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Le dessin des trottoirs genevois est unique au monde.
La réponse a été mise à jour le 16 avril 2026
Bonjour,
Nous vous remercions d'avoir fait appel au service Interroge, voici le résultat de nos recherches :
À Genève, le trottoir n’est pas recouvert de bitume, comme c’est le cas dans les autres villes suisses, mais d’une chape de ciment agrémentée de rainures de 1 mètre sur 50 centimètres.
La technique est expliquée par l’architecte Ivan Godinat, interviewé par Philippe Bach dans l'article Le trottoir à la genevoise, une AOC qui s’ignore du journal Le Courrier daté du 6 août 2011 :
« Il s'agit d'une chape de ciment posée sur du béton plus ou moins épais selon le type de circulation prévu et renforcé d'un treillis d'acier. La surface de ce ciment est "glacée et bouchardée à la roulette" (ce qui donne cet aspect rugueux), enfin, des rainures – "faux joints au fer" – donnent ce faux aspect de dalles d’un mètre de long sur cinquante centimètres de large. » On y lit également : « "Le trottoir à la genevoise est unique, observe Ivan Godinat, je n'en ai jamais vu ailleurs." »
On apprend, dans ce même article, que « La Ville de Genève a d’ailleurs édicté des normes relativement strictes qui gravent dans le marbre – pardon, coulent dans le ciment – l’allure que doivent respecter ces rubans de ciment officiellement qualifiés "type ville de Genève". Ces directives précisent même la largeur des chapes à poser et imposent un joint de dilatation tous les vingt mètres. »
Comme l’écrit David Ripoll dans son étude Les revêtements de sol de la vieille-ville (cette étude n'a pas été publiée, mais elle peut être consultée, sur rendez-vous à l'Unité conservation du patrimoine architectural de la Ville de Genève), cette technique date de la fin du XIXe. L'auteur a aussi publié l'article – Pavé, caillou, ciment – sur ce sujet, dans le n° 3 de 2012 de la revue Art + architecture en Suisse où il ajoute notamment ceci : « dès la fin des années 1860, les deux revêtements habituels – asphalte et pavé en pierre – sont concurrencés par le ciment. En 1886, la technique est suffisamment au point pour donner lieu au jugement suivant: "le trottoir en ciment, s'il est bien établi sur un sol stable, donne des résultats supérieurs à l'asphalte; il est à peu près inusable, et les produits de bonne marque récemment introduits dans l'industrie contribueront certainement à accentuer cette supériorité. »
Pourtant, comme l’indique Ivan Godinat, on assiste au retour du bitume sur certains trottoirs pour des questions de coûts, « ce qui s’explique par le prix : le mètre carré d’asphalte est à 50 francs ; le ciment revient à 125 francs le mètre carré. »
Néanmoins, le trottoir à la genevoise a encore de beaux jours devant lui comme le conclut le journaliste dans son article : « D’une manière générale, si le trottoir à la genevoise a tout d’abord été utilisé dans les quartiers neufs dans l’entre-deux guerres, il a ensuite essaimé dans les communes. Et même au-delà de la frontière, puisque quelques mètres de trottoirs à la genevoise ont été repérés dans les rues d’Annemasse. »
Enfin, sur le site Wikimedia commons, nous trouvons une série de photographies montrant des ouvriers réalisant des trottoirs à la genevoise dans différents lieux. Et dans la base de données du Centre d'iconographie (CIG) de la Bibliothèque de Genève (BGE), vous pourrez voir quelques photos également, dont celle-ci montrant des poubelles sur un trottoir du Rond-point de Rive vers 1920-1930 ou encore la cour de l'Hôtel de Ville dans la deuxième moitié du XIXe siècle.
Nous espérons que ces éléments vous aideront dans votre recherche. N'hésitez pas à nous recontacter pour tout complément d'information ou toute autre question.
Cordialement,
Service de référence en ligne des bibliothèques de la Ville de Genève
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