Mélange d'aventure, d'audace et de créativité, les parcours des Genevois illustres dans le monde, dont nous vous avons présenté les biographies, impressionnent. Et cela d'autant plus qu'il n'est pas aisé de s'imposer dans une contrée étrangère, loin de ses racines et de ses repères. Nous pouvons cependant relever que l'un de leurs points communs est cette ferme volonté de s'engager pour le bien-être de la collectivité qui les a accueillis. Un peu comme le font aujourd'hui ─ mais dans un autre registre ─ les 527 candidats à l'élection de l'assemblée constituante du 19 octobre prochain, qui s'engagent pour que Genève se dote d'une nouvelle constitution prenant en compte l'intérêt commun.
On aurait pu imaginer, pour des raisons de proximité, mais aussi linguistiques, voire culturelles, que la plupart de ces Genevois illustres des XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles avaient forgé leur succès essentiellement en France. Certains l'ont effectivement fait, tels Ami Argand (1750-1803), l'inventeur de la lampe éponyme, ou encore son contemporain Jacques Necker (1732-1804), ministre des Finances de Louis XVI; mais ils ne représentent pas la majorité.
Happés par ce puissant courant migratoire vers le Nouveau Monde où tout était à construire, beaucoup de Genevois ont traversé l'océan Atlantique à la poursuite de leur destin. Celui d'Albert Gallatin (1761-1849) est extraordinaire. Fuyant à dix-neuf ans Genève et la perspective d'incorporer l'armée prussienne, cet orphelin se retrouve à seulement quarante ans au poste prestigieux de secrétaire au Trésor des Etats-Unis d'Amérique, le grandargentier! Le missionnaire catholique Louis Babel (1826-1912), parmi les Indiens au Québec, et, plus récemment, l'architecte William Lescaze (1896-1969), dessinateur de gratte-ciel à New York, figurent également parmi nos compatriotes admirés et reconnus outre-Atlantique. D'autres Genevois illustres ont préféré des destinations européennes comme la Russie, tel François Le Fort (1656-1699), nommé amiral et général en chef des armées du tsar Pierre le Grand.
Par reconnaissance, leurs pays d'accueil ont dressé des statues à leur effigie ou ont baptisé parcs, villes et fleuves à leur nom. Genève a aussi consacré quelques rues en leur mémoire: le chemin William Lescaze, dans le quartier de Saint-Jean, ou la rue François-Le-Fort, près de l'église russe. Des lieux forgent des gens qui à leur tour forgent des lieux.
La réussite de ces Genevois est certainement liée à leur admirable capacité de s'intégrer dans un environnement méconnu. Ils sont parvenus, en quelque sorte, à être adoptés par leur nouvelle patrie,dont ils ont assimilé les coutumes et parfois le langage. Cela démontre un grand esprit d'ouverture qui, je le crois fermement, caractérise le peuple genevois. A travers eux, c'est aussi Genève qui a exporté une partie de son savoir-faire, ses compétences et ses ressources humaines.
Il est également intéressant de remarquer que tous ces expatriés ont maintenu une relation presque filiale avec leur canton d'origine, malgré les difficultés de communication de leur époque. La célèbre citation du philosophe Jean-Jacques Rousseau, extraite de la Lettre à M. d'Alembert, est sur ce point éloquente: Mon père, en m'embrassant, fut saisi d'un tressaillement que je crois sentir et partager encore. Jean-Jacques, me disait-il, aime ton pays. Vois-tu tous ces bons Genevois? Ils sont tous amis, ils sont tous frères. La joie et la concorde règnent au milieu d'eux. Tu verras un jour d'autres peuples. Mais quand tu voyagerais autant que ton père, tu ne trouveras jamais leur pareil."
En effet, tous ceux qui quittent Genève ─ en 2007, un peu plus de 4’000 Confédérés et Genevois sont partis pour vivre à l'étranger ─ s'éloignent d'un environnementgéographique, mais aussi d'une communauté de personnes avec lesquels ils ont tissé des liens forts. Malgré la distance, cette affinité avec Genève les lie à notre canton et à sa population pour la vie.
Ces personnages hors du commun que nous vous avons présentés ne constituent qu'une petite partie de tous ceux dont la mémoire est encore vivante à l'étranger. Je vous annonce d'ores et déjà que cette série des Unes de la FAO se poursuivra l'été prochain. Toutefois, pour assouvir votre impatience et votre curiosité, je vous suggère d'ici là de visiter le Musée des Suisses dans le monde, situé à Genève, dans le Château de Penthes, sur la commune de Pregny-Chambésy. Vous pourrez y admirer des témoignages de leur fabuleuse existence.
Sur ce, je vous souhaite une bonne reprise dans la vie genevoise et vous dis à l'année prochaine pour de nouvelles découvertes avec les Genevois illustres dans le monde!
Robert Hensler
Chancelier d’Etat
Musée des Suisses dans le monde
Château de Penthes
18, chemin de l'Impératrice
1292 Pregny-Chambésy
Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 12h et de 13h à 17h, fermé le lundi.
Prix d'entrée: 5 francs adultes; 3,5 francs AVS; 1,5 franc étudiants et chômeurs.
Gratuit jusqu'à 12 ans.