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Quelle est l'histoire du Jet d'eau ?
La réponse a été mise à jour le 21 février 2024
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Bonjour,
Nous vous remercions d'avoir fait appel au service Interroge, voici le résultat de nos recherches :
Plusieurs théories ont été avancées au sujet de l'origine du Jet d'eau. Ainsi dans le livre Genève et son jet d'eau d'Henri Rossier, nous apprenons ceci (nous trouvons une partie de cet ouvrage en ligne sur le site de l'éditeur Cabédita) :
« Le jet d’eau de la Coulouvrenière en 1886
C’était, tout simplement, la soupape de sécurité de l’usine des forces motrices, pourvoyeuse de l’eau sous pression qui actionnait les machines des artisans et des industriels. Tous les soirs, et particulièrement le samedi, quand chaque atelier fermait ses vannes, la pression augmentait dangereusement dans le réseau. Pour pallier cet inconvénient, on décida de laisser s’échapper cette eau en l’air à partir d’une buse installée devant l’usine. Ce jet d’eau, d’une trentaine de mètres de haut, devint vite un but de promenade dominicale très apprécié des Genevois.
Le premier Jet d’Eau de la rade en 1891
L’électricité a remplacé la force hydraulique et le jet d’eau de la Coulouvrenière a perdu sa raison d’être. Les Genevois, qui regrettaient son spectacle hebdomadaire, décidèrent d’en établir un plus grand dans la rade, à l’emplacement qu’il occupe aujourd’hui. Construit selon le principe des vases communicants, l’eau, stockée dans le réservoir de Bessinge sur la colline de Cologny, s’écoulait par une conduite forcée de 50 cm de diamètre jusqu’à la base du Jet d’Eau, pour jaillir dans le ciel à une hauteur de 90 mètres. Ce Jet d’Eau fut inauguré au mois de juillet 1891 pour la Fête fédérale de Gymnastique. Quelques semaines plus tard, le dimanche 2 août, il émerveillait les participants au 600ᵉ Anniversaire de la Confédération avec ses quatre jets obliques entourant le jet principal. La nuit, il était parfois éclairé par des projecteurs rouges, violets, verts et jaunes.
Le Jet d’Eau aujourd’hui
Dès 1951, le Jet d’Eau est alimenté par deux groupes de motopompes totalisant 1000 kW et propulsant, chaque seconde, à une vitesse de 200 km/h, 500 litres d’eau puisée directement dans le lac. Il culmine à 140 mètres de haut. La nuit, 12 projecteurs d’une puissance totale de 9000 watts lui assurent sa blancheur resplendissante. »
L'article L’histoire officielle du Jet d’eau remise en question, publié le 19 août 2023 de la Tribune de Genève, nous apprend néanmoins ceci :
« L’histoire officielle du Jet d’eau ne tord-elle pas légèrement le cou à la réalité ? La question s’impose au terme de la lecture d’un article publié dans la revue spécialisée Historismus par l’historien de l’art David Ripoll [De la machine hydraulique au Jet d’eau : l’innovation technique entre dissimulation et exhibition (Genève, 2e moitié du 19e siècle)]. Travaillant sur les questions de patrimoine pour le Canton et la Ville de Genève, le spécialiste de l’architecture du XIXe siècle remet en question la version officielle relatant la naissance de l’attraction touristique majeure. [...]
L’histoire officielle retient que la propulsion d’eau dans les airs est une solution technique permettant de contrôler la pression, chaque soir, lorsque les besoins des usines alentour s’abaissent. Puis, ce jet d’eau fonctionnel serait devenu une attraction, si bien que les autorités décident de le déplacer dans la rade en 1891 et d’augmenter la pression afin de lui faire atteindre plus de cent mètres de hauteur.
"Cette version canonique de l’origine technique, je la connaissais comme tout le monde", débute David Ripoll. Mais dans le cadre de ses recherches, l’historien va découvrir qu’aucune source ne l’atteste. En parcourant les rapports de Théodore Turrettini, il ne trouve pas de mention d’une quelconque soupape servant à évacuer la pression excédentaire à la Coulouvrenière.
L’historien déniche en revanche des articles de presse sur l’inauguration du Jet d’eau. Déjà, sa seule vocation est spectaculaire. "La photographie la plus connue du premier Jet d’eau ne montre pas le jaillissement d’une eau excédentaire comme on l’a cru, mais une gerbe délibérément produite pour un événement précis, à savoir l’inauguration le 17 mai 1886 du premier tronçon du nouveau bâtiment des forces motrices à la Coulouvrenière, écrit-il dans son article. À midi pile, rapporte la presse, une foule considérable assiste à l’apparition d’un Jet d’eau de 70 m de hauteur, venu annoncer que les pompes étaient bien réellement en marche et que l’œuvre que le peuple genevois avait réclamée était faite et bien faite."
En d’autres termes, le Jet d’eau a d’emblée été pensé comme un "feu d’artifice visuel". [...]
À ce stade, l’étude de David Ripoll n’a pas atteint le grand public. Elle n’a conduit ni les Services industriels de Genève (SIG), dépositaires du Jet d’eau, ni Genève Tourisme à modifier la manière de raconter l’histoire de l’attraction dominant la rade.
Reste alors à se demander pourquoi le récit d’une soupape transformée a posteriori en show quasi permanent s’est imposé durant plus d’un siècle. De son côté, David Ripoll peut seulement émettre une hypothèse. "L’idée qu’un objet fonctionnel puisse être beau est thématisée au XXe siècle. Cette tendance a probablement orienté l’histoire du Jet d’eau et celle-ci s’est peut-être diffusée sans que personne ne vérifie les sources", dit-il. Une idée reçue, donc ? "Peut-être. Et le travail de l’historien consiste précisément à les remettre en question". »
Nous trouvons trace d'un article publié le 18 mai 1886 dans le Journal de Genève intitulé Inauguration des forces motrices du Rhône, sous le chapitre L'illumination :
« Dès 7 heures et demie une foule considérable s'était portée sur le pont de la Coulouvrenière, sur la place des Volontaires et sur les quais avoisinant le nouveau bâtiment des turbines. Ce dernier avait reçu pendant toute l'après-midi de nombreux visiteurs qui ont beaucoup admiré la halle des machines et les grandes pompes. Le public n'a fait qu'augmenter jusqu'à neuf heures ; depuis ce moment on pouvait à peine circuler, mais grâce aux précautions prises et aux efforts de MM. les sauveteurs auxiliaires on n'a pas eu d'accident à déplorer. A huit heures et demie nos trois musiques militaires, la Fanfare municipale, la Landwehr et l'Elite sont arrivées et ont pris place devant la machine hydraulique à vapeur, le bâtiment des turbines et sur le quai de St-Jean, où elles ont joué pendant une heure aux applaudissements de la foule. Les édifices municipaux étaient garnis de lanternes vénitiennes et sur le bras gauche du Rhône circulaient quelques bateaux également illuminés ; le bâtiment des turbines, dont l'intérieur était éclairé à la lumière électrique, formait le fond du tableau. Vers neuf heures les pompes, qui avaient cessé leur travail dans la soirée, ont de nouveau été mises en marche et le gigantesque jet d'eau élevait sa gerbe étincelante qui, poussée par le vent du Midi, retombait en poussière. Un splendide clair de lune ajoutait un attrait de plus à ce spectacle que les feux de bengale allaient bientôt rendre plus brillant encore. »
Les SIG, propriétaires et exploitants du Jet d’Eau, proposent une page intitulée Jet d'eau : un symbole riche en histoire contenant des informations.
Nous espérons que ces éléments vous aideront dans votre recherche. N'hésitez pas à nous recontacter pour tout complément d'information ou toute autre question.
Cordialement,
Service de référence en ligne des bibliothèques de la Ville de Genève
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