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Quelle est l’origine des termes "sciences dures" et "sciences molles" pour distinguer les sciences exactes des sciences humaines ?
La réponse a été mise à jour le 6 mars 2023
Bonjour,
Nous vous remercions d'avoir fait appel au service Interroge, voici le résultat de nos recherches :
Les termes « sciences dures », « sciences molles » trouvent leur origine dans la langue anglaise, comme nous l’apprend l’article « Science » du Dictionnaire historique de la langue française, dans lequel on peut lire :
« […] Un autre calque de l'anglais produit les expressions récentes sciences dures (sciences exactes, déductives ou hypothético-déductives) et sciences molles (les sciences humaines lorsqu'elles ne recourent ni au calcul ni à l'expérience) […]. »
Dans son article intitulé Hard science, soft science : a political history of a disciplinary array , publié en juin 2022 dans la revue History of Science, l’historien et sociologue des sciences Steven Shapin s’est efforcé de retracer l’apparition et les utilisations de termes « hard science » et « soft science ». On y lit ceci une fois traduit en français :
Les n-grammes de Google pour les termes "hard science" et "soft science" [...] se suivent de près - des indications grossières et imparfaites, mais suggestives, qui montrent un faible usage avant 1960 environ, une forte hausse par la suite, un pic autour des années 1990, et une apparente stabilisation, voire un déclin, vers le présent. La distinction est clairement apparue aux États-Unis et, quel que soit le moment où elle a été utilisée pour la première fois, elle est devenue un lieu commun dans les quelques décennies qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale [...]. J'ai peut-être découvert la première, ou du moins l'une des premières, invocations de la distinction science dure-science douce dans quelque chose qui ressemble à sa forme moderne. En 1945, Gano Dunn, un ingénieur industriel politiquement actif, s'adressait à l'association professionnelle des ingénieurs mécaniques américains, plaidant pour un élargissement de la portée sociale de l'expertise en ingénierie. [...] : En tête de liste viennent les sciences mathématiques, physiques et biologiques, que j'ai pris l'habitude d'appeler les sciences "dures". Cela tient à l'exactitude avec laquelle elles sont capables de prédire les résultats. La prédiction est le test d'une science "dure". Plus loin dans la liste se trouvent les autres sciences que j'appelle les sciences "molles", à savoir l'anthropologie, la psychologie, la sociologie, l'économie, l'histoire et les nombreuses disciplines qui leur sont associées. J'appelle ces sciences molles en raison de leur relative incapacité à prédire. [...] Pour autant que je sache maintenant, la première fois que l'antonyme hard-soft est devenu un sujet d'attention académique focalisée, c'était en 1966. Le sociologue Norman Storer [...] a présenté une communication à un groupe de bibliothécaires médicaux, intitulée "The Hard Sciences and the Soft". Storer commença par noter que le discours sur les sciences dures et douces était déjà courant dans la culture au sens large, présumant que son auditoire était familier avec ces catégories, mais insistant sur leur signification sociologique : "Grâce à une certaine faculté de sagesse populaire, écrit Storer, nous avons trouvé un moyen de caractériser les différentes branches de la science". Les références disciplinaires de base étaient censées être suffisamment claires. Les sciences naturelles étaient dures, les sciences sociales étaient douces, et le point de départ de Storer était présenté comme un lieu commun culturel. […]
Les termes « hard science » et « soft science » ont donc été utilisé pour la première fois dans le domaine académique en 1966, bien qu’ils soient probablement apparus précédemment, tel que l’atteste cet article, dont nous recommandons la lecture si vous êtes familier avec l’anglais.
Il vous est également possible de consulter l’article de Norman D. Storer dont il est fait mention - The hard sciences and the soft : some sociological opbservations - disponible sur le site du National Center for Biotechnology Information de la National Library of Medicine.
En français, nous attirons votre attention sur l’article Scientisme et guerre des sciences de Nicole Delattre, publié en 2010 dans la revue Psychotropes, où l’auteure avance la théorie suivante :
« La métaphore a été forgée d’après la distinction entre le hardware et le software en informatique : les sciences dures concerneraient le hardware (l’équipement matériel du système), les molles le software (les logiciels utilisables par des usagers). Utilisée à propos des sciences, cette distinction établit les sciences molles comme "applications" (au sens informatique) des dures, et implique par conséquent un jugement normatif, tant sur les sciences que sur les chercheurs, les départements universitaires, les structures institutionnelles de recherche. Pourtant, cette distinction qui parle beaucoup à l’imagination, n’existe dans aucune classification dans les universités et les instituts officiels de recherches, et pas davantage dans les allocations budgétaires publiques ou privées. Derrière la facilité d’usage de la métaphore, l’opposition désigne de façon plus factuelle, d’une part les sciences de la nature (physique et biologie) et les sciences formelles (logique, mathématiques, informatique), d’autre part les sciences sociales et les sciences de l’homme. Pourtant, cette opposition peut sembler elle-même datée, dans la mesure où de nouvelles disciplines comme les sciences cognitives ou d’autres plus classiques comme la psychologie, la linguistique, l’économie, voire la neurobiologie (infra), déplacent les classifications traditionnelles. »
Enfin, nous vous recommandons la lecture de l’article Sciences humaines, sciences exactes : antinomie ou complémentarité ? de Céline Bryon-Portet, publié en 2010 dans la revue Communication, qui fait état des rapports qu’ont entretenus les sciences humaines et sociales et les sciences exactes au travers des siècles.
Nous espérons que ces éléments vous aideront dans votre recherche. N'hésitez pas à nous recontacter pour tout complément d'information ou toute autre question.
Cordialement,
Les Bibliothèques municipales de la Ville de Genève
Pour www.interroge.ch
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