Genevois illustres dans le monde
François-Pierre-Amédée Argand, connu sous le prénom d’Ami, naît le 5 juillet 1750. Il est le fils cadet de Jean-Louis, horloger, et de Madeleine, née Gaudy. Ses parents ont pour lui de grandes ambitions et souhaitent le voir embrasser une carrière ecclésiastique. Il suit donc le Collège de Genève, puis l’Auditoire de belles-lettres et de philosophie où il est l’élève du physicien Horace-Bénédict de Saussure. Son goût pour les sciences naît à cette époque, si bien qu’il abandonne la théologie pour les sciences et monte à Paris. Vers 1775, il devient l’élève de Lavoisier et Fourcroy, deux éminents chimistes. Professeur de chimie et de physique à Paris à son tour, il a pour élèves des propriétaires de domaines viticoles du Languedoc auxquels il enseigne la distillation. Vivement intéressés par ses méthodes, ces derniers lui proposent de mettre en pratique ses théories.
En 1780, Argand se rend à Calvisson près de Montpellier et y installe sa première distillerie. Une seconde distillerie voit bientôt le jour à Valignac, dans un domaine plus vaste qui dépend du même propriétaire. Ami Argand y travaille durant les années 1781 et 1782.
La Société royale d’agriculture a vent des prouesses d’Argand et s’intéresse aux procédés mis au point par le savant genevois. Concrètement, son invention consiste dans le perfectionnement de la forme des alambics et dans la construction de fourneaux facilitant la conduite du feu et optimisant ainsi la conduction de la chaleur. Le propriétaire des domaines rachète les droits sur l’invention.
Ami Argand rentre à Genève et se lance dans des expériences aérostatiques avec les frères Montgolfier. Il contribue à leur réussite; en effet, sur son conseil, ces derniers renoncent à l’emploi de l’air chaud dans leur montgolfière et le remplacent par du gaz inflammable produit par de la limaille de fer arrosée d’acide vitriolique. Mais le procédé est extrêmement dangereux et sera vite abandonné. Bientôt l’hydrogène remplace l’air chaud, clé du succès des deux aérostiers.
Lors de son séjour dans le sud de la France, Argand a l’inspiration de son invention majeure, la lampe à double courant d’air. On raconte qu’une lumière introduite dans les celliers d’une cave de la distillerie provoqua l’incendie d’une brûlerie voisine et que le savant prit conscience de la vive lumière induite par l’effet du soufflet sur les braises. Il songe alors qu’en alimentant la flamme des lampes à huile d’un jet d’air on augmenterait la lumière tout en supprimant la fumée. Il réalise en 1782 une lampe à huile basée sur le principe des vases communicants, à laquelle il adapte une mèche plate roulée de manière à former un canal donnant accès à l’air. Un deuxième courant d’air extérieur occasionné par une cheminée de verre entourant et surmontant la mèche vient ensuite perfectionner l’invention.
La lampe d’Argand est aussitôt admirée en France et en Angleterre. Il obtient un brevet et établit une manufacture à Londres. Son invention est presque aussitôt imitée et améliorée par d’autres inventeurs, Lange et Quinquet notamment.
Il quitte l’Angleterre en 1786, en réponse à la proposition du roi Louis XVI de créer une fabrique de lampes sur territoire français, en plus de la promesse du versement d’une importante somme d’argent pour la réalisation d’une grande distillerie à Mèze dans la région de Montpellier.
Le 17 janvier 1786, un décret royal confirme que les lampes d’Argand ne peuvent être contrefaites et ont le droit de circuler librement pendant quinze ans dans le royaume. La manufacture obtient même le titre de manufacture royale, un encouragement pécuniaire et des facilités pour s’établir dans le pays de Gex, à Versoix.
L’Académie des sciences ternit toutefois le succès d’Ami Argand et donne raison à l’inventeur Lange. Elle attribue la découverte de la cheminée de verre placée sur la lampe à ce savant. C’est une défaite pour Argand qui n’a pas reconnu l’apport de son concurrent et se voit dès lors contraint de s’associer avec ses contrefacteurs pour conserver son brevet et ses droits sur sa propre invention!
Lange, Argand et Quinquet conçoivent une nouvelle lampe, dite lampe à tringle, dont l’amélioration majeure est apportée par le réservoir d’huile reversé dans un vase relié à la lampe. C’est un nouveau succès aussitôt contesté par les ferblantiers.
La justice tranche en faveur du trio d’inventeurs, mais Argand est las de ces disputes et décide d’établir à Versoix sa manufacture royale. L’usine tourne bien et produit 3 000 lampes par an. Il décide d’y placer un gérant et reprend son projet de distillerie dans le Languedoc.
La Révolution de 1789 efface les privilèges accordés aux personnes et aux industries. La lampe d’Argand tombe dans le domaine public. Le Genevois est en faillite et assiste impuissant à la fin programmée de ses entreprises: les magasins de lampes à Paris, la manufacture de Versoix et la grande distillerie de Mèze.
En 1802, il vend la fabrique à son neveu par alliance, Isaac Bordier-Marcet, lui permettant ainsi de poursuivre ses recherches sur l’éclairage des villes et des côtes. Le 21 avril 1803, Argand présente à la Société des arts de Genève un mémoire sur l’éclairage des villes et deux nouvelles lampes de son invention. Joseph de Montgolfier, l’ami fidèle, prend en France un brevet pour cette invention, le réverbère semi-parabolique. Composé d’une lampe d’Argand et d’un miroir parabolique, il permet de concentrer la lumière dans une seule direction. Cette application fut notamment utilisée dans les phares.
Le réverbère mis au point par le savant genevois est testé à Marseille, Lyon, Livourne ou Naples. Ami Argand n’a toutefois pas la joie d’assister à la réussite de sa nouvelle invention, puisqu’il décède le 14 octobre 1803 à Genève, à l’âge de 53 ans.
Chancellerie d'Etat
En collaboration avec le Musée des Suisses dans le monde et les Archives d’Etat
Remerciements: Ville de Versoix et Association Patrimoine Versoisien