Fils d'un professeur de droit membre du Conseil des Deux-Cents, Jacques Necker naît le 30 septembre 1732. A Genève, il fréquente l'Académie avant de s'installer à l'âge de 15 ans à Paris, où il occupe un poste de commis dans la banque d'un ami de son père. Son ascension professionnelle est rapide, si bien qu'à l'âge de 24 ans il est associé au sein de la banque Thellusson, Necker et Cie. En quelques années, il devient un banquier fortuné, renommé et influent, connu au-delà des milieux financiers pour le rôle prépondérant qu'il joue dans le redressement de la Compagnie des Indes, sans toutefois empêcher la dissolution de celle-ci en 1770.
Cette réussite lui permet de tourner son ambition vers la chose publique, soutenu en cela, comme tout au long de sa carrière, par sa femme Suzanne, qui anime alors un salon littéraire en vue. Son entrée en politique est scellée le 2 août 1768 par sa nomination par le Petit Conseil au poste de ministre-résident de la République de Genève à Paris.
Mais ce sont surtout ses écrits qui parachèvent son profil d'homme d'Etat. En 1773 paraît l'Eloge de Jean-Baptiste Colbert, couronné par l'Académie française. Prônant une économie du sens commun et l'interventionnisme économique de l'Etat, à qui il assigne le rôle de veiller au maintien de l'harmonie sociale, il s'oppose profondément aux économistes libéraux et aux physiocrates.
Deux ans plus tard, il rédige un réquisitoire contre la liberté du commerce des grains, une querelle qui divise les milieux politiques et provoque les troubles dits de «la guerre des farines», durement réprimés. L'Etat, affirme-t-il, doit assumer son rôle de régulateur et assurer la subsistance des classes populaires au prix le plus bas, en empêchant l'émergence de monopoles et en refusant de sacrifier au droit de propriété. Ce nouvel ouvrage assoit sa réputation, mais lui attire les foudres de l'école physiocratique, dont un éminent représentant, Turgot, est alors à la tête des finances de la France.
Lorsqu'après la disgrâce de Turgot survient le décès en fonction de son successeur, le poste de contrôleur général des finances semble plus que jamais destiné à Necker. Sa qualité d'étranger, mais surtout son appartenance religieuse – il est protestant – constituent toutefois un important handicap, en particulier parce que celle-ci lui interdit l'accès au Conseil du Roi. Une astuce est trouvée: la fonction de contrôleur général des finances se voit partagée entre un conseiller d'Etat et un directeur du trésor. C'est ainsi qu'en octobre 1776, à l'âge de 44 ans, le protestant genevois Jacques Necker entame son premier ministère au service du roi de France.
Dès son entrée en fonction, il entreprend une série de réformes touchant à l'administration, aux finances ainsi qu'au domaine social. Economies dans les dépenses, rationalisation de la gestion des finances publiques, réforme prudente de la fiscalité, recours massif à l'emprunt plutôt qu'à l'impôt pour renflouer les caisses de l'Etat alors engagé dans la guerre d'Amérique, mise sur pied des assemblées provinciales, nombre de ces innovations, à l'instar du démembrement de la ferme générale1, rencontrent l'adhésion populaire. Cependant, sa lutte constante contre les privilèges attise de nombreuses rancœurs.
Animé d'un souci de transparence qui contraste avec les pratiques habituelles et qu'il érige en principe de son action politique, Necker expose ses réformes et la situation des finances du pays dans son célèbre Compte rendu au Roi publié en 1781. Dans cet ouvrage au retentissement sans précédent, il inaugure l'information des citoyens sur l'action du gouvernement mais exacerbe aussi l'animosité de ses ennemis.
Au centre d'une cabale, Necker demande alors un signe fort de la part du roi, notamment son admission au Conseil. Cette marque de confiance lui étant refusée, il démissionne de ses fonctions au mois de mai 1781.
Le temps de la disgrâce est venu. Affecté, malade, Necker quitte Paris pour le château de Coppet qu'il vient d'acquérir. Dans les années qui suivent, de retour en France, il assiste impuissant au démantèlement de la plupart de ses réformes. Il publie deux ouvrages, dont un volumineux De l'administration des finances, qui connaît de nouveau un immense succès. Il négocie et conclut par ailleurs le mariage, patronné par la cour, de sa fille Germaine avec le baron de Staël, ambassadeur de Suède à Paris.
En août 1788, l'Etat français se trouve au bord de la faillite. Sous la pression des circonstances, Louis XVI rappelle Jacques Necker. Ministre d'Etat, il accède, enfin, au Conseil.
La grande affaire de ce second ministère est la convocation des Etats généraux. La tâche n'est pas aisée: il s'agit de concilier les revendications du tiers état et les exigences des classes privilégiées. Partisan d'une monarchie constitutionnelle à système bicaméral inspirée du modèle anglais, Necker ne parvient pas à imposer ses vues modérées. Les concessions qu'il préconise face aux exigences du tiers état se heurtent à la volonté conservatrice de la cour, ses tentatives d'arbitrage échouent et il est finalement renvoyé par le roi le 11 juillet 1789. Mais le soulèvement de Paris, dont le renvoi de Necker est l'une des causes, contraint Louis XVI à rappeler son ministre cinq jours plus tard.
Il exerce dès lors la fonction de Premier ministre des finances. Resté fidèle au roi, il s'emploie à restaurer l'autorité du souverain, minée par les événements de juillet. Toutefois, les équilibres politiques ayant profondément changé, Necker se retrouve de plus en plus isolé. Son pouvoir faiblit et l'Assemblée lui refuse son soutien. Il finit par donner sa démission le 3 septembre 1790, dans l'indifférence générale.
Retiré dans son château de Coppet, il consacre les dernières années de son existence à l'écriture.
Chancellerie d’Etat
En collaboration avec le Musée des Suisses dans le monde et les Archives d’Etat
Pour en savoir plus:
1Système de perception des impôts indirects.