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Feuille d'Avis Officielle du 25.08.2008

Genevois illustres dans le monde

François Le Fort, ami et conseiller du tsar Pierre le Grand

François Le Fort est né à Genève le 2 janvier 1656; il est mort le 2 mars 1699 à Moscou, à l’âge de 43 ans. A Genève, une rue située à proximité de l’église russe porte son nom depuis le 15 juillet 1870. Un buste le représentant a été inauguré le 30 octobre 2006 sur l’esplanade de la rue Charles-Sturm, juste à côté, en présence de Monsieur le conseiller d'Etat Pierre-François Unger. Ce buste a été offert en signe d’amitié à la Ville de Genève par la Ville de Moscou; Moscou, où un quartier et un parc portent le nom de Lefortovo, en son honneur.

DEN HEER FRANCOIS LE FORT; gravure à la manière noire, exécutée d’après nature par Pierre Schenk à Amsterdam, 1698. Collection du Musée des Suisses dans le Monde – Château de Penthes, Pregny/GenèveOriginaires de Cuneo dans le Piémont, les Lifforti, famille calviniste, sont venus se réfugier à Genève au moment de la Réforme. Jean-Antoine Lifforti obtient la bourgeoisie de Genève en 1565. De Lifforti, le nom de famille est francisé en Liffort, puis Lefort ou Le Fort. Les Le Fort sont des commerçants. Le père de François, Jacques Le Fort, fait partie du Conseil des Deux-Cents*.

Une carrière au service de la Russie

L’église russe et la rue François-LE-FORT. Photo M. FaustinoAlors que son père le destine au commerce, François Le Fort devient soldat. A 18 ans, il rejoint les troupes du duc de Courlande qui combattent en Hollande les armées de Louis XIV. Peu de temps après – son régiment ayant été dissous – son destin prend le tournant décisif qui va le mener en Russie: il accepte une charge de capitaine dans les armées du tsar et se met en chemin pour Moscou. Il arrive le 4 septembre 1675 à Arkhangelsk, sur la mer Blanche, d’où il repart le 19 janvier de l’année suivante pour Moscou.

Dès 1679, Le Fort combat tant les Tartares que les Turcs à Kiev, en Ukraine, et en Crimée. Il gravit progressivement tous les échelons de la hiérarchie militaire jusqu’à devenir général des armées du tsar en 1693.

Le Fort et le tsar

En 1690 a lieu la rencontre décisive qui détermine le reste de la vie de François Le Fort. Il est alors âgé de 34 ans et fait la connaissance du tsar Pierre 1er, lequel a 18 ans et règne sur la Russie depuis quelques mois. Le Fort et Pierre 1er se rencontrent lors de visites et de dîners que le tsar a coutume de faire chez des habitants de la Sloboda, le quartier de Moscou où habitent les étrangers. Les deux hommes se voient plusieurs fois dans le courant de l’année et nouent une amitié qui ne trouvera son terme qu’avec la mort de Le Fort, neuf ans plus tard.

Dès lors, François Le Fort est à la fois l’ami, le conseiller et le bras droit du tsar Pierre 1er. Il se dévoue corps et âme aux missions que lui confie le tsar qui, en contrepartie, le couvre d’honneurs et de richesses.

Qu’a donc fait Le Fort pour mériter tant d’honneurs?

La naissance de la Grande Flotte et la campagne contre Azov


Le buste de Le Fort à la place Sturm. Photo M. FaustinoAu printemps 1695, des combats ont lieu autour de la ville d’Azov, forteresse située à l’embouchure du Don par laquelle les Turcs contrôlent la mer Noire et donc le littoral de la Russie méridionale. Il est impossible à l’armée russe de prendre la forteresse, car elle est approvisionnée par la mer. Les troupes russes finissent par se retirer pour mieux revenir plus tard…

Le Fort est chargé par le tsar de recruter en Occident des charpentiers capables de construire une flotte afin de faire tomber Azov. Des chantiers navals sont créés à Voronej, ville située sur un affluent du Don, si bien que, au début de l’année 1696, trente navires sont placés sous les ordres de Le Fort, à qui le tsar confère le titre d’amiral de la flotte impériale. Le 20 juillet, Azov est prise aux Turcs après un siège sur terre et sur mer de quelques jours, grâce aux navires russes qui mettent la flotte turque en déroute. A la suite de cette victoire, le tsar comble Le Fort de richesses et le nomme vice-roi du grand duché de Novgorod.

La Grande Ambassade

Attiré par l’Occident, Pierre le Grand charge son ami et confident Le Fort de mettre sur pied une importante expédition dont les buts sont multiples: établir des relations avec les différentes cours d’Europe (avec l’idée sous-jacente d’obtenir une alliance contre les Turcs), nouer des relations commerciales et s’informer sur la construction des navires, notamment en Hollande.

Dirigée par Le Fort, la Grande Ambassade, composée de plus de 200 personnes, quitte Moscou au début de l’année 1697. Le tsar Pierre 1er fait partie de la délégation, mais il voyage incognito sous le nom de Pierre Mikhaïlov, afin d’être plus libre de ses mouvements.

De Moscou, la Grande Ambassade se dirige sur Novgorod, passe par Riga, atteint ensuite Königsberg, en Prusse, puis Amsterdam et La Haye, en Hollande, avant de revenir à Amsterdam. Très occupé, Le Fort ne peut pas se rendre à Genève pour revoir sa famille, mais certains de ses proches parents, notamment son frère Jacques et deux de ses neveux, font eux-mêmes le déplacement et viennent le voir à Amsterdam. Après Amsterdam, la Grande Ambassade se rend encore à Vienne, avant de regagner Moscou en septembre 1698.

Le tsar, pour célébrer leur retour et remercier Le Fort, offre à celui-ci un palais construit pendant leur absence, le palais Le Fort, lequel sera transformé plus tard en établissement carcéral, la prison Lefortovo.

Le Fort meurt le 2 mars 1699 à Moscou des suites d’une ancienne blessure reçue lors du siège d’Azov. Inconsolable, le tsar Pierre le Grand organise des funérailles grandioses.

Chancellerie d'Etat
En collaboration avec le Musée des Suisses dans le monde, les Archives de la Ville de Genève et les Archives d’Etat

* Le Conseil des Deux-Cents est l’ancêtre du Grand Conseil.


Pour en savoir plus:
  • François Le Fort, Dominic M. Pedrazzini, in Revue militaire suisse, n° 9, 2002.
  • Catalogue de l’exposition «Suisses en Russie de Pierre le Grand à Alexandre 1er: la construction de Saint-Pétersbourg de Trezzini à Adamini», Institut national de recherches historiques sur les relations de la Suisse avec l’étranger, 1996-1997.
  • Dictionnaire historique de la Suisse, volume 2.