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Comment se fait-il que les Balkans n'aient pas été entièrement converti à l'islam par les Ottomans ?
La réponse a été mise à jour le 5 mars 2021
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Bonjour,
Nous vous remercions d'avoir fait appel au service Interroge, voici le résultat de nos recherches :
Il est difficile d’expliquer simplement et en si peu de temps un sujet aussi vaste et complexe. L’islamisation ou non des différents peuples des Balkans connaît des raisons qui leur sont propres et de nombreux facteurs en sont la cause.
Georges Castellan propose, dans son article Facteur religieux et identité nationale dans les Balkans aux XIXe -XXe siècles, paru en janvier 1984 dans la Revue Historique, un rapide portrait qui démontre que les raisons et les cause de l’islamisation de ces peuples diffèrent d’une région à l’autre :
« Ils sont environ 2 millions en Yougoslavie, essentiellement en Bosnie, mais aussi en Macédoine et Kosovo; 1,5 million en Albanie, 100 à 150 000 en Bulgarie. Contrairement à l'opinion des voyageurs du XIXe siècle qui appelaient "Turcs" tous les musulmans, il s'agit essentiellement de populations autochtones islamisées. Les Slaves de Bosnie l'ont été dès la conquête du XVe siècle car, comme on l'a écrit : "Les Bogomils bosniaques préférèrent être conquis par le sultan qu'être convertis par le pape." Ceux de Macédoine le furent par osmose avec des paysans d'Asie Mineure implantés comme colons par les nouveaux maîtres. Les Albanais passèrent à l'Islam surtout au XVIIe siècle, comme les Pomaks, ces Bulgares du Rhodope fidèles du Prophète. Tous gardèrent leur langue, et leur religion resta souvent marquée de pratiques chrétienne. »
C’est également ce dont fait part Gilles Veinstein dans son texte Sur les conversions à l'Islam dans les Balkans ottomans avant le XIXe siecle :
« Pour rendre compte de ces phénomènes relativement massifs, qui sont en soi une particularité dans le contexte ottoman, on a proposé des explications, d'ailleurs différentes selon les pays: tradition d'hostilité au Christianisme officiel, orthodoxe ou catholique, liée aux réminiscences du bogolisme en Bosnie ou encore nature spécifique du féodalisme bosniaque qui aurait permis au ralliement des aristocraties du pays de faire tache d'huile dans le peuple; indifférence foncière aux religions quelles qu'elles soient chez les montagnards albanais; réaction contre l'intolérance du clergé catholique pendant la domination vénitienne antérieure dans le cas crétois… »
Dans son texte, il explique les avantages que la conversion pouvait apporter : allégement fiscal, chances de promotion sociale, voire un emploi.
Nathalie Clayer, dans son article Quelques réflexions sur le phénomène de conversion à l’islam à travers le cas des catholiques albanais observé par une mission jésuite à la fin de l’époque ottomane, paru en 1998, indique, elle aussi, que « Dans les études les moins "engagées", les causes de l'islamisation présentées relèvent de trois grandes catégories : facteurs économiques (volonté d'échapper aux impôts et taxes, ou aux spoliations supportées par les non musulmans) ; facteurs religieux (faible degré de religiosité ; manque de prêtres et faible niveau de certains d'entre eux ; zone frontière entre catholicisme et orthodoxie) ; et enfin, facteurs politiques (désir d'échapper aux répressions de la part des autorités ottomanes, à la suite des rébellions des populations chrétiennes engendrées par les guerres entre l'Empire ottoman et les Puissances occidentales - République de Venise, Autriche, Russie ; action d'Ali Pacha de Tepelen à la fin XVIIIe et au début du XIXe siècle) » Mais elle ajoute à ceci : « En réalité, si les sources utilisées (recensements ottomans, rapports ecclésiastiques, récits de voyageurs) donnent des informations relativement détaillées (bien que ce ne soit pas le cas pour toutes les époques, ni pour toutes les régions) quant aux progrès des mouvements de conversions en cours, nous permettent-elles d'en sérier aussi aisément les causes ? »
C’est également ce qu’écrit Gilles Veinstein : « Par nature, les sources d'archives ottomanes ne montrent la conversion que dans sa dimension socio-économique et politique. Elles sont au contraire muettes, au-delà d'une rhétorique convenue, sur l'existence ou la simple possibilité de motivations intellectuelles ou spirituelles, qui ne sont pas exclues pour autant. »
D’autre part, et comme l’indique toujours Gilles Veinstein :
« La doctrine ottomane sur la question est conforme à l'orthodoxie islamique, selon laquelle d'une part, il ne doit pas y avoir de contrainte en matière de foi (la ikraha fi al-dîn; Coran, 2: 256) et réservant d'autre part un statut spécifique aux "Gens du Livre", chrétiens et juifs sous domination musulmane, celui de dhimmî. » Et d’ajouter plus loin « Ces diverses raisons expliqueraient les chiffres relativement faibles de conversions à l'Islam tirés de l'analyse des sources d'archives ottomanes. »
Au vu de cela nous pouvons que vous encourager à parcourir les textes sur le sujet et d’étudier les raisons de l'islamisation de ces peuples dans des ouvrages couvrant l'histoire de chacun de ces pays.
Vous pouvez notamment les les articles :
Aux origines de l'islamisation des Balkans ottomans de Michel Balivet, paru en 1992 dans le numéro thématique Les Balkans à l'époque ottomane de la Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée.
Dans les Balkans, le plus vieil islam d’Europe par Jean-Arnault Dérens et Laurent Geslin, paru en septembre 2016 dans Le Monde diplomatique.
Ainsi que les ouvrages :
Histoire et civilisation de l'islam en Europe : Arabes et Turcs en Occident du 7e au 20e siècle paru sous la direction Francesco Gabrieli
Conversion to Islam in the Balkans : Kisve bahası petitions and Ottoman social life, 1670-1730 de Anton Minkov
Nous espérons que ces éléments vous aideront dans votre recherche. N'hésitez pas à nous recontacter pour tout complément d'information ou toute autre question.
Cordialement,
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