Les locaux exigus du 40, Grand-Rue, lieu de naissance de Rousseau, peinaient à contenir la foule compacte venue assister à l'inauguration de la Maison de Rousseau et de la Littérature (MRL), mardi 31 janvier. S'y mêlaient des élus, des auteurs, des spécialistes de la littérature ainsi que des représentants de l'Université, du monde de l'édition et de la librairie. A la tribune se sont succédé Madame Doris Jakubec, présidente de la MRL, Messieurs François Jacob, coresponsable du projet «2012 Rousseau pour tous» et secrétaire de la Société Jean-Jacques Rousseau, Sami Kanaan, conseiller administratif chargé du département de la culture et du sport de la Ville de Genève, et Charles Beer, conseiller d'Etat chargé du département de l'instruction publique, de la culture et du sport.
A la fois maison d'écrivain et maison de la littérature, la MRL réunit deux entités complémentaires: l'Espace Rousseau, qui contribue au rayonnement du philosophe au sein de la cité – auprès des écoles, entre autres – et l'Association pour une Maison de la littérature à Genève, qui organisait des rencontres entre écrivains et public dans divers lieux, en attendant de disposer d'un espace spécifique. Inaugurée dès l'ouverture du tricentenaire de Jean-Jacques Rousseau, la MRL offre, aux yeux de François Jacob, une «caisse de résonnance à l'œuvre du philosophe des Lumières et à la littérature romande d'aujourd'hui». Sami Kanaan renchérit en précisant que «ce projet soutenu par l'Etat et la Ville de Genève vient compléter le dispositif de soutien au livre mis en place par la Ville depuis de longues années et favoriser la réflexion sur les nombreux défis que doit relever le livre aujourd'hui, et sur l'influence qu'exerce déjà le numérique sur sa forme et son contenu.»
Charles Beer rappelle que le citoyen de Genève constitue avant tout un formidable «trait d'union de 300 ans entre le patrimoine et les débats actuels. Les vives critiques ou au contraire l'adhésion que suscitent ses théories sur l'éducation, notamment, reflètent l'importance des idées de Rousseau pour l'enfance et l'adolescence.» Le ministre genevois de l'éducation souligne avec enthousiasme l'importance du tricentenaire pour l'enseignement public: c'est l'occasion de favoriser le contact entre les quelque 70 000 élèves genevois et l'héritage de Rousseau, dont la richesse (philosophie, botanique, musique, littérature), la portée transfrontalière (un Européen convaincu), ainsi que la contemporanéité justifient pleinement l'engagement du canton dans la MRL. Charles Beer relève aussi la vocation romande de cette première maison consacrée aux écrivains, qui met en évidence le fait que la littérature, comme le cinéma, déborde largement des frontières cantonales.
Saluant le dialogue que la MRL entend établir avec les auteurs d'autres régions linguistiques de Suisse et d'autres pays, le conseiller d'Etat s'est également félicité des liens qu'elle va tisser avec d'autres domaines artistiques. «La naissance de la MRL contribue à dynamiser une recherche académique déjà importante autour de Rousseau», déclare Charles Beer. «Les activités de la MRL pourront susciter des études universitaires dans lesquelles Jean-Jacques Rousseau ne sera plus seulement considéré comme un élément de notre patrimoine, mais comme le fil rouge entre les arts, la littérature, la science et la psychologie, dans l'esprit du pôle de recherche et création que l'Etat projette à la pointe de la Jonction». En conclusion, Charles Beer rappelle que l'Université de Genève fête cette année le centième anniversaire de la Faculté de psychologie et des sciences de l'éducation (FAPSE), issue de l'Institut Jean-Jacques Rousseau créé en 1912 pour répondre au besoin de réforme des systèmes éducatifs et des méthodes pédagogiques.
Département de l'instruction publique, de la culture et du sport
Dès 2008, le canton s'est montré un partenaire actif de la Ville de Genève dans les travaux du tricentenaire par l'intermédiaire du service cantonal de la culture, présent dans trois commissions de préparation de l'événement.
La Maison de Rousseau et de la Littérature, projet qu'il a soutenu dès 2009, concrétise de manière pérenne la portée de cette commémoration et l'héritage de Rousseau. Elle s'inscrit dans la promotion de la lecture, dont le département de l'instruction publique, de la culture et du sport a fait l'une de ses priorités.
Le DIP soutient aussi cinq projets autour de Rousseau, impliquant des écoles et des acteurs culturels. Par ailleurs, il a constitué, fin 2011, une commission d'experts chargée de préaviser les demandes de soutien des projets portant le label de la Ville «2012 Rousseau pour tous». Onze d'entre eux ont été retenus dans divers domaines: opéra, théâtre, musique, danse, cinéma et arts visuels. L'engagement financier total de l'Etat pour le tricentenaire avoisine ainsi les 800 000 F.