Genevois illustres dans le monde
Pionnier de l’architecture rationaliste, William Lescaze est né le 27 mars 1896 à Onex. Il est décédé le 9 février 1969 à New York.
Depuis le 15 avril 1992, une rue du quartier de Saint-Jean porte le nom de William-Lescaze. Du 8 décembre 1992 au 24 janvier 1993 s’est tenue au musée Rath une exposition intitulée «William Lescaze: architecte, Genève-New York, 1896-1969». Autant de marques d’estime destinées à honorer ce Genevois.
Après avoir fréquenté le collège Calvin, William Lescaze, très doué en dessin et en peinture, suit un temps les cours de l’Ecole des beaux-arts, puis il part étudier l’architecture à l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich. Il obtient son diplôme en 1919 et quitte les bords de la Limmat l’année suivante. Il passe quelques mois en France, pays alors dévasté par la guerre qui vient de s’achever, puis émigre aux Etats-Unis.
Les premières années sont dures. Très cultivé, il se lie avec de nombreux intellectuels et artistes, dont le compositeur Ernest Bloch et le poète Hart Crane, surnommé le Rimbaud américain.
Après avoir travaillé à Cleveland, dans l’Ohio, pour le bureau Hubbel & Benes, il s’établit à New York en 1923. En 1927, il participe au concours visant à doter Genève d’un Palais des Nations, mais son projet n’est pas retenu. Deux ans plus tard, il s’associe avec l’architecte George Howe.
La consécration arrive en 1930: une importante compagnie d’assurances, la Philadelphia Saving Fund Society, confie la réalisation de son siège à Howe et Lescaze. Le Philadelphia Saving Fund Society Building, dont la construction s’achève en 1932, devient un célèbre bâtiment monumental à l’ossature métallique apparente, dont on dit qu’il est le premier gratte-ciel vraiment moderne. Le succès est énorme et, dès lors, les commandes affluent.
Les associés se séparent en 1934. Lescaze continue sur la voie de la réussite. Il ouvre son propre bureau à New York, dans la maison qu’il se construit dans la 48e rue et qu’il habitera jusqu’à sa mort. Outre son bureau, situé au niveau de la rue, cette maison très moderne comprend un logement mitoyen sur plusieurs niveaux. Elle est remarquable à plus d’un titre: façade en saillie réalisée avec des plots de verre, portes peintes en bleu, crépi blanc. A l’intérieur, les parois du séjour sont peintes en jaune et blanc, la moquette est brune. C’est aussi l’une des premières maisons équipées d’une installation d’air conditionné. Presque tout le mobilier a été dessiné par Lescaze.
En 1936, il décroche un mandat prestigieux: la réalisation des studios de la Columbia Broadcasting System (CBS) à Hollywood, en Californie. Viennent ensuite celle du siège de la Kimble Glass Company à Vineland, dans le New Jersey, et, en 1939, celles du pavillon de l’aviation et du pavillon de la Suisse à l’exposition universelle de New York. Sans oublier plusieurs maisons particulières exceptionnelles.
William Lescaze était également passionné par le design. Durant sa carrière, il a dessiné des tapisseries, des meubles métalliques et des objets d’usage courant: lampes de table, accessoires de bureau, horloges, mais aussi des cages d’escalier et des ascenseurs. A noter que, en 1936, il a également dessiné pour la CBS la carrosserie des cars de reportage et les micros des reporters.
Lescaze a été un pionnier dans l’utilisation de nouveaux matériaux (meubles métalliques, murs en plots de verre). Son style est épuré. Chez lui, pas de fioriture inutile, la forme des objets doit correspondre à leur fonction tout en étant, du point de vue de l’esthétique, la plus satisfaisante possible. C’est pourquoi Lescaze est considéré comme l’un des pionniers de l’architecture rationaliste. Le rationalisme, courant architectural du premier tiers du XXe siècle, prônait une construction dépouillée d’ornements, libérée du passé académique ou historique et reposant essentiellement sur le fonctionnalisme («form follows function», Louis Sullivan, 1856-1924).
William Lescaze a pris la nationalité américaine dans les années 1940. Toute sa carrière s’étant déroulée aux Etats-Unis, il n’existe à Genève aucune de ses réalisations. Sa maison de New York, aujourd’hui vendue, a été classée monument historique en 1976.
Chancellerie d’Etat
En collaboration avec les Archives de la Ville de Genève et les Archives d’Etat
Remerciements à Bernard Lescaze, cousin de William
FAO: Vous vivez à Genève et êtes la nièce de William Lescaze. L’avez-vous bien connu?
MCL: En 1957, j’ai passé une année à New York, chez mon oncle William, son épouse, ma tante Mary, une Américaine d’origine irlandaise, et leur fils unique, Lee. J’étais toute jeune – j’avais 23 ans – et, en un mot, ce séjour à New York m’a fait sortir de moi-même… et découvrir le monde. Infirmière diplômée, j’ai travaillé bénévolement dans un centre new-yorkais spécialisé dans le cancer.
Adolescente, j’avais déjà rencontré ce frère de mon père en Suisse, lors de vacances à Villars, mais c’est au cours de ce séjour à New York que j’ai vraiment fait sa connaissance. Je suis ensuite retournée plusieurs fois chez lui, mais pour des séjours de moindre longueur.
FAO: Comment décririez-vous votre oncle?
MCL: A l’époque de mon premier séjour, mon oncle dirigeait une équipe d’une douzaine de personnes. Je me suis vite rendue compte que, dans son métier, il était reconnu mais assez autoritaire, alors qu’à la maison, c’est ma tante qui «commandait». Chaque jour, vers 17 heures, mon oncle quittait son bureau, remontait chez lui et nous prenions l’apéritif ensemble.
Je me rappelle qu’il était toujours très élégant, un peu dandy à l’époque. Il avait une canne, non pas qu’il en avait besoin pour marcher, mais il s’en servait entre autres pour héler les taxis; je revois le geste qu’il faisait avec cette canne…
Mon oncle est surtout connu comme architecte; on sait moins qu’il était également un peintre doué. Il a peint toute sa vie. Lors de ses débuts en Amérique, n’ayant alors pas de moyens, il a vendu des peintures pour vivre. Il est ensuite devenu un architecte reconnu, mais il a continué à peindre, pour le plaisir. Il m’a fait découvrir l’art contemporain. C’est grâce à lui et à ses relations que des peintres comme Georges Mathieu ou Pierre Soulages ont pu venir exposer à New York. Je me rappelle avoir rencontré ce dernier chez mon oncle. Et moi-même, quelques années plus tard, j’ai eu le déclic et je me suis mise à peindre, c’est en particulier à lui que je le dois.
En tant qu’architecte, afin d’assurer la cohésion de l’ensemble, il intégrait un artiste dans un projet dès la conception, et non à la fin, comme cela se fait souvent aujourd’hui.
Ce séjour a été le début d’une réelle affection, affection qui perdure aujourd’hui avec ma famille américaine et notamment avec les deux petites-filles de William et leurs familles.