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En 1925, à Genève, la boucherie du Molard présentait des "Bœufs de Pâques". D'où vient cette tradition et existe-t-il encore de tels défilés de nos jours en Suisse ?
La réponse a été mise à jour le 27 mai 2026
Bonjour,
Nous vous remercions d'avoir fait appel au service Interroge, voici le résultat de nos recherches :
Maguelonne Toussaint-Samat parle dans son livre Histoire naturelle et morale de la nourriture du bœuf gras et explique qu'« on a été tenté de considérer comme une résurgence des cultes antiques le bœuf gras que l'on promena pendant les fêtes de carnaval dans toute l'Europe occidentale, à partir du XIIe siècle jusqu'à nos années trente. Le bœuf était partout orné de rubans, de fleurs, de cocardes, parfois même doré… […] Il ne faut voir dans le bœuf gras que l'exhibition de l'emblème vivant de la corporation des bouchers. A carnaval, courte mais magnifique période de bombance carnée, les fournisseurs de viande se voyaient à l'honneur mais entendaient bien profiter des liesses générales, par le moyen de cette promenade publicitaire de leur chef-d'œuvre : le plus beau et le plus gras des bœufs. […] La tradition du bœuf gras est un des rares folklores purement urbains. »
Si dans un premier temps, cette tradition est liée à la période du carnaval jusqu'à la Révolution, nous apprenons dans l'ouvrage Fêtes de la table et traditions alimentaires de Nadine Cretin que « le cortège gras reprit en 1805, s'enrichissant de nouveaux chars chaque année dans les régions d'élevage, particulièrement dans la première décennie du XXe siècle. La sortie pouvait également avoir lieu à la Mi-Carême, aux Rameaux, la semaine avant Pâques (le "bœuf gras" se nommait alors le "bœuf pascal") ou même à la Fête-Dieu. »
Grâce à la Médiathèque Valais, nous trouvons des images témoignant de cette pratique à Monthey entre 1908 et 1930.
À Genève, cette photographie de Frank Henri Jullien, datant d’avril 1925, conservée au Centre d’iconographie genevoise, témoigne de la popularité de cette tradition soignée par la Boucherie du Molard.
Les Archives de la RTS nous offrent une immersion visuelle avec cette courte vidéo Cortège des bœufs de Pâques à Moudon, diffusée le 6 avril 1971 dans l’émission Courrier romand. A ce propos, il est précisé que « Cette tradition, [...] a perduré jusque dans les années 1980. »
Pourtant, récemment, il semble que cette tradition reprenne, comme par exemple à Payerne : « on a promené les bœufs pascaux jusqu'au milieu du siècle dernier », raconte Rémi Gilliand dans le journal La Broye dans l'article La tradition renouvelée des bœufs de Pâques, paru le 1er avril 2021 :
« Les agriculteurs promenaient leurs bêtes, tandis qu'ils étaient rejoints par les bouchers du lieu. Après la période maigre de carême, le bœuf marque la rupture du jeûne et l’abondance de chair lors du repas de Pâques. Il est alors courant, du moins à l’époque, de cuisiner le pot-au-feu, appelé bouilli par chez nous. Même si ce mets a parfois été délaissé au profit de l’agneau pascal. Cette année (2021), les bouchers payernois et corçallins ont décidé, avec la complicité de quelques éleveurs, de remettre cette tradition au goût du jour. »
La Tribune de Genève nous apprend dans l'article Viande genevoise : nos chairs amies du 26 mars 2016 que « Depuis quelques années, en partenariat avec la Boucherie du Molard, les Desbiolles ont renoué avec la tradition du bœuf de Pâques, engraissé et abattu pour la table pascale. Celui-là même qui était promené naguère en ville avant de passer à la casserole. La modernité a eu raison de cette charmante tradition. Dommage. On aurait rêvé de voir une aubrac parader dans les Rues-Basses. »
Malgré nos recherches dans la presse locale, nous n’avons pas trouvé d’autres informations témoignant de cet évènement récemment.
Si vous souhaitez approfondir le sujet, voici ci-dessous quelques références supplémentaires :
Le bœuf de pâques et la « vache qui rassure » : stratégies d’identification et de promotion de la viande bovine Aubrac d'Anne-Marie Brisebarre, paru en 1998 dans le Journal des Anthropologues
Le bœuf : histoire, symbolique et cuisine d'Alain Raveneau et Michel Pastoureau
Pour une histoire de la viande de Bruno Laurioux et Marie-Pierre Horard
N'hésitez pas à nous recontacter pour toute autre question.
Cordialement,
La Bibliothèque du Musée d'ethnographie de Genève
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