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LA POLITIQUE GENEVOISE EN MATIERE DE TOXICOMANIES : - VERS L'OUVERTURE D'UN ESPACE D'ACCUEIL POUR PERSONNES TOXICOMANES AVEC UN LIEU D'INJECTION: La politique genevoise en matière de toxicomanies repose sur une approche, convergente et intégrée, des différentes fonctions de l'Etat (prévention, action thérapeutique, action sociale, répression). C'est ainsi que le Conseil d'Etat et le Grand Conseil ont pu introduire, dans un climat serein, confirmé par plusieurs votations populaires, différents programmes (programme de méthadone; programme d'échanges de seringues; bus itinérant de prévention SIDA; programme de prescription médicale d'héroïne). Afin de faire le bilan de cette politique et d'annoncer de nouveaux développements, Monsieur Guy-Olivier Segond, conseiller d'Etat chargé du département de l'action sociale et de la santé a tenu une conférence de presse le mardi 22 mai 2001 à la salle de l'Alabama, 2, rue de l'Hôtel-de-Ville. A cette occasion ont participé à cette conférence de presse :
1. LA POLITIQUE GENEVOISE EN MATIERE DE TOXICOMANIES 1.1 Les 4 principes directeurs Par rapport à d'autres cantons, la politique genevoise en matière de toxicomanie présente, depuis 25 ans, deux caractéristiques essentielles :
De manière générale, cette politique peut se résumer en 4 grands principes :
1.2 Les différentes adaptations Sur la base de ces principes fondamentaux, les différentes adaptations nécessaires ont été apportées au fur et à mesure de l'évolution de la situation. C'est ainsi que le Conseil d'Etat a pu introduire dans un climat consensuel :
1.3 La prise en charge médico-sociale Le 28 juin 1995, le Conseil d'Etat a défini clairement, dans une décision inscrite à son procès-verbal, la prise en charge médico-sociale des personnes toxicomanes. A cette occasion, le Conseil d'Etat a affirmé que :
En outre, le Conseil d'Etat a mis en place un réseau intégré de prise en charge adapté aux différentes catégories de toxicomanes et aux différentes phases de leur trajectoire individuelle, se définissant par trois types de programmes :
1.4 L'organisation 1.4.1 La délégation du Conseil d'Etat Sur la base des décisions du Conseil d'Etat, la supervision de la mise en oeuvre de la politique cantonale de lutte contre les toxicomanies est confiée à une Délégation du Conseil d'Etat formée des magistrats chargés :
1.4.2 La commission mixte en matière de toxicomanies Sous l'autorité du Conseil d'Etat, et en particulier, de sa délégation, la politique cantonale de lutte contre les toxicomanies est mise en oeuvre à partir de la commission mixte en matière de toxicomanies qui réunit :
1.4.3 L'administration cantonale et les établissements publics Sous l'autorité du Conseil d'Etat et, en particulier de sa délégation, les instances d'exécution de la politique cantonale en matière de toxicomanies sont les directions générales et leurs services de l'administration cantonale (direction générale de l'action sociale, direction générale de la santé, direction générale de l'office de la jeunesse) et les établissements publics (Hospice général, Hôpitaux universitaires de Genève), ainsi que le Chef de la police et le personnel qui lui est subordonné. Ces différentes instances travaillent en collaboration avec la commission mixte en matière de toxicomanies, la commission cantonale pour les problèmes liés au Sida et les divers milieux intéressés, publics et privés. 1.5 Les coûts Selon un rapport de Monsieur Rémy Jéquier, ancien secrétaire général du département des finances, le coût direct total de la lutte contre les toxicomanies s'est élevé, pour l'Etat de Genève, en 1999, à 40 millions de francs. Avec 18,5 millions de dépenses, la répression (police de sûreté, autres tâches de police, service d'application des peines, prison préventive, justice) engendre les dépenses les plus élevées. Les soins et les traitements (Hôpitaux universitaires de Genève, autres prestataires de soins, ARGOS) en-traînent une dépense de 14,2 millions. En outre, l'Etat dépense 3,2 millions pour la réinsertion (service du patronage, Association ARGOS et autres associations) et 1,8 million pour la prévention (service de santé de la jeunesse, équipe de prévention et d'intervention communautaire - EPIC - et bénéficiaires du fonds destiné à la lutte contre la drogue et à la prévention de la toxicomanie). Suivent le secteur de la réduction des risques, de l'aide à la survie et de l'hébergement, avec 1,6 million (Groupe Sida Genève et associations actives dans ce domaine). La coordination générale (500'000 F); l'enseignement et la recherche (200'000 F). 2. LA PRESCRIPTION MEDICALE D'HEROINE 2.1 La décision de 1995 En 1995, le canton de Genève s'est engagé dans de nouveaux développements : il a participé aux programmes de la Confédération de remise, sous contrôle médical, d'héroïne. Sur le plan international, la remise, sous contrôle médical, d'héroïne n'est pas interdite, contrairement à ce que l'on entend parfois : elle est autorisée par l'Organe international de contrôle des stupéfiants pour autant qu'elle fasse partie d'une stratégie globale visant à réduire la consommation de stupéfiants et intégrant des mesures de répression et de prévention. Dans notre pays, le Conseil fédéral a obtenu les autorisations nécessaires. Il a posé des conditions strictes à ces programmes expérimentaux : l'héroïne est remise sur prescription médicale, dans le cadre d'une prise en charge médico-sociale structurée, qui a des objectifs thérapeutiques précis. Les toxicomanes doivent être dépendants depuis plusieurs années et leur nombre est limité. A Genève, sur la base de l'avis du Grand Conseil, donné sereinement, par une majorité claire, le Conseil d'Etat a décidé, le 28 juin 1995, que le canton de Genève participerait au programme fédéral de distribution, médicale et contrôlée, d'héroïne :
Le programme genevois (programme expérimental de prescription de stupéfiants - PEPS) s'inscrit dans le cadre de l'étude fédérale. Ses objectifs et son déroulement sont donc identiques : il vise à intégrer, dans le réseau sanitaire, des patients dont la santé est massivement atteinte par des années de consommation d'héroïne et de marginalité et de les conduire, à un rythme individualisé, vers des traitements de substitution par la méthadone ou d'abstinence. 94% des patients restent ainsi dans le réseau sanitaire. Ce programme a été confié aux Hôpitaux universitaires de Genève (division d'abus de substances). 2.2 L'évaluation du PEPS Sur la base de 60 mois de fonctionnement, l'évaluation du PEPS - qui a traité 63 patients - est satisfaisante. Le
profil des patients à l'admission au traitement reste constant
d'année en année : ce sont principalement de jeunes adultes
masculins (plus de 30 ans) qui injectent l'héroïne depuis
plus de 12 ans. Ils ont fait plus de 8 tentatives de traitement, plus
de 4 overdoses sérieuses et ont tenté de se suicider à
plusieurs reprises. Plus de la moitié consomme des benzodiazépines
quotidiennement et l'usage de la cocaïne intraveineuse est en augmentation.
Leur histoire médicale révèle une haute prévalence
de troubles psychiatriques. Plus d'un quart sont positifs pour le VIH.
Sur le plan du traitement, les conclusions sont les suivantes :
Au 31 décembre 2000, le PEPS suit 49 patients - d'une moyenne d'âge de 36 ans - qui ont presque tous un toit. Tous sont assurés. Presque tous ont réglé leurs problèmes financiers. Certains travaillent ou ont entrepris des activités occupationnelles en milieu protégé ou adapté à leurs capacités. Les résultats positifs portent sur :
3. L'ESPACE D'ACCUEIL AVEC LIEU D'INJECTION 3.1 La prise de position de la commission mixte en matière de toxicomanie 3.1.1 Les travaux de la commission mixte Durant le second semestre 1999, la commission mixte, présidée par Madame Claire Torracinta-Pache, a mis à l'ordre du jour de ses travaux la question de la dégradation des conditions d'injection touchant certains consommateurs de drogue, de plus en plus nombreux, qui s'injectent sans respecter les règles d'hygiène les plus élémentaires, dans des lieux ouverts au public, en abandonnant leurs seringues dans des chantiers, dans des parkings, des préaux d'école ou des places de jeux pour enfants. 3.1.2 L'analyse de la commission mixte Dans son résumé du 11 décembre 1999, adressé au département de l'action sociale et de la santé, la commission mixte relève que le problème n'est pas nouveau, mais qu'il est aggravé par l'explosion de la consommation de cocaïne par voie intraveineuse. Elle poursuit son analyse de la manière suivante : "Le risque majeur encouru par ces consommateurs de drogues, c'est l'infection souvent grave et nécessitant une hospitalisation. S'y ajoutent de nouvelles prises de risques en matière de prévention des maladies transmissibles et une augmentation du risque d'overdose mortelle en situation d'isolement. On a aussi pu constater une réelle dégradation physique et psychique ainsi qu'une paupérisation de ces personnes. De surcroît, les doléances concernant des lieux d'injection découverts dans des chantiers, des parkings, des caves ainsi que des seringues ramassées notamment par des enfants qui se sont piqués aux abords d'écoles, se multiplient et sont à terme une menace pour l'ordre public. (...) Tous les témoignages des gens de terrain de la commission concordent : nous sommes aujourd'hui dans une situation d'urgence à laquelle il faut apporter une réponse adéquate, sous peine de voir diminuer les effets positifs de la politique de réduction des risques voulue par les autorités et appliquée avec succès dans notre canton. Pour toutes ces raisons, une large majorité de la commission mixte estime que le moment est venu de s'inspirer d'expériences faites à ce sujet dans plusieurs cantons alémaniques et ayant donné satisfaction. Elle recommande donc au Conseil d'Etat de prendre les mesures permettant d'ouvrir à Genève un lieu d'accueil avec local d'injection". 3.1.3 La proposition de la commission mixte Selon la commission mixte, ce lieu d'accueil devrait permettre :
Sa réalisation devrait être le fruit d'une vraie concertation entre tous les partenaires concernés afin de résoudre ensemble les problèmes posés, qu'ils soient d'ordre juridique, financier ou ayant trait à son insertion dans la cité L'ouverture d'un lieu d'accueil avec possibilité d'injection devrait permettre d'améliorer sensiblement la situation physique et mentale des consommateurs de drogue décrits précédemment et contribuer à réduire le nombre d'injections "sauvages". Elle s'inscrit en tout cas parfaitement dans notre politique de réduction des risques (seuil bas). 3.2 L'avis du Grand Conseil La prise de position de la commission mixte en matière de toxicomanies, débattue au sein de la commission des affaires sociales et de la commission de la santé, a conduit au vote, le 18 mai 2000, de la motion M 1332. Cette motion invite le Conseil d'Etat "à mettre à disposition le plus rapidement possible un nombre adéquat de lieux d'accueil avec espace d'injection offrant aux usagers un encadrement, un lieu d'orientation pour des cures et thérapies, une aide à la survie, une prévention en matière de risques, ainsi qu'un service de soins". 3.3 Le mandat d'expertise Conscient de l'importance du problème et entendant disposer des éléments pouvant lui fournir une approche globale de la situation lui permettant d'aboutir à une solution concrète, le Conseil d'Etat, par l'intermédiaire du département de l'action sociale et de la santé, a confié, le 8 mai 2000, au Dr D. Hausser, collaborateur de l'EPFL (IREC), le mandat :
Le texte du rapport d'expertise, remis en décembre 2000, sera intégralement publié dans les Cahiers de l'action sociale et de la santé. 3.4 La décision du Conseil d'Etat Après avoir fait analyser le rapport d'expertise par les services spécialisés - qui valident les recommandations de l'expert à l'exception de celles qui concernent la lutte contre l'alcool, qui dénotent une méconnaissance du travail effectué par le réseau genevois d'alcoologie - le Conseil d'Etat s'est déterminé au cours de sa séance du 16 mai 2001. Décidant de développer les programmes dits de "seuil bas" - qui offrent une aide médicale et sociale de base aux personnes toxicomanes -, le Conseil d'Etat, tenant compte des recommandations de la commission mixte en matière de toxicomanies et de la motion votée par le Grand Conseil, a décidé d'autoriser l'ouverture, à titre expérimental, pour une durée d'une année, 7 jours sur 7, dès le 1er juillet 2001, d'un lieu d'accueil, avec espace d'injection, destiné uniquement aux adultes. Sous la supervision de la direction générale de la santé, la gestion de ce lieu d'accueil avec espace d'injection sera confiée au groupe Sida Genève, dont la subvention sera augmentée à cet effet. Enfin, le Conseil d'Etat a décidé de confier l'évaluation de la mise en place et du fonctionnement de ce lieu d'accueil au professeur F. Paccaud, directeur de l'Institut universitaire de médecine sociale et préventive de Lausanne, qui est également chargé de procéder à l'évaluation des programmes analogues situés en Suisse alémanique. Il rendra son rapport sur les 12 premiers mois en septembre 2002. Au cours des ces 25 dernières années, la politique en matière de toxicomanies, conduite par le Conseil d'Etat et le Grand Conseil, a reposé sur une approche, convergente et intégrée, des différentes fonctions de l'Etat (prévention, action thérapeutique, action sociale, répression). Sans provoquer de polémiques sévères ou d'affrontements partisans sur ce sujet douloureux, cette politique - confirmée clairement par la population genevoise lors de 3 votations fédérales en 1997, 1998 et 1999 - a permis d'apporter les différentes adaptations rendues nécessaires par l'évolution de la situation. C'est ainsi que le Conseil d'Etat a pu introduire :
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