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Feuille d'Avis Officielle du 19.08.2009

Genevois illustres à travers le monde

Jeanne Marcet-Haldimand, vulgarisatrice scientifique

On a célébré l’an dernier le 150e anniversaire de la mort de Jeanne Marcet-Haldimand. Cette pionnière, relativement méconnue aujourd’hui, rédigea de très nombreux ouvrages de vulgarisation scientifique de renommée internationale; un fait remarquable pour une femme de son temps.

Un intérêt précoce pour les sciences

Jane Marcet dans sa bibliothèque, tableau anonyme. Collection Adriana et Gérard Zimmermann.Jeanne (ou Jane si l’on opte pour la version anglophone) Haldimand naît à Londres en 1769 d’un père vaudois, Antoine François Haldimand, banquier et commerçant de son état, et d’une mère anglaise. Aînée d’une famille aisée de douze enfants, elle reçoit une éducation privée de haute qualité, comme ses frères, ce qui est plutôt rare pour l’époque. Cette formation complète à domicile lui permet de découvrir notamment les mathématiques, la philosophie et l’astronomie. Les activités artistiques sont également à l’ordre du jour, puisqu’elle suit avec ses sœurs des cours de musique, de danse et de peinture.

Sa mère décède alors que Jeanne a quinze ans. Elle tient dès lors un rôle important auprès de son père qui a pour habitude de recevoir artistes, écrivains, scientifiques, politiciens ou banquiers. Ces fréquentations renforcent son goût pour l’art et la science.

En 1799, Jeanne épouse Alexandre Marcet, médecin et chimiste genevois qui vit à Londres, banni par la Révolution genevoise de 1792. Il sera plus tard le cofondateur de la Royal Society of Medecine.

Conversations on Chemistry

Le Grand-Malagny, domaine situé à Genthod. Jane et son époux Alexandre y séjournaient en été. Photo Frank Muller.Intelligente et douée, Jeanne Marcet-Haldimand développe encore son intérêt pour les disciplines scientifiques, grâce à son mari. Ce dernier l’encourage dans l’écriture d’un ouvrage sur la chimie, corrige celui-ci, répond aux questions de son épouse et la met en contact avec ses collègues de la pourtant très fermée Chemical Society. Conversations on Chemistry paraît ainsi en 1805. L’ouvrage relate un dialogue fictif sur les merveilles de la science entre deux petites filles et leur gouvernante célibataire. Le succès du livre est immédiat. Au contenu scientifique extrêmement précis et complet s’ajoute un style limpide et enjoué.

Le livre est très rapidement traduit en français et publié par des éditeurs genevois et parisiens. Des versions néerlandaise, allemande et espagnole de l’ouvrage phare de Jeanne Marcet-Haldimand seront également publiées. Il sera en outre vendu à 160 000 exemplaires aux Etats-Unis, ce qui est beaucoup pour l’époque. Il faudra toutefois attendre la treizième édition de l’ouvrage en 1837 pour que le nom de Jeanne Marcet-Haldimand apparaisse! A chaque nouvelle édition, l’auteure prend un soin particulier à actualiser l’ouvrage avec de nouvelles découvertes scientifiques. A l’image de sa formation polyvalente, elle publie ensuite et successivement des livres sur l’économie politique (Conversations on Political Economy, 1816), la philosophie naturelle (Conversations on Natural Philosophy, 1819) ou encore la minéralogie (Conversations on Mineralogy, 1822). Le célèbre économiste David Ricardo, père de l’économie politique classique, relira les Conversations on Political Economy et le botaniste genevois Augustin-Pyramus de Candolle commentera longuement ses Conversations on Vegetable Physiology (1829).

Jeanne Marcet-Haldimand partage sa vie entre ses études scientifiques et sa famille composée de trois enfants. Par ses écrits, elle souhaite participer à la réforme sociale en cours, qui doit se réaliser grâce à l’éducation et la science. Fréquentant de nombreux savants, elle sait profiter de ses liens personnels pour s’informer des derniers développements scientifiques et les présenter au plus grand nombre. Rappelons qu’à l’époque les femmes sont exclues des académies scientifiques.

Retour à Genève

L’une des œuvres de Jeanne Marcet-Haldimand. Photo Musée des Suisses dans le monde.Alexandre Marcet décide de rentrer une première fois à Genève en 1819. La famille achète le Grand-Malagny, domaine situé à Genthod. Les nombreux intellectuels européens amis de la famille fréquentent le domaine et, parmi les amis genevois du couple, on trouve les érudits Charles-Gaspard de la Rive, Charles Pictet de Rochemont et Augustin-Pyramus de Candolle. Dorénavant, la famille Marcet partage son temps entre Londres et Genthod. C’est notamment en été qu’ils résident au Grand-Malagny. Alexandre Marcet meurt en 1824.

Après le décès de son mari, Jeanne Marcet-Haldimand continue de recevoir et de fréquenter penseurs et savants de son temps. Elle ne néglige pas pour autant son rôle de mère et de grand-mère et rédige plusieurs ouvrages destinés à instruire et amuser les enfants. Ainsi écrit-elle dans Mary’s Grammar, interspersed with stories and intended for the use of children: «J’ai eu si souvent pitié des enfants qui étudiaient la grammaire et ne la comprenaient pas, que j’ai pensé ne pouvoir leur rendre un meilleur service que de leur rendre facile et familier un sujet si complexe.»

Elle collabore aussi à maintes reprises avec la Society for the Diffusion of Useful Knowledge, qui œuvre à Londres pour l’éducation des pauvres. Les ouvrages de Jeanne Marcet-Haldimand sont imités, ce qui prouve leur qualité, et ouvrent la voie de la vulgarisation scientifique. A septante-neuf ans, elle publie encore une nouvelle édition de Natural Philosophy et, à quatre-vingt-cinq ans, Lessons and Trials of Life. Jeanne Marcet-Haldimand décède le 28 juin 1858 à Londres, affaiblie par une maladie.

L’impact de son œuvre est important. De grands savants de la génération suivante mentionnent ou citent les Conversations on Chemistry, à l’image de Michael Faraday, physicien anglais à l’origine de la cage qui porte son nom, ou de George Darwin (fils de Charles Darwin). Les ouvrages de Jeanne Marcet-Haldimand servent de support à l’introduction en chimie, en physique ou en économie à l’université et dans les écoles secondaires d’Europe et des Etats-Unis.

Germaine de Staël, autre Genevoise célèbre, écrivant de Coppet, dira d’elle: «J’ai proposé l’étude de la chimie à partir des dialogues de Madame Marcet… Le commencement est très intelligent et l’œuvre admirablement claire.» Tout est dit.

Chancellerie d’Etat
En collaboration avec le Musée des Suisses dans le monde et les Archives d’Etat

Pour en savoir plus:

  • Deuber Ziegler Erica et Tikhonov Natalia, Les femmes dans la mémoire de Genève: du XVe au XXe siècle, Editions S. Hurter, Genève, 2005.
  • Polkinghorn Bette, Jane Marcet: an uncommon woman, Forestwood Publications, Aldermaston/Berkshire, 1993.
  • Herren Léonore, Jeanne (Jane) Marcet-Haldimand (1769-1858), in Lettres de Penthes, bulletin de la Fondation pour l’Histoire des Suisses dans le Monde, N°011 – printemps 2008.