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Les « vacations » (vacances) du Collège de Genève, loin d’être de simples congés scolaires, révèlent l’organisation sociale, religieuse et agricole de la cité au XVIᵉ siècle. Leur évolution éclaire la manière dont Genève a façonné son calendrier éducatif au fil des siècles.
La réponse a été mise à jour le 8 mai 2026
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Tout comme l’enseignement du Collège de Genève, les « vacations » sont décrites dans L'Ordre du College de Geneve : Leges Academiae Genevensis (disponible en ligne sur Google books), règlement publié en latin et en français en 1559, soit l’année de la création de cet établissement. Dans la réédition de la version française de 1859, on peut voir qu’un article du règlement est intitulé « Des vacations ». Il contient deux dispositions :
« Qu’au te[m]ps de venda[n]ge on don[n]e vacation de trois septmaines pour toute l’Eschole.
Que les premiers vendredis de chasque mois les Lecteurs publics ayent vacations l’apresdisnee, a cause des disputes qui se font en Théologie. »
La première précise qu’un congé de trois semaines est octroyé pendant les vendanges. La seconde est prise pour permettre l’assistance aux disputes théologiques qui ont lieu le premier vendredi du mois. On comprend donc que ces deux dispositions sont distinctes l’une de l’autre.
Selon le glossaire de La base de données de la Genève du 16e siècle les « vaccations », parfois aussi écrites vacations, sont un « espace de temps de travail consacré, par ordre de justice, à une affaire, à l’accomplissement d’une fonction. »
Au sens juridique de l’époque les « vacations » sont donc une permission octroyée pour une activité, en l’occurrence les vendanges, mais elles sont aussi « les seuls congés officiellement accordés au Collège et à l’Académie » à ses débuts, ainsi que le souligne François-Joseph Thévenaz dans son Histoire du Collège de Genève des origines à 1896, à la page 162. Selon les documents administratifs de l’époque, on parle également de « feries » [fériés], c’est-à-dire, selon le glossaire précédemment mentionné de « jour férié, vacances judicaires ».
Gabriel Mützenberg donne un résumé des vacances octroyées aux élèves à Genève au fil du temps et rappelle quelle en est la durée initiale, dans son ouvrage Genève 1830. Restauration de l’école, à la page 177 :
« Les vacances, à l’origine, sont de trois semaines aux vendanges. Le congé des moissons (quinze jours), institué en 1635, supprimé huit ans plus tard, est rétabli en 1704. La liberté du jeudi entier met plus de deux siècles à s’imposer. Les initiatives des régents, qui libèrent leurs élèves quand ils ont quelque importante affaire, sont fort mal vues par la Vénérable Compagnie [des pasteurs]. On les limite en 1599 à un jour en cas de mariage et à trois fois lors des foires. […] On est plus large, en fait de vacances, autour de 1830. »
Dans le tome 2 de l’Histoire de Genève, De la cité de Calvin à la ville française (1530-1813), Corinne Walker précise, à la page 73 :
« La maîtrise du temps est bien sûr liée au statut social de chacun. A côté des ouvriers soumis à la pression de leurs employeurs, des artisans et des commerçants dont les activités varient selon les besoins, les conseils, les cours de justice, le Collège et l’Académie sont en congé et fonctionnent au ralenti deux fois par année, pendant les "feries". Ces périodes sont fixées chaque année par le Conseil selon la date des moissons et des vendanges, pour permettre aux propriétaires de séjourner dans leurs domaines ruraux. »
Dans Histoire de Genève, paru sous la direction de Paul Guichonnet (p. 191-192) on y apprend que le vignoble couvre « la plus grande partie des propriétés bourgeoise autour de la ville, sur les bords du lac et du Rhône et dans les villages de la Seigneurie. Les institutions sont là pour rappeler la primauté viticole dans la vie de la cité. […] Et aussi le branle-bas provoqué par chaque année par les vendanges : vacances pour les collégiens, "fériés" accordés ; les Conseils ne siègent pas ces jours-là, chacun se retirant dans sa "compagne", affairé à la récolte. »
Le règlement du Collège de Genève de 1559, qui est le fait des syndics et du Conseil, tient compte donc de ce besoin et a prévu une disposition spécifique à ce sujet.
Dans le tome VI La science et l’école de l’Encyclopédie de Genève (disponible en ligne), on apprend que le Collège de Genève se caractérise dès sa création par des élèves aux origines diverses et socialement élevées ; ceux-ci sont destinés à occuper des charges publiques ou ecclésiastiques : « l'on voit affluer, deux ans après la mort de Calvin, en 1566, des centaines d'élèves venant de France, des Pays-Bas, des Allemagnes, de plus loin encore et se mêlant, fils de princes, de nobles, de grands bourgeois protestants, aux enfants de la ville. Ils sont alors, en tout, quelque 2.000, et les collégiens entrent à 6 heures en été, à 7 en hiver, travaillant jusqu'à 4 heures de l'après-midi et se formant ainsi au ministère évangélique, au gouvernement civil, au rôle de citoyens conscients et éclairés. »
Il est donc peu probable que le congé des vendanges à cette époque était destiné à ce que des élèves du Collège de Genève puissent participer à des travaux viticoles, comme la cueillette des raisins, durant les vendanges. Toutefois, sans des informations sociologiques plus précises à leur propos, il n’y a pas de certitude à ce sujet.
Les congés en période de vendanges pour les élèves sont maintenus dans les premières décennies du 19ᵉ siècle, ainsi qu’en atteste un règlement sur les collèges de Genève et de Carouge publié en 1836 et intitulé Le règlement sur les collèges de Genève et de Carouge, du 24 août 1836. Cette source précise les congés accordés aux élèves, à l’article 44, alinéa 2 : « Trois semaines au mois d’Octobre, sous le nom de congé des vendanges. »
Relevons encore que le règlement de 1836 s’inscrit dans un mouvement de réforme des établissements de l’instruction publique à Genève qui va se dérouler tout au long du 19ᵉ siècle.
Pour en savoir plus à ce sujet, nous vous recommandons la lecture de :
Des humanités à la culture générale : la reconversion de la formation de l’« élite » à Genève au XIXe siècle de Christian Alain Muller, paru dans Enseignement secondaire, formation humaniste et société XVIe-XXIe siècle : actes du colloque international et pluridisciplinaire tenu à l'occasion du 450e anniversaire de la fondation du Collège de Genève par Calvin, Genève, 23-26 mars 2009 sous la direction de Charles Magnin et Christian Alain Muller
Nous vous signalons également les ouvrages suivants susceptibles de vous intéresser :
- De la vigne et des vins genevois de Jean Lamotte, en particulier La vigne à Genève, une vieille histoire, p. 7-10
- L’Economie genevoise, de la Réforme à la fin de l’Ancien Régime XVIe-XVIIIe siècle d'Anne-Marie Piuz et Liliane Mottu-Weber
- De l’épi à la grappe. Contribution à une histoire du climat à Genève : XVIIe et XVIIIe siècle de Dominique Zumkeller, paru dans Mélanges d’histoire économique offerts au professeur Anne-Marie Piuz en 1989 études réunies par Liliane Mottu-Weber et Dominique Zumkeller
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