Originaire de Provence, son aïeul Rémi Tronchin s’était réfugié à Genève avec sa famille après la Saint-Barthélemy et avait acquis la bourgeoisie en 1590. Son père, Jean-Robert, est banquier. Sa mère, Angélique Calandrini, vient d’une famille protestante originaire de Lucques qui a trouvé asile à Genève.
Théodore et ses trois sœurs perdent tôt leur mère; son père se remarie avec Marthe-Marie de Caussade. Après son second mariage, Jean-Robert se retire avec sa famille dans son domaine de Cologny. C’est là que Théodore passe son enfance. A sept ans, il est envoyé au collège et, à quatorze, il entre à l’Académie. En 1720, Jean-Robert Tronchin, comme de nombreux banquiers genevois, perd toute sa fortune à la suite du désastre financier causé par la chute du système de Law1. Le jeune Théodore quitte Genève pour l’Angleterre afin de poursuivre ses études à Cambridge. Et c’est la lecture des Eléments de chimie de Hermann Boerhaave2 qui provoque chez le jeune Théodore ce choix décisif: il sera médecin.
Après avoir étudié la médecine une année à Cambridge, Théodore Tronchin décide d’aller à Leyden, en Hollande, suivre l’enseignement de Boerhaave. Inscrit à l’Université de Leyden dès le mois de septembre 1728, il devient rapidement l’élève préféré de Boerhaave et son disciple.
Le 22 août 1730, Théodore Tronchin, à peine âgé de 21 ans, obtient le titre de docteur en médecine. Il se fixe à Amsterdam et devient en peu de temps président du collège des médecins de cette ville. Sa réputation grandit, Boerhaave lui envoie de nombreux malades d’Amsterdam venus le consulter à Leyden en disant de lui: «C’est un autre moi-même». La réputation de Tronchin grandit, dépasse les frontières de la Hollande. A 30 ans, il est considéré comme une autorité, comme le digne successeur de Boerhaave.
Le 6 août 1740, il épouse à Amsterdam Hélène de Witt, issue d’une grande famille hollandaise.
Mais la situation politique en Hollande se dégrade. En 1753, l’instabilité croissante du pays pousse Tronchin à envoyer ses deux fils poursuivre leurs études à Genève. L’année suivante, après 25 ans passés en Hollande, il décide de revenir dans sa ville natale avec sa femme et sa fille. Ils s’installent dans une ancienne demeure familiale située au Bourg-de-Four.
En Hollande, Tronchin a eu l’occasion de connaître une méthode utilisée depuis longtemps en Turquie où on la pratiquait sur les jeunes filles afin d’être certain de conserver leur beauté: l’inoculation de la petite vérole3. En 1748, à Amsterdam, Tronchin a inoculé son fils. Il développe la méthode à Genève, perfectionne le procédé. En 1756, alors que la France est restée très réfractaire à cette méthode, le duc d’Orléans demande à Tronchin de venir à Paris pour inoculer ses deux jeunes enfants. L’opération est un succès, grâce à l’habileté de Tronchin. Le médecin genevois est porté aux nues, il dîne à Versailles, rencontre le roi et la reine. Sa popularité est telle que, durant son séjour à Paris, qui dure jusqu’au 9 juin, sa maison est prise d’assaut, tout le monde voulant se faire inoculer par lui.
Mais c’est en Italie que Tronchin remporte son plus beau succès comme inoculateur. En octobre 1764, le médecin genevois se rend secrètement à Parme sur la demande de Philippe, duc de Parme, afin de pratiquer l’opération sur son fils unique, Ferdinand, âgé de 13 ans. Cette fois encore, l’opération est un succès; la dynastie des ducs de Parme est sauvée.
Théodore Tronchin est considéré comme le champion de l’inoculation. En 1759, il rédige l’article «Inoculation» pour l’Encyclopédie de Diderot et D’Alembert, article dans lequel il explique pourquoi l’inoculation est médicalement et moralement recommandable.
Contrairement à d’autres savants de son époque, Tronchin a très peu publié. Il est cependant considéré comme un novateur, un médecin révolutionnaire. Homme de bon sens, il observe la nature. Sa méthode vise à renforcer l’organisme. Il est l’un des premiers à combattre la saignée; la vie sédentaire est sa bête noire: il déconseille une nourriture trop riche et trop grasse, recommande la diète et l’exercice. «Tronchiner» devient alors à la mode parmi les dames de la bonne société, c’est-à-dire aller se promener vêtues de «tronchines», des robes assez courtes et sans panier, et chaussées de souliers plats.
Théodore Tronchin est aussi un partisan fervent de l’hygiène, jusqu’alors complètement négligée. Il fait aérer la chambre des malades, conseille aux femmes enceintes de ne pas rester alitées, ne veut pas qu’on emmaillote les bébés, recommande l’allaitement maternel…
A la fin de l’année 1765, Tronchin accepte la charge de premier médecin du duc d’Orléans. Il quitte Genève pour Paris le 22 janvier 1766 et s’installe au Palais-Royal. Sa femme et sa fille le rejoignent au printemps de la même année. Peu de temps après son installation à Paris, il devient membre de l’Académie de chirurgie. A Paris, le prestige du médecin genevois augmente encore. On vient de loin pour le consulter et les têtes couronnées se pressent à sa porte. Il est le médecin à la mode.
Théodore Tronchin devient veuf en novembre 1767; il est soutenu dans cette épreuve par celui dont il est le médecin particulier, son protecteur et son bienfaiteur, Louis-Philippe d’Orléans. «Mon prince, dit Tronchin, a pour moi l’amitié d’un frère.»
Durant ses dernières années, il consacre deux heures par jour à recevoir gratuitement des malades indigents et leur donne même l’argent nécessaire pour se procurer des médicaments. Il meurt le 30 novembre 1781 au Palais-Royal.
Chancellerie d’Etat
En collaboration avec le Musée des Suisses dans le monde et les Archives d’Etat
Pour en savoir plus:
1Système économique développé par l'Ecossais John Law, ce système recommande l'utilisation de papier monnaie plutôt que de monnaie métal.
2Hermann Boerhaave (1668-1738) peut être considéré comme le fondateur de l’enseignement clinique. A Leyden, Boerhaave occupait à la fois les chaires de médecine, de botanique et de chimie.
3Au XVIIIe siècle, la petite vérole – la variole – était un fléau redoutable et redouté. Cette maladie faisait des ravages au sein des populations et celles et ceux qui en réchappaient restaient marqués à vie. L’inoculation consiste à infecter des personnes saines afin qu’elles développent une forme atténuée de la maladie, ce qui a pour effet de les immuniser. Il s’agit en somme de l’ancêtre du vaccin.