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La réponse a été mise à jour le 30 septembre 2025.
Bonjour,
Nous vous remercions d'avoir fait appel au service Interroge, voici le résultat de nos recherches :
À propos de l'appellation de cette sculpture, l'article Le monument Albert Thomas, publié dans le Journal de Genève du 20 juin 1937, nous apprend que ce monument a été inauguré le 20 juin 1937 et « érigé par souscription publique à la mémoire d’Albert Thomas […]. Il glorifie en même temps Albert Thomas et l’union des travailleurs auxquels il avait consacré son activité. […] M. Albert Thomas à la tribune est représenté sur la face principale orientée vers le B.I.T. [Bureau international du travail] […] Puis ce sont les travailleurs de la terre, les travailleurs de la mine et enfin les travailleurs de la mer. […]
Quatre grandes figures couronnent le tout, représentant chacune un métier, une race. Elles sont les évocations du travail international qui soutient et unit les sociétés humaines : l’Européen, ouvrier d’usine, appuyé sur la pince qu’il va forger ; l’Africain, avec la houe qui lui sert à défricher le sol ; l’Asiatique, représenté par le coolie chinois ; l’Américain, chasseur de fourrures. […] »
Vous pourrez voir ce monument sur une photo disponible dans la base de données en ligne de notre Centre d'iconographie de la Bibliothèque de Genève (BGE) : Genève, place Albert Thomas: les Quatre Races (statue).
Le document Dirigeants, artistes et espions indique, à la page 17, que « La Ville de Genève lui rendit hommage en 1937 en érigeant une statue monumentale de Paul Landowski sur la place Albert Thomas, rue de Lausanne, en face du Centre William Rappard. Cette statue, qui représente des travailleurs de différents métiers et continents, comporte des citations de discours d’Albert Thomas qui résument sa pensée : "Le travail doit être placé au-dessus de toutes les luttes de concurrence, il n’est pas une marchandise." »
L'article Unveiling of the Albert Thomas Memorial sur l’inauguration de ce monument, paru dans le périodique International Labour Review en septembre 1937, fournit des informations page 364 (traduit de l'anglais avec DeepL) :
Après le décès du premier directeur du Bureau international du travail, un comité des Amis d'Albert Thomas a été créé afin d'ériger un monument durable à sa mémoire. Il a été décidé de construire un monument grâce à une souscription publique à proximité du Bureau international du travail. Le monument, œuvre du sculpteur Paul Landowski, est situé sur un terrain offert par la ville de Genève, en face du Bureau. Il se compose d'un groupe de quatre statues représentant des travailleurs appartenant aux principales races de l'humanité. Le piédestal sur lequel est placé le groupe comporte quatre bas-reliefs, dont l'un représente Albert Thomas s'exprimant à la Conférence, dans une attitude caractéristique. Les autres représentent le travail agricole, minier et maritime. Sur le piédestal sont également gravées certaines des citations d'Albert Thomas en éloge du travail.
C. Wilfred Jenks du BIT parle également de ce monument et de sa vocation symbolique, à la page 5 de son article The ILO approach paru en 1968 (traduit de l'anglais avec DeepL) : Le mémorial Albert Thomas […] symbolise l'égale dignité de toutes les races du monde et de toutes les professions qui constituent les vocations quotidiennes des hommes.
Dans un rapport publié lors de l’International Labour Conference en 1933, le projet du mémorial pour cette sculpture est déjà annoncé.
L'historien César Jaquier indique dans son article Un monument à l'entrée de Genève pour le travail international publié sur le site GenèveMonde.ch :
« [...] Monument Albert Thomas, également connu sous le nom des Quatre Races. […]
Quatre Races - Quatre Continents
Le monument entend aussi souligner l’union des travailleuses et des travailleurs du monde entier. Il fait d’ailleurs l’objet d’un inventaire du patrimoine de la mémoire ouvrière en Suisse romande, réalisé par l’Association pour l’étude de l’histoire du mouvement ouvrier. Sur chaque face du pilier central, un ouvrier symbolisant l’un des quatre continents est représenté, comme pour rappeler la vocation universelle du BIT. Paul Landowski explique cette idée dans son Journal, le 22 avril 1934 : "Mon évocation des quatre parties du monde sera nouvelle. C’est en même temps celle du travail international. Le fondeur ou l’Europe. Le cercleur ou l’Afrique. Le coolie ou l’Asie. Le chasseur de fourrures ou l’Amérique". L’image des quatre continents – ou "quatre races" – renvoie à un découpage historique du Monde en quatre parties qui a cours jusqu’au milieu du XXe siècle. Comme l’explique le géohistorien Christian Grataloup, cette représentation européo-centrée se construit progressivement. D’abord inspirées par la Bible, les mappemondes médiévales présentent le Monde en trois parties (Asie, Afrique, Europe), entourées d’un océan. Suite à la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb à la fin du XVe siècle, les cartographes vont intégrer l’existence du "Nouveau Monde". S’impose alors une division en quatre parties, qui prennent bientôt le nom de "continents". À partir du XIXe siècle, l’Océanie vient parfois compléter cette représentation, mais pas de façon systématique.
Parallèlement, le vaste mouvement de catégorisation (et de hiérarchisation) qui caractérise le siècle des Lumières tend à attribuer aux continents des frontières fixes, bien qu’en réalité arbitraires. Dans le discours scientifique, chaque continent est alors associé à une "race", entendue au sens biologique et historique. Le Monument des Quatre Races témoigne de ce contexte qui, malgré la volonté d’universalisme exprimée par les organisations internationales dans l’entre-deux-guerres, continue, à cette époque, de refléter une vision raciste et européo-centrée du Monde. »
Pour mieux saisir le contexte dans lequel Landowski érige ce monument, et bien d’autres, à un moment si particulier de l’histoire européenne et mondiale, Catherine Fraixe explique, dans Une tradition révolutionnaire – Les arts figuratifs de Rome à Paris 1905-1940 :
« La mission de Paul Landowski (1875-1961) comme directeur de l’Académie de France à Rome (1933-1937) est indissociable de l’alliance entre la France et l’Italie fasciste qui se noua entre juin 1933 et les accords Laval-Mussolini de janvier 1935 […]. Hostile à tout nationalisme, proche de milieux qui se réclamaient de la politique pacifiste d’Aristide Briand et de son projet d’une Europe fédérale, mais hanté avant tout par l’idée du déclin de la civilisation occidentale, Landowski servit le camp des partisans d’une entente en tirant profit d’une tradition historiographique qui, depuis le XIXe siècle, avait fait du conflit entre les races nordiques et les races latines la clé d’interprétation de l’histoire des formes. » (p. 101)
Une alliance de circonstance motivée par un idéal pacifiste que l’on retrouve dans toute l’œuvre de Landowski : « Le monument commémoratif de la seconde bataille de la Marne […] illustre bien, par exemple, son adhésion à la politique de désarmement à laquelle le nom de Jouvenel était associé. Les Fantômes, ces figures de soldats tombés au combat qui se redressent sous la conduite pacifique de La France expriment l’impérieux devoir de sauver la paix qui justifiait selon lui une entente avec l’Italie. » (p.103)
Selon cette perspective, c’est la paix et l’union des travailleurs – de toutes « races » – qui fit donc le cœur de son travail de directeur aussi bien que de sculpteur.
À toutes fins utiles, sachez qu'il existe une « étude commandée aux Professeurs Mohamed Mahmoud Mohamedou et Davide Rodogno (IHEID), fruit d’une démarche initiée dès l’automne 2020. L’étude vise à recenser les monuments et symboles présents dans l’espace public de la Ville de Genève faisant référence à des personnalités ayant encouragé le racisme, en particulier le racisme anti-Noir-e-s, le colonialisme ou encore l’esclavagisme. » que vous pourrez trouver sur la page Monuments et héritage raciste dans l’espace public: étude de l’IHEID et perspectives de la Ville de Genève. L’œuvre de Landowski n’y a pas été retenue.
Pour plus d'informations sur ce sujet, vous pouvez contacter l'équipe de Central Repository de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) (centralrepository@wto.org) ou le service des archives de l'Organisation internationale du travail (OIT) (archives@ilo.org).
Nous espérons que ces éléments vous aideront dans votre recherche. N'hésitez pas à nous recontacter pour tout complément d'information ou toute autre question.
Cordialement,
La Bibliothèque d'art et d'archéologie
Pour www.interroge.ch
