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Le site www.cnrtl.fr propose, sous l'onglet "proxémie", une modélisation spatiale des mots. Est-il possible de savoir en fonction de quels critères celle-ci est établie ?
La réponse a été mise à jour le 19 mai 2023
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Bonjour,
Nous vous remercions d'avoir fait appel au service Interroge, voici le résultat de nos recherches :
Sur le site du Centre national de ressources textuelles et lexicales (CNRTL), on trouve l'origine de ce projet Proxémie : « projet Prox du laboratoire ERSS [Équipe de recherche en syntaxe et sémantique]. »
Le site Ressources développées à CLLE de cette équipe propose une page dédiée au projet Prox décrivant le projet ainsi :
« Prox est une méthode stochastique pour l'étude de la structure des grands graphes de terrain (i.e. ges graphes modélisant des données réelles).
Des particules se baladent aléatoirement sur les sommets du graphe étudié en empruntant ses arcs et les dynamiques des trajectoires de ces particules donnent les propriétés structurelles du graphe.
Quand le graphe étudié est construit à partir de ressources linguistiques (corpus et dictionnaires), Prox permet de définir une métrologie lexicale induite par ce graphe : distance, classification, cartographie, navigation.
La méthode Prox est dotée d'une interface de visualisation en ligne. »
Sur la même page, on trouve deux références à des articles :
- Semantic associations and confluences in paradigmatic networks de Bruno Gaume, Karine Duvignau et Martine Vanhove paru en 2008 dans l'ouvrage From polysemy to semantic change : towards a typology of lexical semantic associations aux pages 233-264.
- Balades aléatoires dans les petits mondes lexicaux de Bruno Gaume paru en 2004 dans la revue Information, interaction, intelligence.
À la lecture de ces articles, il apparaît que le fonctionnement d'un tel système repose sur une démarche pluridisciplinaire complexe (mathématique, informatique, linguistique, etc.). Pour rester dans le cadre plus restreint des relations entre les mots, le second article indique ceci au chapitre 5. Les graphes lexicaux :
« Il existe plusieurs types de réseaux lexicaux, suivant la nature de la relation sémantique qui définit les arcs du graphe (les sommets représentant les unités lexicales d’une langue – de quelques dizaines de milliers à quelques centaines de milliers d’éléments, suivant la langue et la couverture du corpus utilisé). Les trois principaux types de relations utilisées sont les suivantes :
– Relations syntagmatiques, ou plutôt de cooccurrence ; on construit une arête entre deux mots si on les trouve dans un grand corpus au voisinage l’un de l’autre (typiquement à une distance maximale de deux/trois mots ou plus) [...]
– Relations paradigmatiques, notamment de synonymie ; à partir de bases de données lexicales, comme le célèbre WordNet (Fellbaum 1999), on construit un graphe dans lequel deux sommets sont reliés par une arête si les mots correspondants entretiennent une relation synonymique [...]
– Relations de proximité sémantique ; il s’agit de relations moins spécifiques qui peuvent prendre en compte à la fois l’axe paradigmatique et l’axe syntagmatique. Nous avons construit un graphe du lexique du Français, en définissant les arêtes de la manière suivante : on construit une arête entre un verbe A et B si l’un est dans la définition de l’autre dans un dictionnaire général (construction du même type que celle décrite dans Veronis & Ide 1990); comme une entrée de dictionnaire général comporte la plupart du temps des définitions, des exemples, des synonymes, et même des antonymes, les arêtes sont alors étiquetées par le type de relation qu’elles représentent : on peut donc, selon les besoins, restreindre le graphe à certaines combinaisons de relations : syntagmatiques et/ou paradigmatiques et/ou même logico sémantiques. »
Un article plus récent Quand les mots s’organisent en réseaux de Bernard Victorri, paru en 2010 dans la collection L'archicube : revue de l'Association des anciens élèves, élèves et amis de l'Ecole normale supérieure, propose une explication vulgarisée de ces systèmes et notamment du travail de Bruno Gaume. Nous vous recommandons une lecture complète de cet article qui indique ceci en introduction :
« Tout le monde a joué, un jour ou l'autre, à l'un de ces jeux où l'on doit bâtir une chaîne de mots, chaque mot étant relié au précédent par une règle donnée : on peut ainsi effectuer de longues promenades à travers le lexique d'une langue. L'aspect ludique de ces exercices provient de la diversité et de la densité des relations qu'entretiennent les mots entre eux, qui expliquent le côté imprévisible, surprenant et toujours inédit de ces parcours. Ces relations peuvent être de deux niveaux bien distincts : niveau phonologique, par exemple quand on passe d'un mot à un autre par des substitutions de phonèmes (livre → vivre → vitre → votre → cotre → …), et niveau sémantique, quand c'est par "association d'idées" que les mots sont reliés entre eux, soit parce qu'ils apparaissent souvent ensemble dans la parole (relation syntagmatique : livre → lire ou livre → page), soit au contraire parce qu'ils pourraient être mis l'un à la place de l'autre (relation paradigmatique : livre → bouquin ou livre → journal). Il faut noter que d'autres types de jeux, plus élaborés, s'appuient sur des relations bien plus arbitraires : c'est le cas du célèbre jeu oulipien où l'on remplace chaque mot lexical d'un texte par le septième mot de même catégorie grammaticale (nom, verbe ou adjectif) qui le suit dans le dictionnaire (cf. le poème de Raymond Queneau, "La cimaise et la fraction" : La cimaise ayant chaponné tout l'éternueur / se tuba fort dépurative quand la bixacée fut verdie…).
Ce sont aux relations sémantiques, et plus particulièrement à celles de type paradigmatique, que nous allons nous intéresser ici, car elles font l'objet de recherches assez intensives ces dernières années. Comme souvent dans les recherches contemporaines en linguistique, ce sont les nouvelles technologies qui sont à l'origine de cet engouement. »
Nous espérons que ces éléments vous aideront dans votre recherche. N'hésitez pas à nous recontacter pour tout complément d'information ou toute autre question.
Cordialement,
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