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Qui étaient les guérisseuses et les guérisseurs au 13ᵉ siècle et avec quels types de remèdes soignaient-ils ?
La réponse a été mise à jour le 8 avril 2026
Bonjour,
Nous vous remercions d'avoir fait appel au service Interroge, voici le résultat de nos recherches :
Pour commencer voici la définition du terme « guérisseur » donnée par le portail lexical du Centre national de ressources textuelles et lexicales (CNRTL) :
« Emploi subst. Personne ou thérapeutique qui guérit.
− En partic. Personne qui guérit, en dehors de l'exercice légal de la médecine, par des procédés magiques ou empiriques, en vertu de dons mystérieux ou à l'aide de recettes personnelles. »
Comme le précise cette définition, au fil de nos recherches, il est apparu que les guérisseurs en plus des simples recettes ou « potions », font appel à d’autres moyens (dons, prières, etc.)
L’article intitulé La Suisse, terre des guérisseurs, paru le 11 décembre 2012 sur Swissinfo, précise :
« On trouve aussi des guérisseurs en Suisse orientale, surtout dans le canton d’Appenzell Rhodes Intérieures. Selon Roland Inauen, directeur de l’Office cantonal de la culture, la tradition remonte à plusieurs siècles. On trouve déjà des traces des prières récitées par les guérisseurs dans des textes datant de l’an 1000 environ, trouvés de la Sicile à l’Allemagne du Nord, sous des formes légèrement différentes. Ces prières ont été transmises de génération en génération. Le guérisseur choisit lui-même s’il veut transmettre son secret. »
Dans l’article « Pharmacie » du Dictionnaire historique de la Suisse (DHS) il est précisé par rapport aux guérisseurs et leurs moyens thérapeutiques :
« Au Moyen Age, cette tâche était dévolue en Europe aux médecins ou à d'autres guérisseurs et faisait partie de toute activité thérapeutique. Dès le XIe s., cette science intégra des préparations en provenance du monde arabe. »
Concernant le moment précis de l’histoire qui vous intéresse, nous avons trouvé dans l’ouvrage Le côté obscur de la médecine : mauvais médecins et médecins mauvais, de l'Antiquité à nos jours de Sofiane Bouhdiba, des informations également relatives aux moyens utilisés :
« Vers 1270 déjà, le poète français Rutebeuf (1203-1285) décrit les arguments mis en avant par les pseudo-médecins qu’il avait coutume de rencontrer sur les grands chemins : "Il a voyagé par-delà les mers, guéri les puissants ; il possède onguents et pierres miraculeuses venues de pays lointains et mystérieux, telles l’Inde et l’Egypte, capable même de ressusciter les morts ; passé par Salerne en Italie, foyer de la renaissance médicale au Moyen-âge, il détient un remède universel pour guérir fièvres, fistules et rages de dents ; […] il connait un remède contre les vers à base d’armoise cueillie à la Saint-Jean, de sauge et de plantain ; ses herbes macérées, guérissent toutes les maladies et infirmités." » Une note de bas de page précise que ces lignes sont extraites de Le dit de l’herberie de Rutebeuf, 1270.
Patrice Lajoye et Jacques E. Merceron écrivent dans l’article intitulé Prières de guérison, prières de protections en Normandie, paru en 2021 dans Histoire et sociétés rurales, les raisons des prières de guérissons :
« Bien avant l’Antiquité dite classique, les êtres humains ont cherché à se soigner non seulement à l’aide de pratiques que l’on qualifierait aujourd’hui de médicales (chirurgie, médicaments à base de plantes, etc.), mais aussi en mettant en œuvre des actes religieux ou magiques ou une combinaison de ces divers procédés. »
L’article suit en replaçant le contexte religieux de l’époque et la cohérence de l’utilisation des prières de guérison :
« L’un des moyens thérapeutiques les plus souvent employés est le charme ou incantation, une prière généralement courte dont le but est d’obtenir d’une puissance surnaturelle (Dieu, Jésus, saint, mots ou paroles sibyllines, etc.) la guérison d’un malade ou la protection de personnes et de biens contre les attaques des démons, des sorciers ou d’autres êtres maléfiques. Il est vrai que bon nombre de formules conjuratoires antiques prennent la forme de la malédiction (tablettes de defixio, etc.), plutôt que de prières de guérison ou de protection, mais cela tient pour une bonne part à la conception du Mal et de la maladie perçus comme une agression extérieure ou comme un ensorcellement. En riposte et pour guérir, l’agressé (le malade) peut tenter de renvoyer le Mal en maudissant son agresseur ou bien agir préventivement, procédés qui se retrouvent encore dans certaines incantations et pratiques modernes. »
Dans ce contexte de guérison lié à la religion, le catalogue de l'exposition Guérir... par tous les saints ! présentée au Musée du Revermont à Cuisiat dans l'Ain en 1999, rappelle :
« Selon André Juillard [chercheur au CNRS], le guérisseur par don, appelé aussi leveur, barreur, souffleur ou toucheur, récite en silence sur le symptôme, une prière à caractère médical et religieux, et détenue en secret : le don. Elle lui a été transmise par un guérisseur qui cesse cette activité : succession au cours de laquelle, il est devenu le nouveau propriétaire du don. »
Quant aux produits et méthodes utilisés à des fins thérapeutiques, on peut citer l’huile déjà connue par Saint Martin. Marie-France Houdart, dans L'eau, les diables, les saints : retour aux sources, explique :
« Martin [Saint Martin de Soudeilles] agit effectivement comme un véritable médecin. Dans la société aisée, on l’appelle au chevet des malades, on va le voir "en consultation", notamment pour intoxication, agitations épilepsie, paralysie, cécité, aphasie, piqûre de serpent… Sa technique : faire absorber de l’huile (Oribase le faisait déjà, et les apôtres de Jésus utilisaient aussi l’huile pour guérir), faire évacuer par le haut et le bas (le démon s’expulse en même temps) protéger par le port d’amulettes. Redresser par sa force physique, mais surtout calmer par sa parole, maitriser par son charisme et son magnétisme (de même que Jésus). »
Vous trouverez d'autres documents sur le sujet dans le catalogue swisscovery :
Pouvoirs sorciers et pratiques magiques du Moyen Age à aujourd'hui de Dominique Camus
Le prêtre et le médecin : des saints guérisseurs à la bioéthique de Georges Minois
Panseurs de secret : rebouteux, coupeurs, barreurs, leveurs... la science en parle film de Philippe Rouquier
Le "secret" dans le canton du Jura : approche anthropologique d'une pratique de guérison de Nathalie Fleury
Nous espérons que ces éléments vous aideront dans votre recherche. N'hésitez pas à nous recontacter pour tout complément d'information ou toute autre question.
Cordialement,
La Bibliothèque du Musée d'ethnographie de Genève
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