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Interroge a répondu à la question "Pourquoi les Suisses alémaniques et les Suisses romands votent-ils souvent différemment ? Comme lors des votations de 2022 par exemple"
La réponse a été mise à jour le 14 décembre 2022.
Bonjour,
Nous vous remercions d'avoir fait appel au service Interroge, voici le résultat de nos recherches :
Ce phénomène porte le nom de « Röstigraben ». L'article qui lui est consacré dans le Dictionnaire historique de la Suisse (DHS) en donne la définition suivante :
« On entend par Röstigraben (barrière ou rideau de rösti, littéralement fossé de rösti[s], du nom d'une galette de pommes de terre d'origine suisse alémanique) l'opposition entre les parties alémanique et romande de la Suisse, toujours présente à l'état latent et qui ne cesse de se combiner avec différents thèmes politiques et culturels. […]
La métaphore semble avoir acquis droit de cité d'abord en Suisse alémanique. Elle est utilisée, surtout par les journalistes, pour décrire des différences de comportement lors de votations (notamment dans la question européenne), mais aussi pour rendre compte de disparités culturelles historiques entre régions du Plateau. Elle n'a guère de puissance explicative, mais elle est suggestive. […] »
Pour les votations de septembre 2022, plus particulièrement, nous vous proposons deux analyses qui tentent d’expliquer les résultats, en prenant en compte d’autres clivages que celui uniquement basé sur la langue :
L’article Röstigraben: les racines de la fracture, paru le 26 septembre 2022 dans le quotidien Le Temps indique ceci :
« Avec une acceptation de la réforme d’AVS 21 par les poils, on se retrouve avec une Suisse divisée selon le traditionnel Röstigraben. Traditionnel, vraiment ? A y regarder de plus près, les chiffres sont contre-intuitifs. Depuis 1848, soit 663 scrutins, il n’est arrivé que cinq fois qu’une Romandie unifiée (cinq cantons jusqu’en 1978, six avec le Jura depuis) soit opposée à une Suisse alémanique unifiée (19 cantons, dont Berne et les Grisons). Ce qui représente seulement 0,75% des votations. C’est ce qu’on apprend dans un livre qui vient de sortir, La Démocratie directe en Suisse [Direkte Demokratie in der Schweiz pas encore traduit en français], un ouvrage de Hans-Peter Schaub et Marc Bühlmann, avec la base de données Swissvotes et la plateforme Année politique Suisse à l’Université de Berne. "Il faut donc tempérer ce ressenti, estime Marc Bühlmann. Car on observe aussi des communes alémaniques qui refusent la réforme de l’AVS et des romandes qui l’acceptent. La langue ne fait pas tout." Il constate aussi que dans les communes proches de la frontière linguistique, les votes sont moins tranchés qu’ailleurs, "ce qui est un signe qu’on discute ensemble".
Si la démocratie directe est une montre de précision, dont l’observation fine des rouages donne le tournis, il n’en reste pas moins qu’elle donne l’heure. Et même s’il n’y a pas homogénéité parfaite en termes de résultat, on peut pourtant dire que la barrière de rösti, malgré quelques trous dans le grillage, était aussi dressée concernant l’acquisition d’avions de combat, l’initiative sur l’immigration de masse ou encore celle sur l’Espace économique européen. C’était en tout cas le ressenti, même si pour l’avion de combat, les deux Bâles ont dit non et le Valais oui, que Bâle, Zoug et Zurich ont refusé l’immigration de masse comme les Romands, et que l’EEE a mis Bâle dans le camp romand du oui.
C’est que les facteurs culturels, mais aussi socioéconomiques et idéologiques, s’entremêlent et parfois se neutralisent ou se renforcent, comme l’explique Christophe Büchi, ancien correspondant de la NZZ en Suisse romande et auteur de Mariage de raison, un livre paru en 2015 sur cette union complexe entre Alémaniques et Romands: "Les points de divergences essentiels portent sur la politique étrangère et migratoire, le social et le service public ainsi que l’armée", explique le journaliste.
C’est clair: la Suisse romande attend davantage de l’Etat que la Suisse alémanique, cette inconditionnelle de la responsabilité individuelle. "Quand une votation propose d’enlever quelque chose, la Suisse romande refuse, alors qu’en Suisse alémanique, on est plus sceptique vis-à-vis de l’Etat, on a tendance à penser qu’il faut faire soi-même son bonheur", explique Marc Bühlmann. Pour le professeur, cette différence s’explique par l’histoire des cantons. La démocratie directe est en effet plus forte en Suisse alémanique, où des communes, et même des grandes, ont encore des assemblées en lieu et place des parlements. Les citoyens ont donc appris à regarder l’Etat de près, voire à s’en méfier. Si l’Etat s’implique trop, il sera freiné par la démocratie directe.
Pour Christophe Büchi, cette divergence d’attente envers l’Etat pourrait aussi s’expliquer par la fortune: "On n’a pas de données fiables, mais intuitivement je pense qu’il y a plus d’argent en Suisse alémanique, même dans des communes de la taille d’Yverdon versus Zofingen. Ce qui expliquerait que la gauche soit plus forte en Suisse romande."
Nous y voilà: le clivage gauche-droite. C’est celui-là qui inquiète l’historien Olivier Meuwly, davantage que le clivage linguistique. Car le résultat de la votation, si serré, en est l’expression politique: "J’ai longtemps voulu écarter l’explication de la polarisation gauche-droite, mais je dois revenir sur ma prévention initiale. Il faut y ajouter la polarisation villes-campagnes, celle linguistique, celle religieuse parfois." Si, pour lui, la Suisse possède la capacité à surmonter ce clivage, il doit cependant inciter à la vigilance, car les sujets emblématiques l’emportent ou sont enterrés à très peu de voix près. Pour cet historien spécialiste du radicalisme et du libéralisme, pas de doute: la Romandie est plus à gauche que la Suisse alémanique, avec un PS plus marqué, des radicaux et un Centre plus à gauche que leurs pairs suisses alémaniques et une UDC moins à droite. »
Dans l’article Cloé Jans : « C’est un oui pragmatique qui est sorti des urnes », paru le 25 septembre 2022 sur Swissinfo, la politologue Cloé Jans interviewée par la journaliste Katy Romy propose en plus du « Röstigraben » la différence de genre comme une explication aux résultats :
« Ce 25 septembre, les femmes et les hommes ont voté différemment. Pour le scrutin sur AVS 21, l’écart entre les genres pourrait être le plus important jamais enregistré, selon les sondages. Quels sont les facteurs qui expliquent ce fossé ?
"Oui, les grands fossés entre les différents groupes de population et en particulier entre les sexes sont rares, mais ils apparaissent parfois. Dans ce cas, un mélange de facteurs explique cette différence. Premièrement, les femmes sont clairement davantage concernées par la réforme que les hommes, puisqu’elles devront travailler plus longtemps. Et puis, bien sûr, la campagne s'est aussi adressée de manière très ciblée aux femmes, en mettant l’accent sur ce qu’elles perdaient."
Comme souvent sur les sujets de politique sociale, ce vote est fortement marqué par le Röstigraben: le non à AVS 21 a été beaucoup plus important dans les régions latines du pays. Comment analysez-vous ces disparités régionales ?
"Oui, nous avons toujours constaté par le passé que la Suisse romande et le Tessin sont plus prudents en matière de politique sociale. Les régions latines sont moins enclines à approuver un démantèlement, et nous l’observons dans le cadre de ce scrutin. En Suisse alémanique, la campagne n'a pas non plus vraiment réussi faire passer les arguments des syndicats. Cela a été totalement différent en Suisse romande. Le débat a aussi été beaucoup plus émotionnel dans la partie francophone du pays, parce que la sensibilité à ces questions y est plus grande qu'en Suisse alémanique." »
Pour faire un constat plus général, nous vous proposons l'article Le Röstigraben tend à disparaître, paru le 8 novembre 2016 dans la Tribune de Genève. Là-aussi d’autres différences, comme par exemple le clivage ville-campagne, y sont présentés :
« La Suisse, de Genève à Saint-Gall, tend à devenir une seule grande métropole. Mais l'opposition ville-campagnes ressurgit, surtout en région alémanique.
Chercheur en urbanisme, Shin Alexandre Koseki s'est spécialisé dans la cartographie des votations fédérales. Il a récolté et traité les résultats des votations fédérales des 30 dernières années, un large spectre historique qui fait la nouveauté de sa démarche, note l'EPFL.
Son analyse porte sur la période de 1981 à 2014, soit près de 300 votations fédérales. Elle montre que les années 1980 étaient marquées par beaucoup de fragmentations entre les régions linguistiques et les cantons. Les intérêts de la population étaient clairement différents de Genève à Zurich, observe le doctorant en architecture, Canadien d'origine.
Dès les années 1990, le paysage change et un rapprochement se dessine entre les villes alémaniques. Le même phénomène se produit en Suisse romande, villes et campagnes confondues. Dès les années 2000, les populations de toutes ces régions commencent à s'accorder. "Le facteur linguistique tend à disparaître", observe le chercheur qui conclut à un affaiblissement du Röstigraben.
Une nouvelle polarisation émerge, opposant d'un côté les grandes villes, la Suisse romande, le Tessin et une partie des Grisons. De l'autre, les banlieues et la campagne alémaniques. »
Ces différentes explications nous poussent à constater que les points de divergences lors des votations sont tout autant économiques, sociétales et culturelles que géographiques. Ces facteurs s’expriment plus pu moins fortement en fonction du thème de la votation.
Enfin, si vous voulez aller plus loin, vous pouvez consulter les réponses à des questions similaires à la vôtre auxquelles nous avons déjà répondu :
« Quelles différences existent entre la mentalité des Suisses allemands et celle des Suisses romands ? » - répondu en 2015
Nous espérons que ces éléments vous aideront dans votre recherche. N'hésitez pas à nous recontacter pour tout complément d'information ou toute autre question.
Cordialement,
Les Bibliothèques municipales de la Ville de Genève Pour www.interroge.ch
