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Interroge a répondu à la question "Quel rôle la Suisse a-t-elle joué dans le commerce des esclaves vers l'Amérique et quels avantages économiques en a-t-elle tiré ?"
La réponse a été mise à jour le 2 février 2022.
Bonjour,
Nous vous remercions d'avoir fait appel au service Interroge, voici le résultat de nos recherches :
Dans une interview donnée par le Syndicat des secteurs publics et parapublics (SSP) et publiée le 21 juillet 2020, l'historien suisse Hans Fässler répond à la question « Quelle a été la participation helvétique au commerce des esclaves ? »:
« La traite des esclaves et le commerce triangulaire ont formé un ensemble complexe incluant l’Europe, l’ensemble du continent américain et l’Afrique noire. Ce système s’est étendu du 16e siècle jusqu’à la fin du 19e. En plus de sa terrible brutalité, il a eu pour effet d'endommager les sociétés victimes de la traite. Avec des conséquences qui s’étendent jusqu’à aujourd’hui.
Des Suisses – ou plutôt des citoyens issus des cantons et villes qui formeront la Suisse moderne, qui n’existait pas en tant que telle avant 1848 – ont été impliqués dans l’ensemble des activités liées à la traite atlantique. Cette dernière a pris des formes multiples : financement du commerce triangulaire ; investissement dans des plantations ; pratique directe de la traite d’esclaves ; production des marchandises – notamment les indiennes – échangées contre des esclaves ; envoi de mercenaires pour contrôler les esclaves ou mater des rébellions ; contribution à la formulation d’une idéologie raciste justifiant ces pratiques.
Le pan le plus important de la participation helvétique à l’entreprise négrière a été la possession de plantations exploitant le travail forcé des esclaves. Dans le Suriname, en Guyane et à Saint-Domingue (aujourd'hui Haïti), on comptait 120 à 130 domaines en mains helvétiques. »
Plus loin, à la question « La traite a-t-elle eu un impact sur le développement économique en Suisse ? » il répond :
« Les retombées de ce trafic ont été importantes. D’une part, de grandes familles se sont enrichies grâce à ce commerce honteux : Alfred Escher, industriel, homme politique zurichois de premier plan et fondateur de la banque Credit Suisse, a hérité de son père une fortune construite en partie sur le travail esclave pratiqué dans une plantation cubaine. On peut aussi citer les familles de Pury, de Meuron et de Pourtalès à Neuchâtel, la ville la plus impliquée dans la traite négrière ; les Burkhard à Bâle, les Zellweger à Trogen, etc.
J’ai recensé entre 300 et 400 familles impliquées dans la traite. Celle-ci leur a permis de développer leurs richesses, mais aussi leurs réseaux.
Autre élément important : le développement du secteur textile a lancé l’industrialisation dans notre pays. Or sans le coton récolté par la main-d’œuvre esclave dans les colonies américaines, cette industrie n’aurait pas vu le jour. »
Le quotidien Le Temps a publié le 31 janvier 2004 l'article Découverte d'un pan de l'histoire nationale. Dans le sillage des négriers suisses qui est un compte rendu de l'ouvrage La Suisse et l'esclavage des Noirs de Thomas David, Bouda Etemad et Janick Marina Schaufelbuehl :
« De nombreux autres négriers sillonnaient les mers grâce à des fonds suisses. C'est ce que révélera l'article à paraître de Bouda Etemad, professeur d'histoire aux Universités de Genève et de Lausanne: "Au XVIIIe et au XIXe siècle, des maisons de commerce, principalement de Bâle et de Neuchâtel, approvisionnent en produits manufacturés, notamment des textiles, des navires négriers au départ de ports français. Elles ne se contentent pas d'investir dans des cargaisons de traite. Elles participent financièrement à des expéditions négrières le long des côtes d'Afrique. Il arrive qu'elles arment elles-mêmes des bateaux négriers." […]
Pour condamnables qu'ils soient, ces aspects ne constitueraient qu'une parcelle des implications suisses liées à l'esclavagisme : le chantier historique qui a été ouvert l'an dernier laisse apparaître que l'essentiel tient à la participation de Suisses à l'organisation de la traite négrière elle-même. C'est-à-dire, au sens strict, à l'achat et au commerce de Noirs.
On trouve trace de l'activité de ces maisons de négoce suisses dans les différents répertoires des expéditions négrières lancées à partir des ports de Nantes, La Rochelle, Le Havre, Marseille, et Rochefort. Actives, selon ces archives, de 1783 à 1827 – ce qui indique qu'elles ont illégalement poursuivi leurs affaires après l'interdiction de la traite par le Congrès de Vienne de 1815 –, elles ont pour nom Petitpierre (de Couvet – NE), Favre (de Couvet également), Charles Rossel (de Neuchâtel), ou encore Simon & Roques (de Bâle).
Pour partie, ces maisons suisses se signalent par la confection et la fourniture aux négriers de cargaison de traite, soit les marchandises qui étaient échangées dans les comptoirs africains contre des esclaves noirs. Ces cargaisons sont constituées de métaux, d'armes à feu, de poudre, d'alcool, et surtout de textiles et plus particulièrement d'indienne, une étoffe de coton peinte ou imprimée. A la fin du XVIIIe siècle, ce produit est devenu une spécialité helvétique. L'indienne est principalement manufacturée dans les régions de Genève, Neuchâtel et Bâle. […]
"Nantes était le premier port négrier de France, observe le professeur Etemad. Les Suisses se sont retrouvés dès lors associés aux échanges liés à la traite des Noirs. L'implantation suisse prit si bien dans le port breton que, dès les années 1780, les manufacturiers suisses assurent 80 à 90% des indiennes produites dans la région, avec l'Afrique comme principal débouché. "Les Suisses de Nantes sont assez nombreux aux yeux d'un chroniqueur local pour former un canton sur la rive droite de la Loire", souligne le professeur Etemad. Certains bâtirent même de véritables empires commerciaux, tel le Neuchâtelois Jacques-Louis Pourtalès (1722-1814), qui possédait un réseau de fabriques et de comptoirs disséminés dans toute l'Europe.
Très logiquement, certains fabricants suisses d'indienne prirent une part plus directe à la traite, en contribuant au capital de diverses expéditions. Un exemple : entre 1786 et 1793, la maison bâloise Simon & Roques investit dans douze campagnes négrières, qui se soldèrent par la déportation de plus de 3000 êtres humains. Une autre maison bâloise, la firme Burckhardt, qui produisait de l'indienne tant sur les bords du Rhin que dans sa filiale nantaise, établit un record en la matière, en participant à pas moins de 21 expéditions.
Ces affaires étaient trop florissantes pour ne pas inspirer d'autres sociétés de négoce suisses installées sur des ports français. A leurs activités de commerce traditionnelles, elles ajoutèrent l'armement, partiel ou complet, de navires. A partir de 1783, une petite armada négrière aux consonances très helvètes sillonne les océans : les Bâlois Weis et fils affrètent le "Treize Cantons" en 1783 puis en 1786, ainsi que le "Ville de Basle", en 1786 toujours, déportant 1000 esclaves. Société en commandite vaudoise mise sur pied à Marseille, D'Illens-Van Berchem équipe quatre navires entre 1790 et 1791 (le "Ville de Lausanne", le "Pays de Vaud", "L'Helvétie" et "L'Anaz"), responsables de la déportation de 1000 personnes au bas mot. Ces opérations commerciales n'étaient pas sans risques. Certains bateaux n'arrivèrent jamais à destination : le "Passe-partout", mis à flots par les Bâlois Riedy & Thurninger et parti de Nantes en 1790, devait couler corps et biens.
En presque quarante-cinq ans de participation directe ou indirecte à la traite négrière, les entreprises suisses impliquées auront participé à quelque 80 expéditions au départ de ports français. Sur cette base de calcul, le professeur Etemad estime de 15 000 à 20 000 le nombre d'esclaves déportés dans ces conditions, "soit 3% à 4% des Noirs déplacés par la France ou environ 0,5% par l'Europe". Il faudra attendre 1831 pour que la traite française disparaisse définitivement. »
Dans nos collections vous trouverez également l'ouvrage de Hans Fässler : Une Suisse esclavagiste : voyage dans un pays au-dessus de tout soupçon
Plusieurs articles en ligne vous seront également utiles :
L'esclavage dans le Dictionnaire historique de la Suisse (DHS) en ligne.
Solder l’héritage esclavagiste suisse paru le 21 juillet 2021 dans le journal Le Courrier
Le passé nauséabond de l’industrie textile suisse paru le 27 septembre 2019 sur le site Swissinfo.ch
Deux siècles d'indiennes à Neuchâtel dossier paru en mars 2019 sur le site RTSCulture
La Suisse moderne et la sueur des esclaves paru le 27 juillet 2017 dans Le Temps
Nous espérons que ces éléments vous aideront dans votre recherche. N'hésitez pas à nous recontacter pour tout complément d'information ou toute autre question.
Cordialement,
Les Bibliothèques municipales de la Ville de Genève Pour www.interroge.ch
