La loi
8834 poursuit un objectif fort louable, que chacun
peut partager : lutter contre l’alcoolisme,
notamment auprès des jeunes. Elle part du
constat que ces derniers sont de plus en plus nombreux
à consommer de l’alcool, et plus particulièrement
des alcopops, boissons sucrées contenant
de l’alcool fort.
En réponse à ce phénomène
inquiétant, la loi 8834 propose d’interdire
la vente de tous les types d’alcool (bière
et vin y compris) dans les shops des stations-service
et dans les vidéoclubs, à tous, majeurs
ou mineurs.
S’il ressort de l’intérêt
public de lutter contre la consommation excessive
d’alcool chez les jeunes, la question est
de savoir si une solution aussi extrême constitue
la réponse adéquate. Aussi nobles
soient les intentions des auteurs de la loi, force
est de constater que cette modification législative
introduirait une interdiction pénalisant
tous les consommateurs, qui ne changerait malheureusement
en rien la situation actuelle.
En effet, la législation fédérale
interdit déjà la vente d’alcool
fermenté (comme la bière ou le vin)
aux jeunes de moins de 16 ans, ainsi que la vente
d’alcool distillé (alcool fort) aux
mineurs de moins de 18 ans. Celle-ci s’applique
également à Genève. Or, personne
ne veille au respect de cette loi dans notre canton.
Aucune amende n’a du reste été
infligée durant ces 10 dernières années,
pour vente ou remise illégale d’alcool
à des mineurs. Avant
de procéder à une nouvelle interdiction
– une de plus! -, les autorités doivent
tout mettre en oeuvre pour appliquer les lois existantes!
Elles en ont les moyens.
De plus, le fait d’interdire l’achat
d’alcool uniquement dans les stationsservice
et magasins de vidéo ne
supprimera pas l’accès des jeunes aux
alcopops ou autres boissons alcoolisées.
Ils pourront toujours s’en procurer dans d’autres
commerces, que ce soit en grandes surfaces durant
la journée ou dans les petits commerces de
dépannage jusqu’à 21 heures,
dimanche compris. Si la seule solution pour éviter
les problèmes d’alcool pour les jeunes
était de leur en interdire l’accès,
il aurait fallu l’imposer à tous les
commerces et entrer dans un régime de prohibition
totale, dont l’inefficacité a déjà
été prouvée à maintes
reprises.
En interdisant la vente d’alcool uniquement
dans les stations-service et dans les vidéoclubs,
non seulement on n’atteint pas le but visé
par la loi et on crée en plus une inégalité
de traitement injuste et injustifiée entre
les commerçants. Ce n’est certainement
pas en prenant une mesure discriminatoire à
l’égard d’un seul type de commerce,
en violant le principe constitutionnel qu’est
la liberté économique, que le but
des législateurs sera atteint.
Manifestement, la loi
révisée n’est qu’un leurre,
qui ne permet pas de résoudre le fléau
de la consommation d’alcool chez les jeunes.
Au contraire, elle pourrait même conduire
au sentiment erroné que le problème
a été réglé, sans qu’il
n’en soit rien dans la réalité,
ce qui pourrait même être contre-productif
et dangereux.
S’il n’existe sans doute pas de solution
miracle et unique qui permette de résoudre
le problème de la consommation excessive
d’alcool, différentes
actions peuvent être menées avec davantage
de succès que la mesure proposée.
En premier lieu appliquer la loi déjà
existante en instituant des contrôles sérieux
par les autorités.
Les commerçants, concernés par l’attrait
que peut exercer l’alcool auprès d’un
jeune public, ont déjà pris les devants,
puisqu’ils mènent des campagnes de
sensibilisation sur ce thème. Ainsi à
Genève, les gérants de shops de stations–service
ont lancé une importante campagne d’information
auprès de leurs employés et ont édité
à leur attention une brochure explicative
relative aux dispositions légales dans le
domaine de la vente d’alcool. Cette campagne
s’accompagne d’une information à
la clientèle mettant en évidence les
âges limite pour la vente d’alcool distillé
et fermenté. Des actions sont donc entreprises
pour freiner la consommation d’alcool, actions
peutêtre moins spectaculaires que l’interdiction
proposée, mais autrement plus efficaces.
Il faut également relever que les autorités
fédérales se préoccupent sous
bien des aspects, du problème de l’alcool
chez les jeunes. Des mesures ont été
prises, notamment en obligeant les fabricants à
indiquer sur les bouteilles d’alcopops la
mention «boisson sucrée alcoolisée
» ainsi que le volume d’alcool. Enfin,
un débat a actuellement lieu pour quadrupler
les taxes frappant ce type de produit afin d’en
dissuader l’achat par les jeunes.
Cette loi propose donc de fausses bonnes solutions,
au mépris de libertés constitutionnelles,
et n’atteint pas la cible visée, au
contraire d’une application stricte de la
loi existante.
Enfin, cette loi menace
l’existence des shops de stations-service
et privera, si elle devait être acceptée,
les Genevois d’un
service apprécié. Les shops
constituent en effet des commerces d’appoint
et de secours fort utiles et prisés des consommateurs.
Ils sont près de 35 000 à les fréquenter
quotidiennement. Le rôle de ces magasins est
certes très différent de celui des
commerces traditionnels (les sommes dépensées
sont sans commune mesure), mais ils n’en sont
pas moins indispensables. Qui n’a pas un jour
profité de leurs services pour acheter le
dessert manquant au repas familial, le «blanc»
indispensable à la fondue conviviale, ou
encore une bouteille destinée aux hôtes
chez qui l’on est invité?
Sans compter que, d’un point de vue économique,
les shops représentent un intérêt
incontestable pour notre canton. Ils offrent des
emplois à plus de 600 personnes, dont plus
de la moitié à plein temps. Mettre
en danger les shops, c’est aussi mettre en
danger ces emplois. Cela est d’autant moins
acceptable que Genève traverse une période
de chômage particulièrement aiguë.
La menace ne pèse pas seulement sur les employés
des shops, elle concerne également d’autres
secteurs qui doivent déjà affronter
une très vive concurrence. Ainsi, par exemple,
les shops permettent à nos vignerons genevois
de vendre chaque année quelque 200 000 bouteilles,
dégustées par des épicuriens
avertis. C’est donc également un canal
de distribution non négligeable qui est ainsi
menacé.
Nous vous recommandons par conséquent
de voter NON à une loi hypocrite, contre-productive,
injuste et qui restreint une nouvelle fois vos libertés. |