La recherche scientifique et les pratiques cliniques confirment l’impact positif de l’art sur la santé physique et mentale. En ville de Genève, musées, thérapeutes et institutions collaborent pour promouvoir le pouvoir de la culture sur le bien-être.
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Cette démarche s’inscrit dans une volonté politique de faire évoluer le musée comme espace accueillant et inclusif (le "caring museum") qui explore la dimension thérapeutique de l’institution ("cure", "muséothérapie").
Initiatrice des ordonnances muséales alors qu’elle dirigeait le Musée des Beaux-Arts de Montréal en 2018, Nathalie Bondil a encore rappelé récemment au journal La Liberté que: "Ce concept est né d’un double constat scientifique. Le musée modifie notre flow cérébral en nous incitant à ralentir; par ailleurs la confrontation à une œuvre d’art nous procure, consciemment ou non, une émotion esthétique qui stimule notre plasticité cérébrale et favorise la sécrétion d’hormones endogènes comme la dopamine ou l’ocytocine, entre autres".
Dans cette optique, le musée se transforme comme un espace de vie, de soin, de ressourcement de d’inclusion. Il conserve son rôle central d’institution culturelle de référence, dont la mission est de conserver et d’étudier un patrimoine culturel, mais mobilise celui-ci comme ressource éducationnelle, relationnelle et curative.
Ordonnances muséales
Imaginées au Québec en 2018 puis testées au Musée Ariana depuis 2022, les ordonnances muséales s’étendent à l’ensemble des musées publics de la Ville, à des réseaux de soins partenaires, notamment les HUG, l’Association des Médecins du Canton de Genève (AMGe) et ArSanté, mais également à toute profession de la santé dans l'optique de proposer cet outil thérapeutique supplémentaire à leur patientèle.
Très efficace pour la santé mentale, (prévention, réduction du stress, stimulation cognitive, inclusion sociale) ou pour la rééducation cardiaque par exemple, la prescription médicale d’une visite au musée constitue une approche innovante de la santé. Elle ne remplace pas la médecine conventionnelle mais accompagne un parcours un processus de guérison en l'inscrivant dans une perspective plus large, holistique, du soin.
Résidences d’art-thérapie
Les musées publics de la Ville de Genève soutiennent un projet-pilote de résidences d’art-thérapeutes. Pensé comme une collaboration entre les équipes des différents musées et les thérapeutes, ce projet propose des activités dédiées à des publics diversifiés à partir de l’automne 2025.
Fruit d’un partenariat avec l’ARAET (association professionnelle romande arts, expression et thérapie), ces résidences s’adressent à des publics larges et entendent tester l’intérêt et la pertinence de la présence d’art-thérapeutes au sein des institutions patrimoniales de la Ville.
Ainsi, le Musée Ariana, le MAH, le MEG, le Musée d’histoire des sciences, le Jardin botanique et le Fonds municipal d’art contemporain (FMAC), accueilleront en résidence un ou une art-thérapeute avec qui ils co-construiront un projet spécifique qui sera proposé au public entre septembre et décembre 2025.
Musée d'art et d'histoire
Le Musée d'art et d'histoire de Genève ouvre ses portes aux ateliers thérapeutiques "Tango & Santé" mêlant la danse du tango argentin et la découverte d'œuvres d'art. Se déroulant chaque fois dans une salle différente et s’appuyant sur l’observation d’œuvres d’art, ils reposent sur des thématiques qui font écho tant à la danse qu’aux œuvres du musée, qui résonnent avec des enjeux liés à la santé et au bien-être (le regard, les sentiments, le changement d’état, la respiration etc.). Ils s'adressent aux personnes souffrant de troubles neurologiques (Parkinson, Alzheimer, post-AVC et autres maladies du mouvement) et à leurs proches-aidants. Avec Claire Rufenacht (danse-thérapeute) Pedro Ratto (danseur) et Murielle Brunschwig (médiatrice culturelle).
Musée Ariana
L’art-thérapeute Claudia Menzago Longchamp co-construit un programme de muséothérapie dédié aux proches aidantes et aidants et des personnes touchées par une forme de démence (Alzheimer ou autre démence apparentée). Le musée deviendra ainsi un tiers-lieu de ressourcement, d’échanges et de bien-être autour des collections.
Musée d'ethnographie de Genève
La physiothérapeute Patricia Oguey et la médiatrice Ana Luisa Castillo conduisent des ateliers visant à transformer certains mécanismes liés au racisme — hypervigilance, sur-adaptation, sentiment d’infériorité — en favorisant l’autonomie et l’estime de soi. Ce parcours s’appuie sur l’histoire coloniale et décoloniale du musée et sur ses collections. Il est destiné aux personnes racisées et les invite à redevenir acteurs et actrices de leur vie.
Conservatoire et Jardin botaniques de Genève
Lara Kaynak Kuhn propose les ateliers "Jardins éphémères", pensés pour les personnes ayant subi une lésion cérébrale. Chaque séance s’ouvre sur une promenade sensorielle au cœur du jardin, avant de se prolonger par un atelier créatif où, à travers diverses techniques, chacune et chacun réalise son propre jardin éphémère.
Musée d’histoire des sciences
En lien avec l’exposition "Anatomie", Evelyne Brügger propose des ateliers d'art-thérapie "End'ose" qui s'adressent aux personnes souffrant d'endométriose ou de SPM invalidants.
Fonds municipal d'art contemporaine (FMAC)
Dans le cadre de l'exposition "Vision" au FMAC, Khadija Nadji Reynes, art-thérapeute, invite les participantes et participants à explorer leur créativité comme un chemin de bien-être et d'expression personnelle. En écho à cette exposition qui met en lumière la diversité des regards, l'atelier valorise la singularité de chaque voix et contribue à construire un espace d'inclusion, de visibilité et de reconnaissance où la création devient un moyen de faire société ensemble.
Article modifié le 28.10.2025 à 11:57