatin. Depuis ces lieux reculés, il ne leur est pas possible de vendre leur récolte de blé sur les marchés de la côte est. Par contre, afin d'en préserver la valeur, les fermiers transforment le blé en whisky qu’ils acheminent vers l'est à dos de mulets.

Les fermiers se révoltent contre ce nouvel impôt: ils refusent de payer. Afin de mater la rébellion, Washington envoie une troupe de 15 000 miliciens. Le conflit se terminera heureusement sans effusion de sang, mais les ennemis de Gallatin le feront passer pour l'instigateur de la révolte des fermiers. Or Gallatin, qui est effectivement du côté des contestataires, a en réalité tout fait pour calmer les esprits, réussissant notamment à empêcher que les contribuables récalcitrants ne quittent la jeune Union. La rébellion prendra fin en 1794, les fermiers seront amnistiés par Washington et tout rentrera heureusement dans l'ordre.

Une carrière fulgurante

La maison natale d’Albert Gallatin, sise 7, rue des Granges. Photo M. FaustinoEn 1789, Albert Gallatin siège à la Convention chargée de rédiger la nouvelle Constitution de l’Etat de Pennsylvanie. En octobre 1790, il est élu au parlement de ce même Etat, assemblée qui siège à Philadelphie. Il fait partie de commissions, rédige des rapports, se spécialise dans les questions financières. Membre du Parti républicain, il manque de justesse en 1793 son élection au Sénat des Etats-Unis: il ne peut pas être élu, car il n’est pas citoyen américain depuis suffisamment longtemps (il lui manque une année!). En 1795, il accède à la Chambre des représentants des Etats-Unis, qui compte 105 sièges. Il participe à la création d’une commission permanente des finances, chargée notamment d’exercer un contrôle sur le Trésor. Très bon orateur, gros travailleur, excellent rédacteur, il se fait rapidement remarquer. Lorsque Thomas Jefferson, le chef de son parti, devient président des Etats-Unis d’Amérique en 1801, il l’appelle à ses côtés et lui confie le portefeuille des Finances.

Albert Gallatin est secrétaire au Trésor américain de 1801 à 1813. Pendant douze ans, il tient les cordons de la bourse de la jeune démocratie américaine et met sur pied son système financier. A partir de 1813, le gouvernement américain – James Madison est alors président – le charge de différentes missions diplomatiques: en 1814, il négocie le traité de Gand, qui mettra fin à la guerre de 1812 avec la Grande-Bretagne; il occupe ensuite le poste d'ambassadeur des Etats-Unis à Paris pendant sept ans, de 1816 à 1823. A noter qu’en 1815, juste après la signature du traité de Gand, Gallatin, accompagné de son fils James, profite de son séjour en Europe pour revoir sa ville natale. Il passe un mois à Genève et séjourne rue de la Cité, chez une parente, Madame Naville-Gallatin.

Rentré aux Etats-Unis, Albert Gallatin est en 1824 candidat à la vice-présidence des Etats-Unis, mais il renonce au dernier moment à se présenter. Gallatin accepte ensuite une dernière mission diplomatique: de l’été 1826 à l’automne 1827, il occupe le poste de ministre américain à Londres. De retour chez lui, il vend en 1832 la maison de Friendship Hill et s’établit à New York. Il est encore actif dans la finance et préside la Banque nationale de New York de 1832 à 1839. C’est durant ses dernières années, retiré de la vie politique et diplomatique, que Albert Gallatin s’adonne à l’étude des langues et dialectes des Amérindiens. Il meurt en 1849, à l'âge de 88 ans, et est enterré à Long Island.

Chancellerie d'Etat
En collaboration avec le Musée des Suisses dans le monde et les Archives d’Etat

* Thomas Jefferson fut président des Etats-Unis de 1801 à 1809, James Madison de 1809 à 1817.


Pour en savoir plus:
  • Albert Gallatin (1761-1849), Genevois au service des Etats-Unis d’Amérique, Bénédict de Tscharner, éditions Infolio & Editions de Penthes, 2008.
  • Dictionnaire historique de la Suisse, volume 5.