Depuis
larrivée des trithérapies, plusieurs journaux tant
scientifiques que populaires, ont fait état dun relâchement
dans les précautions prises pour diminuer la transmission sexuelle.
En septembre 2001, lOffice fédéral de la santé
publique a publié une mise en garde concernant une recrudescence
des nouvelles infections à VIH diagnostiquées en Suisse
durant les premiers mois de lannée 2001.
Dans ces conditions, il nous a paru utile de réunir les données
disponibles dans notre ville. Comment la situation se présente-t-elle
au niveau des organisations qui luttent pour la prévention du
VIH ? Que disent les statistiques sur la fréquence des maladies
sexuellement transmises en général, et du VIH en particulier
?
Recrudescence du VIH/SIDA à Genève
: mythe ou réalité ?
Hirschel, avec l'aide de du Dr P. Sudre (Service du médecin cantonal),
B. Arzel et M. San Martin (cours de Santé communautaire)
La figure 1 montre le nombre de nouveaux cas de séropositivité
VIH découverts à Genève. On voit une diminution
importante au début des années 1990, puis une stabilisation
depuis 1998.
 |
Parmi les environ 100 cas découverts par an à Genève,
la distribution géographique des patients change. Il y a une
diminution relative des Suisses, dont la proportion passe de 64 à
45% entre 1990 et 2001, et une proportion augmentée des patients
dorigine africaine avec transmission par voie hétérosexuelle
(13,8% en 1990, 40,8% en 2001).
En cela, les nouveaux cas diagnostiqués à Genève
reflètent lépidémie mondiale, avec un contrôle
relatif dans les pays riches, mais une augmentation des cas dans les
pays au sud du Sahara.
La figure 3 montre la contribution relative des divers groupes de transmission.
La transmission sexuelle (hétéro- et homosexuelle) est
maintenant responsable de la presque totalité des cas, car la
prévention de linfection a été particulièrement
efficace chez les toxicomanes.
 |
Nous avons pris un soin particulier à comparer les premiers 9
mois des années 2000 et 2001, au vu de lannonce de lOFSP
parlant dune augmentation. Comme le montre la figure 3, ni le
laboratoire central de virologie de lHôpital cantonal, ni
lOFSP ne démontrent une telle augmentation à Genève.
Concernant le problème particulier des toxicomanes, signalé
dans lannonce de lOFSP en septembre, il y a eu à
Genève 4 nouveaux cas en 2000 et 3 en 2001.
Les infections nouvellement découvertes ne sont pas forcément
des infections récentes ; un patient a très bien pu être
infecté en 1990 et nêtre dépisté quen
2001. Il existe cependant des cas dinfections aiguës à
VIH, auxquels nous nous intéressons particulièrement à
Genève.
Le nombre de ces patients, que nous avons inclus dans nos études
de traitement, na pas non plus augmenté depuis 1997, comme
le montre la figure 5.
 |
Quant aux maladies sexuellement transmises, nous disposons de chiffres
fiables pour la syphilis (Clinique de dermatologie) et la gonorrhée
(statistiques tenues par lOffice fédéral de la santé
publique). La figure 6 montre que ni lune ni lautre de ces
maladies na récemment augmenté.
Il y a cependant une ombre à ce tableau globalement rassurant,
qui est représentée par la figure 7 : on y voit le nombre
de séjours de patients VIH-sida dans les cliniques de médecine
des HUG. Ce nombre a dabord fortement diminué, avec larrivée
des trithérapies entre 1995 et 1997.
Depuis, il y a de nouveau une augmentation. Comme le montre la figure
8, le nombre de nouveaux patients hospitalisés na cependant
pas augmenté.
 |
Il faut en conclure que la plupart des hospitalisations sont celles
de patients que nous connaissons depuis des années ; il ne sagit
donc pas de nouvelles infections.
Pourquoi cette augmentation des hospitalisations ?. Les raisons sont
probablement multiples : certains patients souffrent dautres maladies
plus ou moins associées au VIH, par exemple des maladies du foie,
telles que lhépatite C ; chez dautres encore, leffet
de la trithérapie sestompe ou na jamais été
parfaite.
En conclusion : nous ne voyons pas d'évidence, à l'heure
actuelle, pour une recrudescence des infections VIH à Genève.
Le nombre des infections nouvellement dépistées a diminué
entre 1990 et 1997, puis s'est stabilisé.
En grande partie, les infections découvertes récemment
se sont produites à l'étranger, hors de la portée
de nos efforts de prévention. Pour ce qui est des infections
indigènes, cest toujours la population homosexuelle qui
reste la plus touchée. C'est donc là que lon devrait
promouvoir des efforts supplémentaires de prévention.
Christopher Park, Dialogai
Bien
que l'augmentation dont parle l'OFSP ne se traduit pas encore en chiffres
à Genève, il n'y a pas non plus de raison de relâcher
le message de prévention envers les hommes homosexuels multipartenaires.
L'accessibilité des préservatifs, la continuité
du message "safer sex", le soutien et le conseil aux hommes
gais face à leur santé feront, comme toujours, partie
de l'offre faite par Dialogai à la communauté gaie de
Genève.
Les chiffres concernant l'augmentation des hospitalisations en clinique
de médecine démontrent que l'efficacité des thérapies
anti-sida est limitée; une conscience plus grande de ce fait
doit être suscitée dans les groupes vulnérables
comme les hommes gais multipartenaires.
Des
progrès historiques ont été réalisés
cette année à Genève pour la reconnaissance des
unions homosexuelles par l'intermédiaire du partenariat genevois.
Nous souhaitons que cela ne soit qu'un début et que disparaîssent
peu à peu toutes les discriminations en fonction de l'orientation
sexuelle.Mais beaucoup de gais perçoivent encore l'homophobie
dans la société: à l'école, au travail,
parfois même dans le cabinet du médecin et leur estime
pour eux-mêmes en est affectée.
Nous croyons qu'il y a un rapport à développer entre ce
manque d'estime de soi et le désir de se protéger du VIH
et des IST.
Pour l'année à venir, nous espérons pouvoir améliorer
notre travail de sensibilisation et de responsabilisation des hommes
gais face à leur santé, mais aussi sensibiliser diverses
professions, dont celles de la santé physique et mentale, aux
besoins du patient gai.
Dialogai espère que ce travail en profondeur sur la santé
et le mieux-être gai renforcera la vigilance et la solidarité
de la communauté homosexuelle face au sida et aux autres maladies
sexuellement transmises.
Pour
plus d'informations sur le sujet : http://www.aids.ch/pdf/WATDossierfr.pdf
Pour
les détails du programme de la journée du 1er décembre
: http://www.hivnet.ch/gsg/